Le pdf des reproductions des 124 estampes (photographiées à l’arrache au iphone 4) est déposé sur ce blog à des fins de consultation sur écran Ipad et pour naviguer dans la collection, l’enrichir, en identifier les images etc. en vue de son don et dépôt dans un lieu institutionnel. Par cette opération de transfert d’images assez inélégante de l’iphone à l’ipad via un Mac, le dossier pdf va se placer finalement sur les étagères de ibooks de l’ipad, mais merci quand même Steve.
La collection Chavannes a fait l’objet d’une étude très intéressante de Danielle Eliasberg, éditée par la revue Arts asiatiques, sous l’égide des Musées Guimet et Cernushi en 1978. Par chance, tout est en ligne sur le site précieux Persée! http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arasi_0004-3958_1978_num_35_1_1132#. Il s’y confirme que les plus intéressantes de ces estampes sont celles qui s’inspirent des romans et des pièces de théâtre et opéra.
Les travaux d’Etienne entrent en résonance avec ces estampes, par un style affirmé de dessin ligne claire* -qui est un trait noir de limite inframince entre tous les objets représentés- à la fois fruste et cursif, et des couleurs en aplats éclatants qui savent parfois évacuer ce trait noir de délimitation des formes entre elles. Les livrets-catalogues qui les rassemblent en séquences sont à télécharger depuis http://gobland.net/nilbog/?page_id=1245
* voir la superbe ligne claire selon Swarte en illustration dans le post précédent et le gommage du trait par l’aplat noir.
Le Papyrus Prisse figure parmi les plus belles pièces égyptologiques françaises avec la Chambre des ancêtres du temple de Karnak, offertes par Prisse d’Avennes, égyptologue à la Bibliothèque impériale, suite à son premier voyage (1827-1844). Le papyrus prit son nom.
«Inscrit en hiératique, une forme cursive de l’écriture hiéroglyphique, ce papyrus est très certainement l’un des plus anciens manuscrits littéraires complets de l’Egypte ancienne, sinon de l’humanité, et le mieux conservé. Il rassemble des textes sapientiaux copiés au début du second millénaire avant Jésus-Christ, l’Enseignement pour Kagemni et L’Enseignement de Ptahhotep, deux recueils de sagesses adressés par deux vizirs à leurs fils, appelés à leur succéder. Ces textes développent un complexe discours sur la société égyptienne et la conduite que doivent tenir l’individu pour s’y insérer et la pérenniser. […] Ce manuscrit est un rouleau de plus de 7 mètres de long, découpé en 13 fragments conservés dans des cadres en chêne.
A l’époque de sa composition, au Moyen Empire (vers 2160-1785 avant Jésus-Christ), il était probablement destiné à des représentations publiques au sein de l’élite nobiliaire avant de jouer, au Nouvel Empire (vers 1552-1602), un rôle central dans la formation des scribes égyptiens. L’Enseignement de Ptahhotep est peut-être l’un des classiques les plus cités dans la production écrite égyptienne, et ce jusqu’à l’époque gallo-romaine. Le livre est dans la bibliothèque numérique de Gallica.
Le Papyrus Prisse > http://gallica.bnf.fr/Search?ArianeWireIndex=index&p=1&lang=FR&q=Le+Papyrus+Prisse
in Maurice Blanchot, L’Entretien infini, ch. III, «L’absence de livre, le neutre, le fragmentaire». XI «L’Athenaeum», pp.525-527
«l’art romantique qui concentre la vérité créatrice dans la liberté du sujet, forme aussi l’ambition d’un livre total, sorte de Bible en perpétuelle croissance, qui ne représentera pas le réel, mais le remplacera, car le tout ne saurait s’affirmer que dans la sphère inobjective de l’œuvre. Le roman, disent les grands romantique, sera ce Livre. […] Mais ce roman total, que la plupart des romantiques se contenteront de rêver à la manière d’une fable ou en le réalisant sous la forme fabuleuse de Märchen [contes] dans une étrange synthèse d’innocence abstraite et de savoir aérien, Novalis seul l’entreprendra et —voilà le trait remarquable— non seulement le laissera inachevé, mais pressentira que la seule manière de l’accomplir eût été d’inventer un art nouveau, celui du fragment. C’est là […] l’un des pressentiments les plus hardis du romantisme: la recherche d’une forme nouvelle d’accomplissement qui mobilise —rende mobile— le tout en l’interrompant et par divers modes de l’interruption. Cette exigence d’une parole fragmentaire, non pas pour gêner la communication, mais pour la rendre absolue, c’est ce qui fait dire à Schlegel que seuls les siècles futurs sauront lire les « fragments » ou bien à Novalis: « L’art d’écrire les livres n’est pas encore découvert, mais il est sur le point de l’être: des fragments, comme ceux-ci, sont des semences littéraires ». Dans la même perspective, l’un et l’autre affirmeront que le fragment, sous forme monologue, est un substitut de la communication dialoguée, puisqu’« un dialogue est une chaîne ou une guirlande de fragments » (Schlegel), et, plus profondément, est une anticipation de ce que l’on pourrait appeler écriture plurielle, possibilité d’écrire en commun, innovation dont Novalis reconnaît des signes dans le développement de la presse: « Les journaux sont déjà des livres faits en commun. L’art d’écrire en commun est un symptôme curieux qui fait pressentir un grand progrès de la littérature. Un jour peut-être, on écrira, pensera, agira collectivement… » De même que le génie n’est rien d’autre qu’une personne multiple (Novalis) ou un système de talents (Schlegel), de même, ce qui importe, c’est d’introduire dans l’écriture, par le fragment, cette pluralité qui est virtuelle en nous, réelle en tous et qui répond à l’« incessante et autocréatrice alternance de pensées différentes ou opposées ». Forme discontinue: la seule qui convienne à l’ironie romantique, puisque seule elle peut faire coïncider le discours et le silence, le jeu et le sérieux, l’exigence déclarative, voire oraculaire, et l’obligation d’être systématique et l’horreur du système: « Avoir un système est pour l’esprit aussi mortel que de n’en pas avoir: il faudra donc bien qu’il se décide à perdre l’un et l’autre de ces tendances » (Schlegel).»
[a contrario]: «Un fragment à l’égal d’une brève œuvre d’art, peut être isolé de tout l’univers qui l’environne, parfait en soi-même comme un hérisson».
[Mais cette manière de faire revenir le fragment vers l’aphorisme revient à]«oublier que cette manière d’écrire ne tend pas à rendre plus difficile une vue d’ensemble ou plus lâches des relations d’unité mais à rendre possibles des rapports nouveaux qui s’exceptent de l’unité, comme ils excèdent l’ensemble. […] commençant à se rendre manifeste à elle-même grâce à la déclaration romantique, la littérature va désormais porter en elle cette question —la discontinuité ou la différence comme forme—, question et tâche que le romantisme allemand et en particulier celui de l’Athenaum a non seulement pressenties, mais déjà clairement proposées, avant de les remettre à Nietzche, et, au-delà de Nietzche, à l’avenir.»