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Surround Audience: The 2015 New Muséum Triennal

Article publié le : jeudi 26 mars 2015. Rédigé par : Liliane

Surround Audience: The 2015 New Museum Triennial from Frieze on Vimeo.

Max au Mexique par Skype

Article publié le : jeudi 19 février 2015. Rédigé par : Liliane

maxskype
Isaline

Grand Paris. L’économie circulaire

Article publié le : mercredi 4 février 2015. Rédigé par : Liliane

La maire de la capitale va annoncer des «états généraux de l’économie circulaire» en mars. PAR CORALIE SCHAUB. Libération du jour

A Paris, l’économie va tourner un peu plus rond. La municipalité veut convertir tous les acteurs au modèle «circulaire» : un écosystème où rien ne se perd et tout se transforme. Ou comment rompre avec la logique linéaire actuelle – extraire, transformer, consommer, jeter – qui produit une montagne de déchets et épuise les ressources naturelles.

L’économie circulaire (lire Libération du 7 octobre 2013) devient une priorité pour la ville : c’est ce que martèlera la maire de la capitale, Anne Hidalgo, lors du prochain Conseil de Paris, le 9 février. «Nous allons systématiser cette approche, en faire une ligne politique. L’idée étant de faire en sorte que les villes cessent d’être un problème mais soient aussi le lieu des solutions, explique Antoinette Guhl, adjointe à la maire en charge de l’économie sociale et solidaire, de l’économie circulaire et de l’innovation sociale. C’est une première en France et même dans le monde. Car des villes comme San Francisco ou Milan, très en pointe en matière de réduction des déchets, n’ont pas encore mis en œuvre une politique globale d’économie circulaire, qui va bien au-delà de ce seul sujet.»

Gaspillage. La ville de Paris veut aussi privilégier l’écoconception (produits conçus pour que leur cycle de vie ait le minimum d’impact sur l’environnement), l’écologie industrielle (les déchets et surplus d’énergie d’une entreprise deviennent les ressources des autres) ou l’économie de la fonctionnalité (préférer le service rendu par un bien à sa propriété) .

Concrètement, Anne Hidalgo lancera le 11 mars des «états généraux de l’économie circulaire du Grand Paris». Soit un «processus participatif» qui réunira d’avril à juillet des acteurs associatifs, économiques et institutionnels afin de phosphorer sur différents thèmes (lutte contre le gaspillage alimentaire, valorisation des biodéchets, exploitation des énergies de récupération, fiscalité incitative, mobilités douces et circuits courts…). Avant de restituer les conclusions dans un livre blanc présenté en septembre, qui servira de base à un plan d’action mis en œuvre «dès 2016».

L’idée est d’encourager et de généraliser ce qui se fait déjà. Comme Autolib ou Vélib, mais aussi le réemploi, chaque année, de 7 000 tonnes de pavés dans la voirie, l’installation dans la rue de conteneurs à textiles qui seront réemployés ou recyclés, ou la redistribution des invendus des marchés alimentaires…

Cantines. Sans attendre les résultats des états généraux, Anne Hidalgo détaillera son action la semaine prochaine. Ainsi, 150 sites municipaux (cantines, marchés) seront équipés d’une collecte sélective des biodéchets en 2016 ; 8 millions d’euros seront investis pour développer l’agriculture urbaine ; 100 sites supplémentaires par an, immeubles ou équipements publics, seront équipés de composteurs collectifs de déchets organiques (250 le sont déjà depuis fin 2014). Tous les immeubles parisiens seront équipés de bacs blancs pour le verre ; de nouvelles déchetteries et recycleries de proximité seront déployées, etc.

«Sans les Parisiens, les collectivités ne pourront pas agir. Et nous avons besoin des entreprises pour créer de nouvelles filières : il n’existe par exemple pas de filière parisienne de revalorisation du textile collecté, la majorité est aujourd’hui envoyée en Asie», avertit Antoinette Guhl. Si tout le monde s’y met, promet-elle, «l’économie circulaire permettra de créer 50 000 emplois nets locaux et non délocalisables dans le Grand Paris».

Foucault. En gros, les domaines des activités humaines

Article publié le : mardi 27 janvier 2015. Rédigé par : Liliane

«En gros, les domaines des activités humaines peuvent être divisés en ces quatre catégories: —travail ou production économique; —sexualité, famille, c’est-à-dire reproduction de la société; —langage, parole; —activités ludiques, comme jeux et fêtes […]. Dans toutes les sociétés, il y a des personnes qui ont des comportements différents des autres, échappant aux règles communément définies dans ces quatre domaines, bref, ce qu’on appelle des individus marginaux.»
Dits et Ecrits, p.997

Nils Aziolsmanoff. Où en est l’art numérique?

Article publié le : vendredi 12 décembre 2014. Rédigé par : Liliane

http://www.culturemobile.net/point-expert/ou-est-art-numerique

Jiro Yoshihara. Gutai art manifesto. 1956

Article publié le : lundi 10 novembre 2014. Rédigé par : Liliane

Gutai* art manifesto in
http://nezumi.dumousseau.free.fr/japon/japgutai.htm

Désormais, l’art du passé apparaît à nos yeux, sous couvert d’apparences soi-disant signifiantes, comme une supercherie.

Finissons-en avec le tas de simulacres qui encombrent les autels, palais, salons et magasins de brocanteurs.

Ce sont tous des fantômes trompeurs qui ont pris les apparences d’une autre matière : magie des matériaux – pigments, toile, métaux, terre ou marbre – et rôle insensé que l’homme leur inflige. Ainsi occultée par les productions spirituelles, la matière complètement massacrée n’a pas droit à la parole.

Jetons tous ces cadavres au cimetière !

L’art Gutai ne transforme pas, ne détourne pas la matière; il lui donne vie. Il participe à la réconciliation de l’esprit humain et de la matière, qui ne lui est ni assimilée ni soumise et qui, une fois révélée en tant que telle se mettra à parler et même à crier. L’esprit la vivifie pleinement et, réciproquement, l’introduction de la matière dans le domaine spirituel contribue à l’élévation de celui-ci.

Bien que l’art soit champ de création, nous ne trouvons dans le passé aucun exemple de création de la matière par l’esprit. A chaque époque, il a donné naissance à une production artistique qui cependant ne résiste pas aux changements. Il nous est par exemple difficile aujourd’hui de considérer autrement que comme des pièces archéologiques les grandes œuvres de la Renaissance.

Tout conservateur que cela puisse paraître de nos jours, ce sont peut-être les arts primitifs et l’art depuis l’impressionnisme qui ont tout juste réussi à garder une sensation de vie, sans heureusement trop trahir la matière, même triturée; ce sont encore les mouvements comme le pointillisme ou le fauvisme qui ne supportaient pas de sacrifier la matière, bien que la consacrant à la représentation de la nature. Néanmoins, ces œuvres ne nous émeuvent plus ; elles appartiennent au passé.

Ce qui est intéressant, c’est la beauté contemporaine que nous percevons dans les altérations causées par les désastres et les outrages du temps sur les objets d’art et les monuments du passé. Bien que cela soit synonyme de beau décadent, ne serait-ce pas là que, subrepticement, se révélerait la beauté de la matière originelle, par-delà les artifices du travestissement ? Lorsque nous nous laissons séduire par les ruines, le dialogue engagé par les fissures et les craquelures pourrait bien être la forme de revanche qu’ait pris la matière pour recouvrer son état premier. Dans ce sens, en ce qui concerne l’art contemporain, nous respectons Pollock et Mathieu car leurs œuvres sont des cris poussés par la matière, pigments et vernis. Leur travail consiste à se confondre avec elle selon un procédé particulier qui correspond à leurs dispositions personnelles. Plus exactement, ils se mettent au service de la matière en une formidable symbiose.

Nous avons été très intéressés par les informations que DOMOTO Hisao et TOMINAGA Sôichi nous ont données au sujet de Tàpies, Mathieu et les activités de l’art informel, et sans en connaître les détails, nous partageons la même opinion pour l’essentiel. Il y a même une étonnante coïncidence avec nos revendications récentes au sujet de la découverte de formes entièrement neuves et qui ne doivent rien au formes préexistantes. L’on ne sait toutefois pas clairement si, sur le plan des recherches possibles, les composantes formelles et conceptuelles de l’art abstrait – couleur, ligne, forme, etc. – sont appréhendées dans une quelconque relation avec la spécificité de la matière. Quant à la négation de l’abstraction, nous n’en saisissons pas l’argument essentiel; quoi qu’il en soit, l’art abstrait sous une forme déterminée a perdu tout attrait pour nous et l’une des devises de la formation de l’Association pour l’art Gutai, il y a trois ans, consistait à faire un pas en avant par rapport à l’abstraction, et c’est pour nous en démarquer que nous avons choisi le terme de Gutai « concret » ; mais également et surtout parce que nous voulions nous positionner de manière ouverte sur l’extérieur, en opposition avec la démarche centripète de l’abstraction.

A ce moment-là, encore maintenant d’ailleurs, nous pensions que le legs le plus important de l’abstraction résidait dans le fait qu’elle avait vraiment ouvert la voie, en ne limitant pas l’art à la simple représentation, à de nouvelles possibilités de création d’un espace autonome, digne du nom d’art.

Nous avions décidé de consacrer notre énergie à la recherche des possibilités d’une création artistique pure. Pour concrétiser cet espace « abstractionniste », nous avions essayé de créer une complicité entre les dispositions humaines de l’artiste et la spécificité de la matière.

Nous avions en effet été étonnés par la constitution d’un espace inconnu et inédit dans le creuset de l’automatisme où se fondaient les dispositions propres à l’ artiste et le matériau choisi. Car l’automatisme transcende inévitablement l’image du créateur. Nous avons donc consacré tous nos efforts à la recherche de moyens personnels de création spatiale au lieu de compter sur notre seule vision.

Si nous prenons par exemple KINOSHITA Toshiko, qui est membre de notre association, elle n’est que professeur de chimie dans un collège de jeunes filles; en déposant tout simplement des substances chimiques sur du papier filtre, elle arrive à générer un espace étrange. La réaction ne se faisant pas immédiatement, il faut attendre le lendemain de la manipulation pour connaître le résultat définitif et précis. Il faut signaler que le mérite d’avoir été la première à miser sur les formes que peut prendre ce matériau bizarre lui revient. Après Pollock, il peut y avoir des milliers de Pollock sans que cela nuise à son prestige car ce qui compte, c’est la découverte.

Sur une immense feuille de papier, SHIRAGA Kazuo dépose un amas de peinture et l’étale violemment avec les pieds. Ce procédé entièrement neuf a été accueilli par les journalistes de-puis deux ans comme art corporel, mais en fait SHIRAGA n’a jamais eu l’intention de monter en spectacle son étrange ouvrage; il n’a fait que recueillir , dans des conditions spontanées, le moyen de réaliser la synthèse entre le matériau, qu’il a choisi en fonction de son tempérament, et son état psychique.

Par rapport à la méthode organique de SHIRAGA, SHIMAMOTO Shôzô poursuit depuis quelques années des manipulations mécaniques. Il fracasse un flacon de verre rempli de vernis sur un support et obtient ainsi une peinture résultant des éclaboussures et des projections, ou bien, il provoque l’explosion par gaz d’acétylène d’un petit canon de sa fabrication rempli de couleurs qui se répandent en un instant sur une grande toile ; cette expérience est d’une fraîcheur à couper le souffle.

Il y a également les travaux de SUMI Yasuo, qui utilise un vibrateur électrique et les œuvres de YOSHIDA Toshio constituées d’un tas unique de pigments.

Cette quête d’un univers original et inconnu a donné naissance à de nombreuses autres œuvres sous forme d' »objets ». Les conditions imposées lors de l’exposition en plein air qui avait lieu tous les ans à Ashiya, furent sans doute très stimulantes. Quant aux travaux qui combinent différents matériaux, il ne faut cependant pas les confondre avec les objets sur-réalistes car les premiers évitent de mettre l’accent sur le titre et le sens de l’œuvre, contrairement à ces derniers. L’objet de l’art Gutaï, feuille de métal colorée (TANAKA Atsuko) ou bien forme semblable à une moustiquaire réalisée dans du vinyle rouge (YAMAZAKI Tsuruko) doit être considéré comme une action intentée à la spécificité de la matière, couleur et forme.

Le fait d’être une association ne signifie pas qu’il y ait un quelconque contrôle, car dans la mesure où elle se veut jusqu’au bout un lieu de création, elle donne lieu à toutes sortes d’expériences: art corporel, art du toucher et musique concrète (depuis plusieurs années SHIMAMOTO Shôzô a réalisé des œuvres expérimentales dignes d’intérêt).

L’œuvre de SHIMAMOTO Shôzô qui donne l’impression de marcher sur un pont effondré; celle de MURAKAMI Saburô évoquant un corps entré dans une longue-vue scrutant le ciel; l’élasticité organique des grands sacs de vinyle de KANAYAMA Akira ; ou le Costume fait d’ampoules clignotantes de TANAKA Atsuko ; ou bien encore les formes d’eau et de fumée de MOTONAGA Sadamasa.

L’art Gutaï respecte tous les pas en avant et toutes les audaces vers l’inconnu. De prime abord, on nous confond souvent avec Dada, que nous ne négligeons nullement et dont nous découvrons à nouveau le mérite. Il faut dire cependant que nous sommes bien différents et que notre démarche naît au contraire de l’aboutissement des recherches de nouvelles possibilités.

Geijutsu shincho, (Nouvelles Tendances artistiques), Tokyo, décembre 1956, pp.2O2-2O4.

*Le terme vient de Gu : instrument, Taï : outil, son adverbe Gutaïteki : concret, incarnation.
Jiro Yoshihara, né en 1905 à Osaka, peut être considéré comme le fondateur et le théoricien du mouvement, mais il déclare :  » Je suis un maître qui n’a rien à vous apprendre, mais je vais créer un climat optimum pour la création. » Il est cependant dèjà un artiste reconnu de 50ans alors que tous les autres ont entre 20 et 35 ans. Ce mouvement prend sa source non pas à Tokyo mais le Kansaï, région pourtant réputée comme plus traditionaliste. Parmi les précurseurs du groupe Gutaï, figure le group Zéro (Zero-Kai) formé en particulier par Shiraga Kazuo et son épouse Shiraga Fujiko, Murakami Saburô , Tanaka Atsuko, Kanayama Akira
Et aussi le long article d’Alfred Pacquement « L’extraordinaire intuition » http://articide.com.pagesperso-orange.fr/gutai/fr/pa.htm

Et aussi un bel historique de l’art en plein air par Yoshio SHIRAKAWA, Kuniichi UNO: QUI A PEUR DE L’AVANT-GARDE JAPONAISE?
http://articide.com.pagesperso-orange.fr/gutai/fr/sy_uk.htm

100 Years of Swiss Design. Museum für Gestaltung Zürich

Article publié le : dimanche 2 novembre 2014. Rédigé par : Liliane

http://www.museum-gestaltung.ch/en/exhibitions/annual-program-2014/100-years-of-swiss-design/

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Reconstitution d’un élément de l’exposition Swiss Design, curatée par Max Bill, à Londres en 1959

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Robert Walser. Bienne

Article publié le : jeudi 30 octobre 2014. Rédigé par : Liliane

Vu, écouté et lu au Musée… Walzer à Berlin 1905-1913

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Sous le ciel bas du Pas-de-Calais, les bosquets bruissent de mouvements inquiets.

Article publié le : vendredi 24 octobre 2014. Rédigé par : Liliane

Le Monde du jour
11 Editorial – Analyses. Article d’Arthur Frayer titré:

Marchands d’hommes

A Calais, la zone de fret Transmarck sert de plaque tournante au trafic de clandestins candidats à l’exil. Egyptiens, Erythréens, Kurdes, Albanais se disputent le contrôle du territoire et le partage d’un juteux  » marché  »

« Dans les rayons du magasin, on vend de la bière, du whisky, des liqueurs et des gâteaux pour l’apéritif. Dehors sur le parking, à quelques mètres de là, on se livre au commerce des hommes. Bienvenue dans la zone de fret Transmarck, en lisière de Calais, à deux heures de Londres et de Bruxelles ! Des Africains, des Afghans et des Syriens, transformés en marchandise, y déboursent plusieurs milliers d’euros pour se rendre en Angleterre.
L’endroit est devenu, en un peu plus de dix ans, l’une des places fortes du trafic de migrants dans le Calaisis. Tout se passe sur le parking, à peine plus grand qu’un terrain de tennis, où stationnent les camions en route pour le Royaume-Uni. Presque à la vue de tous. La police y passe plusieurs fois par jour pour casser le rythme du trafic et dissuader les passeurs. Mais arrête-t-on l’eau de couler ?
Transmarck ressemble à première vue à une zone industrielle triste et fonctionnelle comme on les imagine toutes : deux rues, un rond-point, des entrepôts métalliques et des camions immatriculés un peu partout en Europe, garés en épis, serrés les uns contre les autres sur les aires de stationnement sécurisées des entreprises de la région. Seul le supermarché n’est pas clôturé par des grillages.
Cet après-midi de septembre, sous le ciel bas du Pas-de-Calais, les bosquets bruissent de mouvements inquiets. Ce sont des Afghans qui occupent la place. Une quinzaine d’hommes, à croupetons dans l’herbe et les cailloux, sac sur le dos, guettent les camions immobiles devant le magasin, juste de l’autre côté de la route. Dès qu’un poids-lourd coupe son moteur, les jeunes gens bondissent, traversent la rue et tentent de se faufiler à l’intérieur. Chaque tentative est un échec. Les routiers veillent. A les observer ainsi, on pourrait croire les assauts spontanés. Des  » montées sauvages  » comme disent les policiers.
Ahmad, 26 ans, un étudiant venu de Kaboul, fait trois pas à l’écart des autres pour ne pas les perturber. Il roule une feuille de papier à cigarette entre ses doigts, qu’il colle d’un coup de langue.  » Nous avons jusqu’à 18 heures pour monter dans les camions, après il faudra qu’on laisse la place aux Africains. Passé cette heure-là, on ne nous laisse plus grimper. On ne peut recommencer que le lendemain matin à partir de 6 heures. A ce moment-là, il y a encore un peu de nuit, c’est notre meilleure chance.  »
5 000 euros pour un  » passage assuré  »
Voilà une chose bien surprenante. Il y aurait des horaires pour risquer sa vie afin de passer en Angleterre ? Ahmad semble soudain confus. Il n’est arrivé que depuis quatre jours à Calais, dit-il, et il se contente de faire ce que font les autres Afghans. Et eux n’ont pas le droit d’être présents sur la zone de stationnement de nuit à ce qu’on lui a dit. Pourquoi ? Il ne sait pas. A-t-il payé pour avoir le droit d’être là ? Il ne répond pas.
D’après la police aux frontières (PAF), les passeurs se cachent souvent parmi leurs clients. Même nationalité, mêmes traits, même langue, mêmes vêtements. Comment faire la différence entre le passeur et ses clients ? Peut-être le  » koutchakbar  » (passeur, en farsi) d’Ahmad est-il parmi les hommes des fourrés. Il y a quelques mois, la police a eu de la chance. Un trafiquant s’est fait pincer pour avoir négligé un détail : il était le seul à ne pas porter de sac à dos.
A Transmarck, les marchands de clandestins n’ont longtemps opéré que la nuit. Ils font aujourd’hui monter leurs clients même en plein jour. L’afflux massif de nouveaux venus, en provenance de la Corne de l’Afrique, a permis d’augmenter le chiffre d’affaires. Le business est juteux : 2 000 euros pour un passage  » sans garantie « , c’est-à-dire pour une tentative unique. Jusqu’à 5 000 euros pour un  » passage assuré « , pour lequel les passeurs s’engagent à s’y reprendre autant de fois que nécessaire. Et s’il y a des morts, étouffés ou écrasés, la clientèle se renouvelle à l’infini. La misère est un marché porteur. Selon l’Office contre la drogue et le crime des Nations unies (UNODC), le commerce des migrants rapporterait plus de 6,75 milliards de dollars (5,35 milliards d’euros) chaque année.
 » Les gens sont traités comme du bétail « , se désespère Jean-Pierre Valensi, le procureur du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer, où sont jugées la plupart des affaires.  » On retrouve les migrants cachés dans des faux fonds et des coffres de voiture. Parfois, ce sont des familles entières.  » Un jour, les policiers ont retrouvé cinq Pakistanais dissimulés dans le coffre d’une Mazda : le père, la mère et leurs trois enfants. Ces derniers étaient gavés de somnifères pour ne pas faire de bruit.
Dans le Calaisis, les parkings sont le coeur du trafic de migrants. Les contrôler, c’est s’assurer la mainmise sur le marché. Les perdre, c’est se faire dépasser par ses concurrents. Les Kurdes originaires d’Halabja, une ville du nord de l’Irak à proximité de la zone de conflit actuelle avec l’Etat islamique (EI), régentent la zone d’activité Marcel-Doret. Les Erythréens contrôlent l’aire d’autoroute du Beau-Marais et celle de Steenvoorde, sur la route entre Lille et Dunkerque. Les Albanais, arrivés sur le tard dans le business, ont la main sur les stations-service plus éloignées le long de l’A16 : celles de la Baie de Somme et de l’Epitre. Là, un Albanais est mort, en pleine nuit, de plusieurs coups de couteau, au début du mois de mars.
La zone de Transmarck, elle, a longtemps été le territoire du clan des Chamchamali, des Kurdes irakiens, violents et très organisés, implantés dans la région depuis une dizaine d’années et rivaux des Kurdes d’Halabja. Durant dix ans, ils ont fonctionné comme une PME : des rabatteurs se mêlaient aux migrants dans les  » jungles  » et les campements. Ils vivaient comme eux, mangeaient comme eux, dormaient avec eux. L’un des chefs du réseau a été retrouvé dans un terrier aménagé dans la forêt. La nuit, des lieutenants organisaient les incursions dans les camions. Les Chamchamali aimaient particulièrement faire passer en Angleterre  » les petits yeux « , comme ils appellent les Vietnamiens. Bons payeurs et toujours dans les délais.
 » Ce n’est pas bon pour les affaires  »
Mais depuis 2011 et le démantèlement d’une partie du clan par les policiers de la brigade mobile de recherche (BMR), les choses ont changé. Les Kurdes, affaiblis, ont dû concéder des créneaux horaires à leurs rivaux. Les passeurs afghans, érythréens et égyptiens sont apparus dans le paysage. Mieux vaut donner un peu de terrain que de fuir tout à fait, se sont dit les Chamchamali. Ils n’avaient pas imaginé que les Egyptiens les détrôneraient. Menés par un chef ambitieux surnommé  » Ramadjan « , les nouveaux venus ont fait la guerre aux anciens maîtres des lieux.
A deux reprises, les bandes se sont affrontées dans la zone de fret au début des années 2010. La police a retrouvé non loin des lieux de batailles des armes de poing, des fusils à canon scié et des fusils de chasse pour gros gibier. Certains si vieux qu’ils n’auraient pas pu tirer le moindre plomb. On s’arme plus pour impressionner que pour tuer, dans cette industrie. Les Egyptiens ont pris partiellement le pouvoir et l’on dit qu’en Egypte,  » Ramadjan  » s’est fait construire des rues entières.
Aujourd’hui, les nouveaux patrons du parking sont toutefois obligés de s’entendre avec les trafiquants afghans et érythréens, faute d’être suffisamment puissants.  » Transmarck est désorganisé et la logique des passeurs est en pleine recomposition « , note-t-on à la police aux frontières. Sur l’un des parkings, un employé en bleu de travail, qui ne veut surtout pas que l’on cite son nom ni celui de son entreprise  » pour ne pas avoir des complications « , raconte ce qu’il voit toutes les semaines : les passeurs grimpent sur le toit des remorques pour découper au couteau le sommet des bâches  » juste derrière la cabine du chauffeur  » et y faire monter leurs clients. Les routiers se retrouvent avec des camions endommagés. Les palettes sont renversées.  » Ce n’est pas bon du tout pour les affaires.  » La plupart du temps, les migrants se faufilent à l’insu des conducteurs, mais il arrive que certains camionneurs peu scrupuleux soient payés pour fermer les yeux.
Dans son bureau, Pierre-Henri Dumont, le jeune maire (UMP) de Marck, confirme ce que l’employé dit tout bas.  » Certaines entreprises de Transmarck ont perdu 20 % à 30 % de leur chiffre d’affaires.  » Penché au-dessus de son bureau, il tend la photo d’une vue aérienne de la zone de frêt, imprimée sur Google Map. De la pointe de son crayon, il indique un champ.  » C’est là que les migrants vivent.  » Ce n’est qu’à 500 mètres du supermarché. Certaines sociétés de transport demandent à leurs chauffeurs de ne plus s’y arrêter et de faire halte en amont, du côté de Lens, à 100 km de là.
Fait rare, le 18 novembre 2012, Mirwais S., un Afghan de 20 ans en situation irrégulière, est venu déposer plainte au commissariat de Calais contre cinq passeurs de sa communauté, maîtres de la filière afghane à Transmarck. Pour avoir refusé de payer les 800 livres sterling (1 000 euros) du passage en Angleterre, il s’est fait démolir par les trafiquants. Coups au visage. Coups de couteau. La fesse et la main droites entaillées. Une enquête pour  » aide au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière « , passible de cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende, a été ouverte.
D’après les écoutes téléphoniques de la police, le chef du réseau surnommé  » Sheikh  » recevait des coups de fil de France, de Belgique, de Grèce et de Grande-Bretagne. Des clients qui appelaient pour se renseigner. Quels tarifs ? Comment faire les virements ? Le  » roi des Afghans « , comme l’a désigné un témoin, était  » en contact avec des garants ou des banquiers en Grande-Bretagne et au Pakistan, chargés de gérer l’argent généré par le trafic « . Selon  » le degré d’affinité avec le migrant « , le tarif pour un passage vers l’Angleterre variait de 550 à 1 500 livres sterling.
Chaque soir, les hommes de main de Sheikh faisaient monter une à quatre personnes dans les camions. Sous ses ordres, ils recrutaient les clients et collectaient ce qu’ils nomment  » les OK « , garantissant que l’argent a été versé. La nuit, sur les parkings, ils ouvraient et refermaient les portes des véhicules, découpaient les bâches, orientaient leurs clients. Sheikh, lui, ne s’y déplaçait qu’en cas de problème.
Dans son bureau du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer, le procureur Jean-Pierre Valensi glisse, désabusé :  » Les têtes de réseau sont en Angleterre, et dans nos tribunaux, nous ne condamnons que les petites mains. Globalement, le trafic nous échappe.  » Il sait combien le démantèlement de ce type de filière est aléatoire, long, fastidieux. Et toujours à recommencer. »
Arthur Frayer

Mira Schendel

Article publié le : mercredi 22 octobre 2014. Rédigé par : Liliane

En cherchant Guy Brett, je tombe sur cette artiste brésilienne: « Mira Schendel (1919–1988) was one of Latin America’s most important and prolific post-war artists. With her contemporaries Lygia Clark and Hélio Oiticica, Schendel reinvented the language of European Modernism in Brazil. Tate Modern is staging the first ever international full-scale survey of her work. »

http://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/exhibition/mira-schendel