{"id":7739,"date":"2024-11-03T16:38:36","date_gmt":"2024-11-03T15:38:36","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=7739"},"modified":"2024-11-04T12:08:51","modified_gmt":"2024-11-04T11:08:51","slug":"clement-rosset-lobjet-singulier-morceaux-choisis","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=7739","title":{"rendered":"Cl\u00e9ment Rosset, L\u2019objet singulier. Lecture"},"content":{"rendered":"<p>Lecture de Cl\u00e9ment Rosset, <i>L\u2019objet singulier<\/i> &#8211; 1979, Les \u00e9ditions de minuit<\/p>\n<p>4e de couverture<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">L\u2019objet absolument singulier<\/span> est incapable de d\u00e9cliner son identit\u00e9, puisqu\u2019il n\u2019est rien qui lui soit identique: il est \u00e0 la fois <span style=\"color: #ff00ff;\">unique et \u00e9trange<\/span>, et pour la m\u00eame raison. Tel est le monde dans son ensemble: \u00abun \u00eatre unilat\u00e9ral dont le compl\u00e9ment en miroir n\u2019existe pas\u00bb (Ernst Mach). Et <span style=\"color: #ff00ff;\">telle est la r\u00e9alit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, compos\u00e9e d\u2019objets singuliers, ensemble ind\u00e9termin\u00e9 d\u2019objets non identifiables<\/span>. Objets proprement indescriptibles, mais d\u2019autant plus \u00e9vocateurs du r\u00e9el que la description en est plus malais\u00e9e. Ainsi par exemple, les objets du rire, de la terreur, du d\u00e9sir, du cin\u00e9ma, de la musique donnent-ils lieu \u00e0 d\u2019\u00e9tranges et exemplaires appr\u00e9hensions du r\u00e9el.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>avertissement (page 9)<br \/>\nJe pr\u00e9sente ici de mani\u00e8re assez succincte le r\u00e9sultat de recherches entreprises depuis plusieurs ann\u00e9es \u2014recherches d\u2019ordre philosophique, n\u2019impliquant \u00e0 ce titre aucun int\u00e9r\u00eat d\u2019ordre moral, politique ou social. Cette pr\u00e9cision pr\u00e9liminaire est rendue utile par la confusion aujourd\u2019hui fr\u00e9quente entre les enjeux de la philosophie et ceux de l\u2019histoire, et l\u2019habituelle r\u00e9duction qui s\u2019ensuit des premiers aux seconds. Confusion qui entre d\u00e9j\u00e0 un peu, comme on le verra, dans mon sujet: l\u2019int\u00e9r\u00eat moderne pour l\u2019historicit\u00e9 du r\u00e9el \u00e9tant un indice parmi d\u2019autres de la difficult\u00e9 qu\u2019on \u00e9prouve \u00e0 <span style=\"color: #ff00ff;\">prendre en consid\u00e9ration le r\u00e9el tout court<\/span>. Cette peine n\u2019est d\u2019ailleurs pas sans excuses, le r\u00e9el \u00e9tant, de par sa constitution singuli\u00e8re, celle de toutes choses qui offre le moins de prise naturelle \u00e0 la consid\u00e9ration.<\/p>\n<p>3. L\u2019appr\u00e9hension du r\u00e9el<br \/>\n1. AMERTUME ET MODERNIT\u00c9 (page 92)<br \/>\nLa pr\u00e9cipitation, grande ennemie de la philosophie [\u2026] est peut-\u00eatre, tout bien consid\u00e9r\u00e9, une condition sans doute f\u00e2cheuse mais absolument n\u00e9cessaire de son efficacit\u00e9 et de son s\u00e9rieux. Car <span style=\"color: #ff00ff;\">il y a urgence \u00e0 savoir si l\u2019existence est ou non d\u00e9sirable<\/span>, question dont la r\u00e9solution marque en somme la fin de l\u2019investigation philosophique. Urgence puisque la vie est courte et, en raison de sa propre constitution, ne peut attendre. La maladie et la mort me mettront bient\u00f4t hors d\u2019\u00e9tat d\u2019appr\u00e9cier la d\u00e9couverte d\u2019une raison de vivre, si excellente ou d\u00e9cisive soit-elle.<br \/>\n(page 93) M\u00eame lorsqu\u2019on admet, selon un certain sillage kantien, que l\u2019existence pourrait \u00eatre bonne en droit, on n\u2019en insiste que mieux sur le fait que, telle qu\u2019elle existe actuellement et <i>in concreto<\/i>, l\u2019existence est insatisfaisante et condamnable. Cette consid\u00e9ration \u2014que le r\u00e9el n\u2019est admissible que sous la r\u00e9serve d\u2019amendements\u2014 livre d\u2019ailleurs l\u2019essence de ce qui s\u2019est donn\u00e9, historiquement et religieusement, comme l\u2019esprit de R\u00e9forme. [\u2026] Il serait fastidieux d\u2019entreprendre le registre de l\u2019ensemble de ces formes de pens\u00e9e n\u00e9gatrice. Il suffit de remarquer que ces pens\u00e9es modernes ont pour d\u00e9nominateur commun de figurer autant de formes d\u2019espoir d\u00e9\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00e9gard du sens, c\u2019est-\u00e0-dire notamment de l\u2019histoire telle que la concevait Hegel. A partir de ce m\u00eame d\u00e9sappointement, les points de vue \u00e9videmment diff\u00e8rent. Pour les uns, l\u2019histoire h\u00e9g\u00e9lienne est d\u00e9j\u00e0 accomplie, en sorte qu\u2019il ne reste plus qu\u2019\u00e0 s\u2019ennuyer \u00e9ternellement dans un monde qui a comme surv\u00e9cu \u00e0 son ach\u00e8vement et dans lequel il ne saurait d\u00e9sormais plus rien se passer.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>(page 98) <span style=\"color: #ff00ff;\">Or<\/span> <span style=\"color: #ff00ff;\">il est une exp\u00e9rience qui t\u00e9moigne d\u2019une pens\u00e9e sans arri\u00e8re-pens\u00e9e, d\u2019une perception du r\u00e9el se passant de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019autre. Cette exp\u00e9rience est l\u2019all\u00e9gresse<\/span>: soit une approbation de l\u2019existence qui consiste \u00e0 estimer, sinon contre du moins ind\u00e9pendamment de toute raison ou bien fond\u00e9, que le r\u00e9el est \u00absuffisant\u00bb \u2014c\u2019est-\u00e0-dire se suffisant \u00e0 lui-m\u00eame, et suffisant en outre \u00e0 combler toute attente concevable de bonheur. Ce refus de toute alternative au r\u00e9el n\u2019a pas pour condition une reconnaissance de ce qui existe comme sp\u00e9cialement bon ou manifestement souhaitable; c\u2019est au contraire la singularit\u00e9 sp\u00e9cifique de l\u2019all\u00e9gresse \u2014singularit\u00e9 qui en fait peut-\u00eatre le moteur de la vie le plus s\u00fbr parce que le plus secret\u2014 que d\u2019allier le go\u00fbt de l\u2019existence \u00e0 une claire perception de son caract\u00e8re objectivement ind\u00e9sirable. <span style=\"color: #ff00ff;\">L\u2019all\u00e9gresse est ainsi la marque \u2014et la condition \u2014d\u2019une perception non m\u00e9taphysique du r\u00e9el, l\u2019unique manifestation indiscutable d\u2019une pens\u00e9e sans arri\u00e8re-pens\u00e9e<\/span>: \u00e9tant apparemment le seul \u00e9tat d\u2019esprit \u00e0 la faveur duquel il soit loisible de se trouver dans cette disposition particuli\u00e8re qui consiste \u00e0 ne d\u00e9sirer<i> rien d\u2019autre<\/i>. Exp\u00e9rience remarquable en ce que l\u2019autre n\u2019y est pas convoqu\u00e9, ni \u00e0 titre de caution d\u2019intelligibilit\u00e9 ni \u00e0 tire de garantie affective. Si l\u2019on tient que le r\u00e9el est \u00e9tranger \u00e0 toute alternative et que le savoir consiste ainsi en une interminable exploration de sa propre singularit\u00e9, il s\u2019ensuit que l\u2019all\u00e9gresse appara\u00eet comme une vertu intellectuelle par excellence, d\u00e9signant non seulement une heureuse disposition d\u2019humeur mais encore et surtout une exceptionnelle disposition d\u2019esprit, je veux dire <span style=\"color: #ff00ff;\">une extraordinaire <\/span><i><span style=\"color: #ff00ff;\">aptitude au savoir<\/span>.<\/i> [\u2026]<\/p>\n<p>(page 99) l\u2019origine de toute religion, et la nature de sa bont\u00e9, que de vouloir \u00e9pargner \u00e0 l\u2019homme l\u2019\u00e9preuve du savoir (non par obscurantisme, comme le pr\u00e9tendent les esprits l\u00e9gers mais par piti\u00e9). On remarque ainsi que l\u2019all\u00e9gresse non seulement s\u2019accommode du savoir mais encore est seule \u00e0 s\u2019en accommoder. D\u2019o\u00f9 leur n\u00e9cessaire et r\u00e9ciproque implication: l\u2019all\u00e9gresse sans le savoir , n\u2019\u00e9tant que fausse all\u00e9gresse, le savoir sans l\u2019all\u00e9gresse que faux savoir. La premi\u00e8re est par trop fragile, le second par trop limit\u00e9.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>2. DE L\u2019ALL\u00c9GRESSE<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Aucun objet existant, ou susceptible d\u2019exister, qui soit en \u00e9tat de demeurer objet d\u2019int\u00e9r\u00eat, d\u00e8s que s\u2019en empare l\u2019esprit critique. Je r\u00e9sume ici bri\u00e8vement les raisons, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9es ailleurs, de ce diagnostic pessimiste, me limitant \u00e0 ses deux principaux attendus. D\u2019une part l\u2019objet existant est sans diff\u00e9rence (sa singularit\u00e9 l\u2019identifie finalement \u00e0 toute autre singularit\u00e9, le vouant ainsi, lui comme toute autre chose, au statut d\u2019objet quelconque); d\u2019autre part il est sans dur\u00e9e (son existence temporelle, si longue puisse-t-elle \u00eatre, lui interdit d\u2019\u00e9chapper \u00e0 son sort, le n\u00e9ant) \u2014au sens propre d\u2019in-diff\u00e9rent, pour manquer de diff\u00e9rence\u2014et d\u00e9risoire\u2014 pour manquer du temps n\u00e9cessaire \u00e0 une reconnaissance v\u00e9ritable, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une dur\u00e9e sans limite. Il est donc essentiellement ind\u00e9sirable: non qu\u2019il ne puisse \u00eatre, comme il l\u2019est sans cesse, objet de d\u00e9sir occasionnel, mais en ce sens qu\u2019aucun d\u00e9sir r\u00e9fl\u00e9chi ne saurait, sans aveuglement ou r\u00e9ticence secr\u00e8te, s\u2019y arr\u00eater.<\/p>\n<p>(page 102) La t\u00e2che universelle, qui consiste \u00e0 prendre en compte le r\u00e9el, est la m\u00eame pour tous. Mais la mani\u00e8re diff\u00e8re \u00e0 l\u2019infini, oscillant entre les deux p\u00f4les th\u00e9oriques, c\u2019est-\u00e0-dire jamais tout \u00e0 fait atteints, d\u2019une parfaite prise en compte, o\u00f9 culmine l\u2019all\u00e9gresse, et d\u2019une absolue d\u00e9n\u00e9gation, o\u00f9 \u00e9choue le d\u00e9go\u00fbt de vivre. Tout joyeux est jusqu\u2019\u00e0 un certain point un sachant, et \u00e0 proportion. De m\u00eame tout triste est, jusqu\u2019\u00e0 un certain point, un non-sachant, et selon la m\u00eame proportion. Il est douteux que l\u2019ignorance soit la cause du mal, comme le disait Socrate en un sens purement intellectuel; il est en revanche certain que la m\u00e9connaissance est le signe le plus g\u00e9n\u00e9ral du malheur. En \u00e9tudiant le m\u00e9canisme du refoulement, la psychanalyse a eu le m\u00e9rite de mettre \u00e0 jour le lien qui relie l\u2019exp\u00e9rience du malheur \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de reconna\u00eetre le vrai. Le savoir est plut\u00f4t porte-bonheur, le non-savoir plut\u00f4t porte-malheur: annon\u00e7ant g\u00e9n\u00e9ralement moins une ignorance \u00e0 proprement parler qu\u2019une impuissance \u00e0 admettre son propre savoir. Un malheur n\u2019est malheur qu\u2019\u00e0 proportion de l\u2019incapacit\u00e9 o\u00f9 est la conscience de le reconna\u00eetre: ainsi le tragique de la mort, qui tient moins \u00e0 son fait propre qu\u2019\u00e0 la r\u00e9ticence, oppos\u00e9e par tous les mourants, je veux dire tous les hommes en tant que mortels, d\u2019en faire un objet de savoir. <span style=\"color: #000000;\">Inversement, l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019all\u00e9gresse peut se mesurer \u00e0 la quantit\u00e9 de savoir tragique qu\u2019elle implique<\/span>.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Il serait toutefois forc\u00e9 de tirer de ce qui pr\u00e9c\u00e8de la mati\u00e8re d\u2019une d\u00e9finition de l\u2019all\u00e9gresse qui consisterait \u00e0 faire de celle-ci un savoir \u00e9minemment tragique, une connaissance se r\u00e9sumant \u00e0 la vision lucide du caract\u00e8re tragique attach\u00e9 \u00e0 l\u2019existence sous toutes ses formes, une fois reconnue comme \u00e0 jamais indiff\u00e9rente et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. <span style=\"color: #ff00ff;\">L\u2019all\u00e9gresse <span style=\"color: #000000;\">implique un savoir tragique mais ne se confond pas avec lui. Elle ne conna\u00eet du tragique que dans la mesure o\u00f9 elle conna\u00eet du r\u00e9el en g\u00e9n\u00e9ral, dont le tragique n\u2019est qu\u2019une qualit\u00e9 parmi d\u2019autres. On la d\u00e9finirait donc plus justement, en attendant une meilleure approximation, <span style=\"color: #ff00ff;\">comme<\/span><\/span> <i>savoir du r\u00e9el<\/i>.<\/span> Une<br \/>\n(page 103) telle d\u00e9finition reste \u00e9videmment insatisfaisante: non qu\u2019on ait \u00e0 s\u2019\u00e9mouvoir de la question qui consisterait \u00e0 exiger une d\u00e9finition pr\u00e9alable du r\u00e9el ici invoqu\u00e9,\u2014question \u00e0 laquelle on r\u00e9pondrait que c\u2019est justement ce dont conna\u00eet l\u2019all\u00e9gresse\u2014 mais parce qu\u2019il existe un certain nombre de savoirs du r\u00e9el qui apparaissent comme tr\u00e8s diff\u00e9rents de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019all\u00e9gresse.<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ennui \u2014par exemple, le <i>spleen<\/i> baudelairien\u2014 allie manifestement le savoir \u00e0 la tristesse, et \u00e0 une tristesse qui semble non seulement s\u2019accommoder mais encore se nourrir de la reconnaissance du r\u00e9el. De m\u00eame l\u2019ivrognerie qui, moyennant quelque exc\u00e9dent d\u2019alcool, prend soudain conscience du caract\u00e8re insolite de toute chose, notamment de son entourage, faisant ainsi \u00e0 peu de frais une exp\u00e9rience que d\u2019aucuns diraient ontologique: aventure qui toutefois ne d\u00e9bouche que rarement sur l\u2019all\u00e9gresse, se terminant g\u00e9n\u00e9ralement par un malaise dont font les frais les bancs d\u2019un square ou d\u2019un commissariat de police. Mais <span style=\"color: #ff00ff;\">bien d\u2019autres exp\u00e9riences peuvent, hors de toute all\u00e9gresse, revendiquer une telle connaissance du r\u00e9el<\/span>. Ainsi la peur, seule \u00e9preuve violente et imm\u00e9diate du r\u00e9el \u00e0 en croire l\u2019\u00e9pigraphe mise par Roland Barthes en t\u00eate d\u2019une r\u00e9cente publication: soit une reconnaissance du r\u00e9el forc\u00e9e et panique, que n\u2019accompagne aucune sorte de jubilation. M\u00eame reconnaissance du r\u00e9el, imm\u00e9diate et forc\u00e9e dans le cas du rire; mais cette derni\u00e8re, si elle ne constitue pas une jubilation \u00e0 proprement parler, ne s\u2019accompagne ni de panique ni de tristesse. Tout au contraire, l\u2019\u00e9preuve du comique se marque principalement par un plaisir, intense et sp\u00e9cifique: plaisir \u00e0 voir dispara\u00eetre l\u2019imaginaire, c\u2019est-\u00e0-dire tout ce qui n\u2019existe que par repr\u00e9sentation ou convention, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une confrontation avec le r\u00e9el o\u00f9 culmine l\u2019effet comique. Le rire prend ainsi plaisir \u00e0 l\u2019\u00e9limination, en quelque sorte publique et officielle, de ce qui de toute fa\u00e7on n\u2019\u00e9tait pas; mais il est difficile de d\u00e9terminer ce qui le r\u00e9jouit davantage, du triomphe du r\u00e9el ou de la d\u00e9confiture de l\u2019irr\u00e9el. Il s\u2019agit bien l\u00e0 d\u2019une mani\u00e8re d\u2019approuver le r\u00e9el, mais li\u00e9e au cas pr\u00e9cis o\u00f9 ce dernier contrarie les manifestations immod\u00e9r\u00e9es de l\u2019irr\u00e9el. Que la condamnation de l\u2019irr\u00e9el, dans l\u2019exp\u00e9rience comique, s\u2019accompagne du plaisir est certainement un grand point en faveur du r\u00e9el; mais pas un point d\u00e9cisif. Car c\u2019est autre chose que d\u2019ap-(page 104)plaudir \u00e0 l\u2019\u00e9limination de l\u2019irr\u00e9el, autre chose que d\u2019applaudir \u00e0 son remplacement par le r\u00e9el.<\/p>\n<p>Du dernier exemple invoqu\u00e9, le rire, il ressort que <span style=\"color: #ff00ff;\">l\u2019all\u00e9gresse n\u2019est pas seulement un savoir du r\u00e9el, mais implique en outre une approbation de ce qu\u2019elle d\u00e9couvre \u00e0 l\u2019aide de ce savoir<\/span>. Elle est <span style=\"color: #ff00ff;\">un savoir aimant<\/span>, plus approbateur du r\u00e9el que ne l\u2019est la reconnaissance par la voie du comique, qui se contente en somme de tirer \u00e0 jour le r\u00e9el et de trouver dans cette apparition, lorsqu\u2019elle est impertinente, c\u2019est-\u00e0-dire ne s\u2019accorde pas avec le jeu des repr\u00e9sentations auxquelles elle se trouve confront\u00e9e, un motif de r\u00e9jouissance qui semble moins proc\u00e9der de l\u2019irruption d\u2019un \u00eatre v\u00e9ritable que de la dissipation des apparences qu\u2019elle occasionne. [\u2026] le plaisir pris par le comique \u00e0 dissiper le non-r\u00e9el est l\u2019indice d\u2019un fort attachement \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00e9el. On a certainement raison de d\u00e9celer dans l\u2019humour et le comique en g\u00e9n\u00e9ral, la marque d\u2019un contentement et d\u2019une approbation l\u2019\u00e9gard du r\u00e9el; positivit\u00e9 dont l\u2019ironie, revendicatrice et morale, figure une sorte d\u2019envers n\u00e9gateur. [\u2026] Le comique et l\u2019all\u00e9gresse entendent \u00e9galement prot\u00e9ger le r\u00e9el, en faire leur unique favori: mais le premier fonctionne, si l\u2019on peut dire, sur le r\u00e9gime de l\u2019amiti\u00e9 naissante, la seconde sur celui de l\u2019amour confirm\u00e9.<br \/>\nToutefois l\u2019all\u00e9gresse ne se confond pas plus avec l\u2019amour qu\u2019elle ne se confond avec le rire: t\u00e9moignant d\u2019une disposition approbatrice situ\u00e9e elle-m\u00eame au-del\u00e0 de toutes les performances et possibilit\u00e9s de l\u2019amour.<\/p>\n<p>(page 106) <span style=\"color: #ff00ff;\">Plus proche de l\u2019all\u00e9gresse appara\u00eet l\u2019amour ne se recommandant que d\u2019un compl\u00e9ment d\u2019objet vague<\/span>: ainsi les dispositions euphoriques que l\u2019on d\u00e9signe parfois par \u00abamour de la vie\u00bb ou \u00abamour de soi\u00bb. Le plaisir de vivre, \u00e0 le consid\u00e9rer g\u00e9n\u00e9ralement, c\u2019est-\u00e0-dire ind\u00e9pendamment de telle ou telle des donn\u00e9es particuli\u00e8res de la vie, s\u2019il ne se confond pas tout \u00e0 fait avec l\u2019all\u00e9gresse, en est cependant beaucoup plus proche que tout amour au sens classique. De m\u00eame, l\u2019amour de soi, si l\u2019on entend par l\u00e0, non un plaisir narcissique \u00e0 observer sa propre particularit\u00e9, mais le simple et g\u00e9n\u00e9ral plaisir d\u2019exister. On trouve de tr\u00e8s beaux \u00e9chos de <span style=\"color: #ff00ff;\">cette jubilation fondamentale<\/span>, source et condition de toute autre r\u00e9jouissance, dans certains textes de la philosophie indienne archa\u00efque, ant\u00e9rieure au bouddhisme et par cons\u00e9quent \u00e9trang\u00e8re \u00e0 son influence n\u00e9gatrice; ainsi dans le passage de la Brhad-Aranyaka Upanisad: [\u2026]<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas par l\u2019amour du pouvoir, qu\u2019on ch\u00e9rit le pouvoir&nbsp;: c\u2019est pour l\u2019amour de soi qu\u2019on ch\u00e9rit le pouvoir [\u2026]<br \/>\n(page 107) Ce n\u2019est pas par l\u2019amour des \u00eatres qu\u2019on ch\u00e9rit les \u00eatres&nbsp;: c\u2019est pour l\u2019amour de soi qu\u2019on ch\u00e9rit les \u00eatres.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\">Pour en arriver enfin \u00e0 l\u2019all\u00e9gresse proprement dite, on ne peut qu\u2019essayer de la d\u00e9crire, et faute de mieux, comme un amour dont le compl\u00e9ment d\u2019objet serait absolument ind\u00e9termin\u00e9: non pas amour de la vie, ni de soi, mais simplement amour du r\u00e9el<\/span>. L\u2019ind\u00e9termination de ce compl\u00e9ment d\u2019objet est, il va s\u2019en dire, exactement oppos\u00e9e au vague romantique: lequel renvoie \u00e0 un \u00e9ternel absent, alors que j\u2019entends par r\u00e9el ce qui est toujours et partout pr\u00e9sent, au point pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019obs\u00e9der et d\u2019incommoder la conscience romantique, du spleen baudelairien \u00e0 la naus\u00e9e sartrienne. Du reste, le r\u00e9el est moins une notion vague qu\u2019une notion g\u00e9n\u00e9rale; et qui implique au surplus, comme on le verra, une tr\u00e8s haute pr\u00e9cision. Je rappellerai simplement ici, et \u00e0 titre d\u2019illustration, le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me dans lequel Mallarm\u00e9, pr\u00e9sentant en quelque sorte son Art po\u00e9tique, oppose tr\u00e8s justement \u2014encore qu\u2019il se d\u00e9cide en faveur du plus mauvais choix\u2014 la pr\u00e9cision du r\u00e9el, \u00e0 laquelle il r\u00e9pugne, \u00e0 l\u2019attrait du vague, auquel il aspire et voue l\u2019entreprise litt\u00e9raire:<\/p>\n<p>Exclus-en si tu commences<br \/>\nLe r\u00e9el parce que vil.<br \/>\nLe sens trop pr\u00e9cis rature<br \/>\nTa vague litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>3. LE SAVOIR AMOUREUX<br \/>\nLa plupart des philosophes, de Platon \u00e0 Hegel et Heidegger, pr\u00e9sentent le r\u00e9el comme probl\u00e9matique: ne pouvant \u00eatre re\u00e7u comme tel, c\u2019est-\u00e0-dire approuv\u00e9, qu\u2019avec l\u2019appoint d\u2019une garantie ext\u00e9rieure, Id\u00e9e, Histoire ou Etre. On dirait (page 108) que le r\u00e9el est manchot, et que rien de bon ne saurait en \u00eatre attendu tant qu\u2019on n\u2019aura pas r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le bras manquant. Cela, tel quel, n\u2019a point de sens, point de raison: le r\u00e9el peut bien advenir, il n\u2019en sera pas pour autant reconnu. D\u2019o\u00f9 l\u2019habituelle besogne de la philosophie, son dur et perp\u00e9tuel labeur: exhumer le sens cach\u00e9, recomposer le puzzle, attendre, comme Hegel, la fin de l\u2019Histoire qu\u2019elle veuille bien confier au philosophe, <i>in extremis<\/i>, son fin mot. Sans doute le m\u00eame Hegel entend-il vivre pleinement le r\u00e9el, c\u2019est-\u00e0-dire en son pr\u00e9sent \u2014\u00abIci est la rose, ici il faut danser\u00bb, est-il recommand\u00e9 dans la pr\u00e9face aux <i>Principes de la philosophie du droit<\/i>\u2014&nbsp;; mais il faut pour ce faire passer d\u2019abord par une laborieuse \u00abr\u00e9conciliation\u00bb avec le r\u00e9el, obtenue \u00e0 l\u2019issue d\u2019interminables m\u00e9diations conceptuelles. De quelle faute le r\u00e9el est-il donc coupable qu\u2019il faille ainsi le bouder, sauf \u00e0 entreprendre, par la suite, de lentement se \u00abr\u00e9concilier\u00bb avec lui? De quoi manque-t-il qui l\u2019emp\u00eacherait d\u2019\u00eatre imm\u00e9diatement reconnu, sans d\u00e9lai ni tergiversation? C\u2019est l\u00e0, on le sait, une immense question qui parcourt toute l\u2019histoire de la philosophie, du moins de toutes les philosophies principalement affair\u00e9es autour du probl\u00e8me du manque.<\/p>\n<p>A cette histoire de la philosophie \u2014de la philosophie triste pour cause de manque\u2014, l\u2019all\u00e9gresse fait une opposition constante; opposition discr\u00e8te, car se cantonnant g\u00e9n\u00e9ralement dans le champ de l\u2019exp\u00e9rience quotidienne, encore qu\u2019il lui arrive d\u2019investir, de loin en loin, le terrain proprement philosophique: introduisant alors, dans la suite des dits philosophiques, l\u2019interm\u00e8de insolite d\u2019une philosophie sans peine. <span style=\"color: #ff00ff;\">L\u2019all\u00e9gresse est avant tout, non pas une cessation du manque (laquelle impliquerait une reconnaissance partielle de ce m\u00eame manque), mais quelque chose qu\u2019on peut d\u00e9crire; encore que l\u2019expression confine dangereusement \u00e0 l\u2019insignifiance en raison de son aspect tautologique , comme une <i>absence de manque<\/i>: soit le sentiment \u2014pris ici au sens fort de savoir\u2014 que toutes les choses recherch\u00e9es et apparemment manquantes sont en r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sentes et donn\u00e9es, ou encore que la finalit\u00e9 tant attendue est d\u2019ors et d\u00e9j\u00e0 advenue, toute question adress\u00e9e au r\u00e9el pouvant recevoir, de ce r\u00e9el m\u00eame, une r\u00e9ponse satisfaisante.<\/span> En sorte que c\u2019est bien ici la rose, et maintenant qu\u2019il faut danser: pas pour ce qu\u2019en (page 109) dit Hegel, qui n\u2019approuve le pr\u00e9sent qu\u2019\u00e0 la condition de le rattacher \u00e0 la totalit\u00e9 concr\u00e8te, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fin des temps, mais, et tout au contraire, en raison d\u2019une indiff\u00e9rence au futur, dont il appara\u00eet qu\u2019il n\u2019apportera rien qui ne soit, \u00e0 qui veut en jouir, d\u00e9j\u00e0 \u00ab pr\u00e9sent \u00bb, dans le double sens du terme (donn\u00e9 et actuel). Car le r\u00e9el, et tout ce qu\u2019on peut en attendre, est justement d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9. L\u2019absence de manque signifie qu\u2019il n\u2019y a pas de \u00ab ne pas \u00bb: c\u2019est-\u00e0-dire que ce qui existe, \u00e9puisant toute possibilit\u00e9 d\u2019existence, est \u00e0 la fois parfait \u2014pour ne manquer de rien \u2014et essentiellement \u00abconvenable\u00bb\u2014 pour ne rien laisser \u00e0 d\u00e9sirer, ni \u00e0 relire. La statuaire grecque classique excelle, on l\u2019a souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9, dans l\u2019illustration de cette \u00abconvenance\u00bb du r\u00e9el. [\u2026] A l\u2019homme qui l\u2019interroge au sujet du monde, Dieu n\u2019aura jamais rien de meilleur \u00e0 r\u00e9pondre que: le monde. Si on l\u2019interrogeait au sujet de l\u2019animal, il r\u00e9pondrait, tout aussi assur\u00e9ment: l\u2019animal. Et, \u00e0 toute autre question, de m\u00eame. On peut naturellement s\u2019interroger sur le bien fond\u00e9 d\u2019un tel questionnement, auquel reviennent sans cesse m\u00e9taphysiques et religions. Si ce qui est \u00e0 conna\u00eetre est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui s\u2019\u00e9tale sous mes yeux, il para\u00eet superflu d\u2019attendre, pour le prendre en consid\u00e9ration, qu\u2019un dieu (page 110) veuille bien <span style=\"color: #ff00ff;\">me le signaler du doigt<\/span>. Cette attente de confirmation n\u2019est toutefois oiseuse qu\u2019en apparence. Elle poss\u00e8de, bien \u00e9videmment, son utilit\u00e9 et sa fonction: de repousser l\u2019urgence du r\u00e9el, de tenir l\u2019imm\u00e9diat \u00e0 distance, ne consentant \u00e0 prendre connaissance du r\u00e9el qu\u2019\u00e0 la condition de passer par le d\u00e9tour de sa duplication, de tenir en main un avis formel de copie conforme.<\/p>\n<p>Or il se trouve que le r\u00e9el \u2014ainsi que je l\u2019ai indiqu\u00e9 ailleurs, en y insistant suffisamment pour n\u2019avoir pas \u00e0 y revenir ici\u2014 est justement ce qui est sans double. C\u2019est l\u00e0 sa haute pr\u00e9cision, sa mani\u00e8re propre d\u2019\u00eatre pr\u00e9cis: non de se laisser rep\u00e9rer \u00e0 l\u2019aide de mesures ext\u00e9rieures \u00e0 lui, mais de se signaler comme seul de son esp\u00e8ce, inconnaissable donc sinon en tant que tel, et rien que tel. Toute attente de copie conforme implique ainsi une d\u00e9n\u00e9gation radicale du r\u00e9el, un refus de ce que la r\u00e9alit\u00e9 poss\u00e8de d\u2019\u00e9minemment r\u00e9el, c\u2019est-\u00e0-dire son unicit\u00e9: cachant une fin d\u00e9finitive de non recevoir sous l\u2019apparence d\u2019une mise en souffrance provisoire. La mise \u00e0 plus tard de l\u2019appr\u00e9ciation du r\u00e9el recouvre un deuil profond: le sentiment lancinant que le monde est veuf de son double. L\u2019appr\u00e9ciation imm\u00e9diate du r\u00e9el implique en revanche une adoption de l\u2019unique, c\u2019est-\u00e0-dire un abandon d\u00e9finitif de son autre. C\u2019est en quoi une telle connaissance du r\u00e9el peut \u00eatre r\u00e9put\u00e9e amoureuse, pour aimer ce qui est \u00e0 l\u2019exclusion de tout ce qu\u2019il n\u2019est pas (le \u00abce qui est\u00bb s\u2019\u00e9tendant ici, il est vrai, \u00e0 tout ce qui est, et non \u00e0 tel objet \u00e9lu), pour ne vouloir de ce qui est d\u2019autre garant que lui-m\u00eame. Tel est bien en effet l\u2019amour, si l\u2019on en croit Juliette dans Shakespeare:<\/p>\n<p>Rom\u00e9o: Madame, je jure par cette lune sacr\u00e9e qui argente toutes ces cimes charg\u00e9es de fruit!<br \/>\nJuliette: Oh, ne jure pas par la lune, l\u2019inconstante lune dont le disque change, chaque mois, de peur que ton amour ne devienne aussi variable<br \/>\nRom\u00e9o: Par quoi dois-je jurer?<br \/>\nJuliette: Ne jure pas du tout; ou si tu le veux, jure par ton gracieux \u00eatre, qui est le dieu de mon idol\u00e2trie, et je te croirai.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\">Cette d\u00e9finition du r\u00e9el, d\u2019\u00eatre ce qui est sans double, entra\u00eene une d\u00e9finition parall\u00e8le de l\u2019all\u00e9gresse: d\u2019\u00eatre une r\u00e9jouissance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du simple qui n\u2019\u00e9prouve pas le besoin d\u2019en appeler \u00e0 l\u2019autre pour en autoriser la jouissance, se contentant en somme du monde<\/span> comme Juliette se contente de Rom\u00e9o. <span style=\"color: #ff00ff;\">A la consid\u00e9rer ainsi \u2014en tant que savoir approbateur du r\u00e9el\u2014, l\u2019all\u00e9gresse consiste essentiellement en une \u00e9limination de l\u2019autre et une disparition du double \u2014soit en une approbation non narcissique de ce qui n\u2019est pas autre, c\u2019est-\u00e0-dire de tout ce qui existe, justement saisi comme \u00e0 jamais pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 ce qui n\u2019est ni pr\u00e9sent ni ici.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lecture de Cl\u00e9ment Rosset, L\u2019objet singulier &#8211; 1979, Les \u00e9ditions de minuit 4e de couverture L\u2019objet absolument singulier est incapable de d\u00e9cliner son identit\u00e9, puisqu\u2019il n\u2019est rien qui lui soit identique: il est \u00e0 la fois unique et \u00e9trange, et pour la m\u00eame raison. Tel est le monde dans son ensemble: \u00abun \u00eatre unilat\u00e9ral dont &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=7739\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Cl\u00e9ment Rosset, L\u2019objet singulier. 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