{"id":6906,"date":"2021-08-26T09:17:36","date_gmt":"2021-08-26T08:17:36","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=6906"},"modified":"2021-10-20T08:48:43","modified_gmt":"2021-10-20T07:48:43","slug":"valerie-bertrand-la-conception-du-commerce-dans-lesprit-des-lois-de-montesquieu","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=6906","title":{"rendered":"Val\u00e9rie Bertrand. La conception du commerce dans L\u2019esprit des lois de Montesquieu"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">In <i>Annales historiques de la R\u00e9volution fran\u00e7aise Ann\u00e9e 1987<\/i> 269-270 pp. 266-290<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/docAsPDF\/ahrf_0003-4436_1987_num_269_1_4586.pdf\">https:\/\/www.persee.fr\/docAsPDF\/ahrf_0003-4436_1987_num_269_1_4586.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Pourquoi \u00e9tudier Montesquieu et en particulier sa conception du commerce&nbsp;? La R\u00e9volution fran\u00e7aise a vu se d\u00e9velopper toute une r\u00e9flexion critique contre les th\u00e9ories et les applications du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Il nous semblait int\u00e9ressant de rechercher les sources de ces critiques, entre autres parmi les auteurs philosophes et \u00e9conomistes des Lumi\u00e8res, dont avaient pu s\u2019inspirer les r\u00e9volutionnaires.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">J\u2019avais constat\u00e9, lors de mes lectures d\u2019ouvrages contemporains consacr\u00e9s \u00e0 la pens\u00e9e \u00e9conomique du XVIIIe si\u00e8cle, que ses auteurs \u00e9taient tous, grosso modo, (mis \u00e0 part les \u00e9galitaristes utopiques comme Morelly) consid\u00e9r\u00e9s comme des th\u00e9oriciens de l\u2019ordre \u00e9conoNoemi que lib\u00e9ral qui allait s&rsquo;\u00e9panouir pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es de la R\u00e9volution et au XIXe si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Or, la diversit\u00e9 des opinions et la vivacit\u00e9 des d\u00e9bats entre les \u00e9conomistes des ann\u00e9es 1750-1780 contredisaient l&rsquo;unanimit\u00e9 apparente qui leur est attribu\u00e9e actuellement&nbsp;: on conna\u00eet les ouvrages qui opposent l\u2019abb\u00e9 Galiani aux Physiocrates, ceux de Graslin \u00e0 l&rsquo;abb\u00e9 Baudeau, ceux de Morellet, de Dupont de Nemours, on se souvient des doutes propos\u00e9s par Mably aux \u00e9conomistes lib\u00e9raux et en particulier \u00e0 Mercier de la Rivi\u00e8re, comme de la r\u00e9futation par Simon Linguet du syst\u00e8me des philosophes \u00e9conomistes.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">On pourrait multiplier les exemples de ces d\u00e9saccords, de ces prises de becs, de ces ruptures ou de ces r\u00e9conciliations qui caract\u00e9risent les discussions de cette p\u00e9riode&nbsp;; et l&rsquo;on pourrait croire que ce foisonnement d&rsquo;\u00e9crits \u00e9tait provoqu\u00e9 par l&rsquo;apparition du mouvement physiocratique. Or, tr\u00e8s vite, il nous est apparu que les divergences de pens\u00e9e lui \u00e9taient bien ant\u00e9rieures&nbsp;: Mably insistait sur les diff\u00e9rences qui opposaient les courants repr\u00e9sent\u00e9s par Vincent de Gournay et Fran\u00e7ois Quesnay. Et Dupont de Nemours s&rsquo;exclamait, vingt ans apr\u00e8s la publication de L\u2019Esprit des Lois que&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abL\u2019\u00e9poque de l&rsquo;\u00e9branlement g\u00e9n\u00e9ral qui a d\u00e9termin\u00e9 tous les esprits \u00e0 s&rsquo;appliquer \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l&rsquo;\u00e9conomie politique remonte \u00e0 Mr de Montesquieu \u00bb (1) Ma vision d&rsquo;alors de Montesquieu \u00e9tait celle d&rsquo;un th\u00e9oricien de la s\u00e9paration des pouvoirs, d\u2019un admirateur de la monarchie \u00e0 l&rsquo;anglaise tout en \u00e9tant un parfait repr\u00e9sentant d&rsquo;une noblesse f\u00e9odale accroch\u00e9e \u00e0 ses privil\u00e8ges&nbsp;; sans voir d&rsquo;ailleurs en quoi cela pouvait \u00eatre contradictoire&nbsp;!<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La phrase de Dupont de Nemours, pleine de respect et d&rsquo;admiration excita ma curiosit\u00e9, d&rsquo;autant plus que je n&rsquo;avais gu\u00e8re rencontr\u00e9 Montesquieu dans les \u00abHistoires \u00bb classiques des doctrines \u00e9conomiques.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ma surprise fut plus grande encore lorsque j&rsquo;ai lu un passage de la \u00abConspiration pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00bb de Buonarroti. L\u00e0, il d\u00e9finissait <span style=\"color: #ff00ff;\">le syst\u00e8me d\u2019\u00e9galit\u00e9 comme&nbsp;: \u00abun ordre social qui soumet \u00e0 la volont\u00e9 du peuple les actions et les propri\u00e9t\u00e9s particuli\u00e8res, encourage les arts utiles \u00e0 tous, proscrit ceux qui ne flattent que le petit nombre, d\u00e9veloppe la raison de chacun, substitue \u00e0 la cupidit\u00e9 l&rsquo;amour de la patrie et de la gloire, fait de tous les citoyens une seule et paisible famille, assujettit chacun \u00e0 la volont\u00e9 de tous, personne \u00e0 celle d&rsquo;un autre, et qui fut de tout temps l&rsquo;objet des voeux secrets des vrais sages, et eut dans tous les si\u00e8cles, d&rsquo;illustres d\u00e9fenseurs&nbsp;: tels furent dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, Minos, Platon, Lycurge et le l\u00e9gislateur des chr\u00e9tiens&nbsp;; et dans les temps plus rapproch\u00e9s de nous, Thomas Monis, Montesquieu et Mably.\u00bb<\/span> (2)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Du coup, il nous semblait tr\u00e8s important de relire Montesquieu et de voir en quoi, il avait, par ses \u00e9crits, provoqu\u00e9 des r\u00e9flexions nouvelles sur l\u2019\u00e9conomie politique, avant d&rsquo;envisager d&rsquo;approfondir toute analyse en ce domaine.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu fut-il alors un pr\u00e9curseur ou du moins le d\u00e9clencheur de la pens\u00e9e physiocratique comme semble le dire Dupont de Nemours&nbsp;? Eut-il au contraire une toute autre conception des rapports \u00e9conomiques, comme le sous-entend Buonarroti&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Fut-il plut\u00f4t, comme le pense L. Althusser dans son <i>Montesquieu, la politique et l\u2019histoire<\/i>, \u00abun d\u00e9fenseur des libert\u00e9s particuli\u00e8res de la classe f\u00e9odale, de sa s\u00fbret\u00e9 personnelle, des conditions de sa p\u00e9rennit\u00e9 et de sa pr\u00e9tention de reprendre dans les organes du pouvoir la place dont l&rsquo;histoire l\u2019a frustr\u00e9e \u00bb (3). Ou bien, constitua-t-il dans son oeuvre un creuset d&rsquo;id\u00e9es o\u00f9 ont puis\u00e9 les futurs r\u00e9volutionnaires, comme le pensent E. Cassirer et B. Groethuysen, gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e9thode nouvelle qui permettait aux hommes de profiter de l&rsquo;enseignement offert par la connaissance des faits historiques pour r\u00e9gler la vie sociale, l\u2019am\u00e9liorer, la modifier, bref, pour ne plus se borner \u00e0 chercher ce qui est, mais ce qui doit \u00eatre&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La vari\u00e9t\u00e9 des opinions sur Montesquieu, tant \u00e0 son \u00e9poque que de nos jours, m\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 me demander si les conceptions de l&rsquo;\u00e9cole lib\u00e9rale \u00e9taient d&#8217;embl\u00e9e \u00e9tablies au XVIIIe si\u00e8cles ou si nous n\u2019avons pas eu tendance \u00e0 jeter un voile pudique sur tout ce qui contredisait cette id\u00e9e&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Et je me permets de poser la question suivante&nbsp;: revendiquer au XVIIIe\u00a0<\/span>si\u00e8cle une plus grande libert\u00e9 dans les \u00e9changes commerciaux (par la suppression des douanes, des corporations ou des compagnies de marchands) est-il le signe \u00e9vident, la preuve pour nous, de l&rsquo;appartenance \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole lib\u00e9rale \u00e9conomique&nbsp;? Suffit-il de condamner les monopoles, comme le feront les physiocrates et \u00e0 leur suite les girondins et les montagnards, ne faut-il pas aussi d\u00e9terminer si leurs th\u00e9ories \u00e9conomiques emp\u00eachent dans les faits la formation de monopoles, pour conclure \u00e0 leur appartenance ou non au courant lib\u00e9ral \u00e9conomique&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019est la d\u00e9marche que je voulais op\u00e9rer \u00e0 propos de l&rsquo;oeuvre de Montesquieu&nbsp;; pour cela, il me fallait revenir aux textes m\u00eames, en leur posant un certain nombre de questions:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">Quelle \u00e9tait la d\u00e9finition du commerce et de la libert\u00e9 commerciale chez Montesquieu&nbsp;? Dans quel cadre la concevait-il? Quel r\u00f4le donnait-il aux marchands et aux producteurs&nbsp;? Limitait-il le droit de propri\u00e9t\u00e9 et le profit&nbsp;? Enfin, quel place attribuait-il \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat dans les rapports \u00e9conomiques&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En bon philosophe du XVIIIe si\u00e8cle, Montesquieu semblait penser l\u2019\u00e9conomie dans le cadre du politique&nbsp;: en effet, il affirme que \u00able commerce a du rapport avec la Constitution \u00bb (4) et qu\u2019il varie selon la nature et les principes des gouvernements, qu&rsquo;il est le reflet de l&rsquo;organisation de l\u2019\u00c9tat civil et politique. Il me fallait donc comprendre sa vision du politique pour comprendre celle de l&rsquo;\u00e9conomique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il d\u00e9finit d&rsquo;abord la nature des diff\u00e9rents gouvernements, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui les fait \u00eatre tels qu&rsquo;ils sont&nbsp;: il en d\u00e9gage trois&nbsp;; les r\u00e9publiques (d\u00e9mocratiques ou aristocratiques), les monarchies et les gouvernements despotiques. Ensuite, il recherche les principes de ces gouvernements, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui les fait agir et les perp\u00e9tue. Il en trouve trois&nbsp;:\u00a0<\/span><span class=\"s1\">Le principe agissant des r\u00e9publiques est la vertu politique (celui qui fait ex\u00e9cuter les lois y est soumis lui-m\u00eame). Le principe des monarchies est l&rsquo;honneur&nbsp;; il a ses r\u00e8gles et ses lois et contribue \u00e0 borner la puissance du roi. Enfin le principe du despotisme est la crainte et l&rsquo;ob\u00e9issance.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu consid\u00e8re que toutes les lois doivent \u00eatre en rapport avec la constitution, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elles doivent \u00eatre conformes \u00e0 sa nature et \u00e0 ses principes. Le r\u00f4le des gouvernants est de conserver ou de r\u00e9tablir ces rapports, sans quoi les nations ne pourraient subsister tr\u00e8s longtemps, leurs principes se corrompant au fil des temps. Pour retrouver ce qui a model\u00e9 la nature des divers gouvernements et la raison pour laquelle il faut s&rsquo;y conformer, il faut, dit-il, remonter \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les hommes vivaient dans l&rsquo;\u00e9tat de nature, et o\u00f9 l&rsquo;on peut voir \u00e0 l&rsquo;oeuvre, les lois qui r\u00e9gissaient le monde intelligent comme tout le reste de l&rsquo;univers.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ces lois, universelles et invariables sont \u00ables rapports n\u00e9cessaires qui d\u00e9rivent de la nature des choses \u00bb (5). Ant\u00e9rieures \u00e0 toutes lois positives, \u00abce sont les lois de la Nature, ainsi nomm\u00e9es parce qu&rsquo;elles d\u00e9rivent uniquement de la constitution de notre \u00eatre. \u00bb (6)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La nature des gouvernements d\u00e9rive donc des lois naturelles qui sont de deux sortes&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u2014 Celles qui proviennent d&rsquo;une raison primitive qui sert de r\u00e9f\u00e9rent \u00e0 la pens\u00e9e et permet de porter un jugement moral sur les lois positives&nbsp;:\u00a0<\/span><span class=\"s1\">\u00abDire qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de juste ni d&rsquo;injuste que ce qu&rsquo;ordonnent ou d\u00e9fendent les lois positives c\u2019est dire qu&rsquo;avant qu&rsquo;on e\u00fbt trac\u00e9 de cercle, tous les rayons n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e9gaux. Il faut donc avouer des rapports d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 ant\u00e9rieurs \u00e0 la loi positive qui les \u00e9tablit. \u00bb (7)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u2014 Celles qui d\u00e9coulent des sensations et des facult\u00e9s de l\u2019homme&nbsp;: dans l&rsquo;\u00e9tat de nature, l&rsquo;homme a le sentiment de sa faiblesse&nbsp;; il est donc port\u00e9 \u00e0 la paix, c&rsquo;est la premi\u00e8re loi naturelle. Il a le sentiment de ses besoins&nbsp;; il est pouss\u00e9 \u00e0 conserver son \u00eatre, ce qui constitue la deuxi\u00e8me loi naturelle. Une troisi\u00e8me consisterait en l&rsquo;attirance des sexes. L\u2019attrait des connaissances le pousse aussi \u00e0 vivre en soci\u00e9t\u00e9. La sociabilit\u00e9 de l\u2019homme est aussi une loi naturelle. Enfin, le sentiment religieux et la croyance en un \u00eatre sup\u00e9rieur, cr\u00e9ateur, des hommes est une loi fondamentale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mais le monde intelligent appara\u00eet \u00e0 Montesquieu moins bien gouvern\u00e9 que le monde physique. Il en voit la cause dans la contradiction m\u00eame de la nature humaine&nbsp;: la caract\u00e9ristique de l&rsquo;homme est d\u2019avoir \u00e0 la fois une intelligence born\u00e9e et de disposer du libre arbitre, ce qui permet de violer les lois tout en les m\u00e9connaissant. Les lois naturelles ont elles aussi des effets contradictoires&nbsp;: elles portent l&rsquo;homme \u00e0 la paix et \u00e0 la conservation de son \u00eatre, mais elles le portent aussi \u00e0 se rapprocher des autres et \u00e0 s&rsquo;y opposer&nbsp;: \u00abSit\u00f4t que les hommes sont en soci\u00e9t\u00e9, ils perdent le sentiment de leur faiblesse, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 qui \u00e9tait entre eux cesse et l&rsquo;\u00e9tat de guerre commence. \u00bb (8) Pour Montesquieu, l&rsquo;entr\u00e9e en soci\u00e9t\u00e9 provoque donc l\u2019\u00e9tat de guerre entre les hommes, car en se pliant aux pr\u00e9jug\u00e9s, ils perdent leur raison primitive et le sentiment de leur nature.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le r\u00f4le du sage, du l\u00e9gislateur est de retrouver cette nature enfouie dans les pr\u00e9jug\u00e9s et de reconstruire un gouvernement qui lui soit conforme&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abJe me croirais le plus heureux des mortels, si je pouvais faire que les hommes puissent se gu\u00e9rir de leurs pr\u00e9jug\u00e9s. J&rsquo;appelle ici, pr\u00e9jug\u00e9s, non pas ce qui fait qu&rsquo;on ignore de certaines choses, mais ce qui fait qu&rsquo;on s&rsquo;ignore soi-m\u00eame. \u00bb (9) Il doit retrouver cette raison primitive, qui par son essence universelle et variable lui sert de crit\u00e8re commun pour r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre entre les lois positives que les hommes se sont donn\u00e9es (imparfaites \u00e0 cause de leur intelligence born\u00e9e) et les lois ant\u00e9rieures qui d\u00e9rivent de leur nature et qui ont \u00e9t\u00e9 occult\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLa loi, en g\u00e9n\u00e9ral, est la raison humaine, en tant qu&rsquo;elle gouverne tous les peuples de la terre&nbsp;; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent \u00eatre que les cas particuliers o\u00f9 s&rsquo;applique cette raison humaine.\u00bb (10)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le l\u00e9gislateur doit r\u00e9aliser le bonheur des hommes et il ne peut le faire qu&rsquo;en pratiquant l\u2019amour de l\u2019humanit\u00e9 toute enti\u00e8re&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abC&rsquo;est en cherchant \u00e0 instruire les hommes que l&rsquo;on peut pratiquer cette vertu g\u00e9n\u00e9rale qui comprend l&rsquo;amour de tous. L&rsquo;homme, cet \u00eatre flexible, se pliant dans la soci\u00e9t\u00e9 aux pens\u00e9es et aux impressions des autres est \u00e9galement capable de conna\u00eetre sa propre nature lorsqu&rsquo;on la lui montre et d\u2019en perdre le sentiment lorsqu&rsquo;on la lui d\u00e9robe. \u00bb (11)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019est donc la contradiction originelle de la nature humaine (tiraill\u00e9e entre l\u2019esprit de sociabilit\u00e9 qui jette en fait les hommes dans l&rsquo;\u00e9tat de guerre et la raison primitive qui les pousse \u00e0 la sagesse) que le l\u00e9gislateur se doit de r\u00e9soudre. C&rsquo;est en respectant les lois naturelles, en restaurant la loi primitive que le l\u00e9gislateur peut assurer la p\u00e9rennit\u00e9 de son gouvernement, seul moyen de justifier et de l\u00e9gitimer son pouvoir.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C&rsquo;est pourquoi, il est fondamental, pour lui, de conna\u00eetre toutes les cat\u00e9gories de lois et de discerner les rapports qu&rsquo;elles ont entre elles et avec le tout&nbsp;: \u00abLa sublimit\u00e9 de la pens\u00e9e humaine consiste \u00e0 savoir bien auquel de ces ordres de lois se rapportent principalement les choses sur lesquelles on doit statuer, et \u00e0 ne point mettre de confusion dans les principes qui doivent gouverner les hommes. \u00bb (12)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le l\u00e9gislateur, quel que soit le domaine qu&rsquo;il veut traiter doit avoir une vision globalisante des diff\u00e9rents rapports qui r\u00e9gissent les soci\u00e9t\u00e9s, sous peine de tomber dans le monde de l&rsquo;erreur et de l&rsquo;opinion.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">Cette analyse, peut-\u00eatre un peu longue, du politique chez Montesquieu, me semblait n\u00e9cessaire pour montrer que l&rsquo;\u00e9tude de sa conception du commerce passe forc\u00e9ment par le politique, qu&rsquo;il l&rsquo;int\u00e8gre dans une vision d&rsquo;ensemble et qu&rsquo;il raisonne sur le commerce \u00e0 partir de crit\u00e8res communs qui lui permettent de juger si telle loi commerviale est conforme ou non \u00e0 telle constitution, conforme aux lois naturelles.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">Sa vision du commerce varie donc en fonction du cadre dans lequel il pense l\u2019\u00e9conomie. Ainsi, il d\u00e9finit trois sortes de commerces d\u00e9rivant des trois formes de gouvernement&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">\u2014 le commerce de luxe, pr\u00e9pond\u00e9rant dans les monarchies instaur\u00e9es dans les pays de taille moyenne et relativement fertiles. Ce commerce pr\u00e9suppose une certaine richesse int\u00e9rieure dont t\u00e9moigne la gloire du roi. Il vise avant tout la satisfaction des fantaisies et de l&rsquo;orgueil de la nation. (13)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">\u2014 le commerce d\u2019\u00e9conomie, dominant dans les R\u00e9publiques \u00e9rig\u00e9es dans des zones g\u00e9ographiquement cloisonn\u00e9es et le plus souvent peu fertiles, si ce n&rsquo;est st\u00e9riles. Les peuples de ces r\u00e9publiques, ne pouvant obtenir leur subsistance de leurs terres, vont la tirer des autres nations, par le biais de leurs marchands. Ce commerce vise avant tout la satisfaction des besoins r\u00e9els. (14)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">\u2014 le commerce de conservation, r\u00e9duit \u00e0 un minimum d&rsquo;\u00e9changes, il n&rsquo;existe que dans les \u00e9tats despotiques o\u00f9 \u00abl&rsquo;on travaille plus \u00e0 conserver qu\u2019\u00e0 acqu\u00e9rir\u00bb (15), o\u00f9 la richesse des terres est constamment menac\u00e9e par les pillages et la terreur du despote.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Nous nous attacherons plus particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude du commerce dans les r\u00e9publiques aristocratiques et dans les monarchies, qu&rsquo;il compare sans cesse. La premi\u00e8re question que l&rsquo;on peut poser \u00e0 Montesquieu, est, bien s\u00fbr, <span style=\"color: #ff00ff;\">\u00e0 quoi sert, selon lui, le commerce&nbsp;?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">Si une nation agit selon les principes et sa nature, l&rsquo;esprit de commerce, dit-il, est b\u00e9n\u00e9fique car il pousse les hommes \u00e0 se respecter mutuellement&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">\u00abLe commerce gu\u00e9rit des pr\u00e9jug\u00e9s destructeurs&#8230; Qu&rsquo;on ne s&rsquo;\u00e9tonne point si nos moeurs sont moins f\u00e9roces&#8230; Le commerce a fait que la connaissance des moeurs de toutes les nations a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 partout, on les a compar\u00e9 entre elles, et il en a r\u00e9sult\u00e9 de grands biens. \u00bb (16)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">S&rsquo;il rapproche les peuples, il rapproche aussi les \u00c9tats en diminuant les risques de guerre&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">\u00abL&rsquo;effet naturel du commerce est de porter \u00e0 la paix. Deux nations qui n\u00e9gocient ensemble se rendent r\u00e9ciproquement d\u00e9pendantes&nbsp;: si l&rsquo;une a int\u00e9r\u00eat d\u2019acheter, l&rsquo;autre a int\u00e9r\u00eat de vendre, et toutes les unions sont fond\u00e9es sur des besoins mutuels. \u00bb (17)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">Le commerce entre deux nations n&rsquo;est pas con\u00e7u chez Montesquieu comme le pillage de l\u2019une par l&rsquo;autre, il ne vise pas la supr\u00e9matie d&rsquo;un seul, mais bien un rapport d&rsquo;\u00e9changes bas\u00e9 sur des besoins et un respect mutuel. De plus, le commerce \u00e9tendu \u00e0 toutes les nations offre un autre avantage \u00e0 ses yeux&nbsp;: celui d&rsquo;\u00e9tablir une saine et r\u00e9elle concurrence pour le plus grand b\u00e9n\u00e9fice des consommateurs&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"color: #ff00ff;\">\u00abC&rsquo;est la concurrence qui met un juste prix aux marchandises et qui \u00e9tablit les vrais rapports entre elles.\u00bb (18)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La seconde question que l&rsquo;on peut lui poser est de savoir si le commerce peut \u00eatre en accord avec les principes de vertu ou d&rsquo;honneur qui doivent r\u00e9gir les r\u00e9publiques et les monarchies&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu nous pr\u00e9cise que \u00absi l\u2019esprit de commerce unit les nations, il n&rsquo;unit pas de m\u00eame les particuliers. Nous voyons que dans les pays (comme la Hollande) o\u00f9 l&rsquo;on est affect\u00e9 que de l\u2019esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines et de toutes les vertus morales&nbsp;: les plus petites choses, celles que l&rsquo;humanit\u00e9 demande, s&rsquo;y font ou s\u2019y donnent pour de l\u2019argent. \u00bb (19)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Si l&rsquo;on donne toute latitude \u00e0 l\u2019esprit de commerce, il n&rsquo;en r\u00e9sulte que des effets n\u00e9gatifs&nbsp;: la Nature humaine est bafou\u00e9e. Il ne peut garantir \u00e0 lui seul que les hommes respectent les principes&nbsp;; bien au contraire, il les menace. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il constate \u00e0 son \u00e9poque&nbsp;: l&rsquo;esprit de commerce a remplac\u00e9 les principes de vertu et d&rsquo;honneur&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLes politiques grecs qui vivaient dans le gouvernement populaire ne reconnaissaient d&rsquo;autre force qui p\u00fbt les soutenir que celle de la vertu. Ceux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe m\u00eame. \u00bb (20)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La vertu ou l&rsquo;honneur oubli\u00e9s, il n&rsquo;y a plus de bornes \u00e0 l&rsquo;avarice, \u00e0 l&rsquo;app\u00e2t du gain, \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier et il en montre les cons\u00e9quences&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abCe qui \u00e9tait maxime, on l\u2019appelle rigueur, ce qui \u00e9tait r\u00e8gle, on l&rsquo;appelle g\u00eane, ce qui \u00e9tait attention, on l&rsquo;appelle crainte, c&rsquo;est la frugalit\u00e9 qui y est l&rsquo;avarice, et non pas le d\u00e9sir d&rsquo;avoir. Autrefois, le bien des particuliers faisait le tr\u00e9sor public&nbsp;; mais pour lors, le tr\u00e9sor public devient le patrimoine des particuliers. La R\u00e9publique est une d\u00e9pouille, et sa force n&rsquo;est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous. \u00bb (21)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u00e8s lors que le principe agissant d&rsquo;un gouvernement est corrompu, sa nature m\u00eame l&rsquo;est aussi. Il ne constitue plus la r\u00e9union de toutes les forces particuli\u00e8res, mais devient l&rsquo;objet d&rsquo;une minorit\u00e9, celle de la richesse, qui d\u00e9tourne \u00e0 son profit les ressources publiques et s&rsquo;octroie un pouvoir abusif au d\u00e9triment de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ayant fait ce constat, on peut alors demander \u00e0 Montesquieu comment faire pour que les principes ne soient pas corrompus et que les lois du commerce demeurent en harmonie avec ces fameux principes&nbsp;? Sa r\u00e9ponse r\u00e9side dans les distinctions qu\u2019il \u00e9tablit entre les diff\u00e9rentes sortes de commerce et dans sa volont\u00e9 de re-moraliser l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 travers le politique&nbsp;: pour chaque forme de gouvernement, il y a un principe qui r\u00e8gle dans tous les domaines, y compris le commerce, ce qui doit \u00eatre et ce qui ne doit pas \u00eatre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C&rsquo;est \u00e0 travers ce crit\u00e8re commun que l&rsquo;on peut d\u00e9gager et comprendre les id\u00e9es de Montesquieu sur la libert\u00e9 commerciale, sur le profit, sur le r\u00f4le des marchands et par-dessus tout sur celui de l&rsquo;\u00c9tat.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Nous allons voir tout d&rsquo;abord qui doit pratiquer le commerce et de quelle mani\u00e8re. La r\u00e9ponse varie selon les formes de gouvernements envisag\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans le commerce d&rsquo;\u00e9conomie, pr\u00e9pond\u00e9rant dans les r\u00e9publiques, les \u00e9changes ont pour but la satisfaction des besoins r\u00e9els de la population qui ne peut pas vivre uniquement de ses propres ressources. Il est fond\u00e9 sur \u00abla pratique de gagner moins qu&rsquo;aucune autre nation et de ne se d\u00e9dommager qu&rsquo;en gagnant continuellement.\u00bb (22) Il concerne un peuple de marchands qui ne font pas de gros profits mais dont le nombre compense la faiblesse des b\u00e9n\u00e9fices.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au contraire, le commerce de luxe implique de gros profits car ce commerce est irr\u00e9gulier, et n\u2019est pratiqu\u00e9 qu\u2019en fonction des fantaisies de la nation. De plus, il ne concerne qu&rsquo;un petit nombre de n\u00e9gociants. Cette diff\u00e9rence quantitative explique la position de Montesquieu vis-\u00e0-vis des compagnies de marchands&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abElles sont, dans les monarchies aussi suspectes aux marchands qu&rsquo;elles leur paraissent s\u00fbres dans les \u00e9tats r\u00e9publicains. Les grandes entreprises de commerce ne sont donc pas pour les monarchies mais pour le gouvernement de plusieurs.\u00bb (23)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Car, insiste-t-il, \u00abla nature de ces compagnies est de donner aux richesses particuli\u00e8res la force des richesses publiques. Mais dans ces \u00e9tats (monarchies) cette force ne peut se trouver que dans les mains du Prince. \u00bb (24)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ces gros n\u00e9gociants, r\u00e9unis dans les compagnies, auraient l\u00e0, l&rsquo;occasion de s&rsquo;arroger un monopole commercial et financier, aux d\u00e9pens des finances publiques. En revanche, les risques seraient beau\u00ac coup moins grands dans le commerce d&rsquo;\u00e9conomie, car le nombre de marchands constituerait la garantie que les monopoles ne puissent se d\u00e9velopper. Il va m\u00eame plus loin&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abJe dis plus, les compagnies de n\u00e9gociants ne conviennent pas toujours dans les \u00e9tats o\u00f9 l&rsquo;on fait le commerce d\u2019\u00e9conomie, et si les affaires ne sont si grandes qu\u2019elles soient au-dessus de la port\u00e9e des particuliers, on fera mieux de ne point g\u00eaner par des privil\u00e8ges exclu\u00ac sifs, la libert\u00e9 du commerce. \u00bb (25)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu porte le m\u00eame jugement vis-\u00e0-vis des banques&nbsp;: elles sont utiles dans les r\u00e9publiques commer\u00e7antes pour faciliter la circu\u00ac lation des richesses, mais nocives dans les monarchies, car, instaurer des banques, \u00abc&rsquo;est supposer l&rsquo;argent d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre la puis\u00ac sance. \u00bb (26) Le roi, poss\u00e9dant les deux n&rsquo;a pas besoin des banques pour faire circuler les richesses.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C&rsquo;est pour les m\u00eames raisons qu\u2019il interdit au prince et \u00e0 la noblesse le droit de commercer, car ils n\u2019auraient aucune borne \u00e0 leur pouvoir \u00e9conomique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Et Montesquieu fait dire ceci \u00e0 un roi vertueux et soucieux de son r\u00f4le&nbsp;: \u00abqui pourra nous r\u00e9primer si nous faisons des monopoles&nbsp;? Qui nous obligera de remplir nos engagements&nbsp;? Ce commerce que nous faisons, les courtisans voudront le faire. Ils seront plus avides et plus injustes que nous. Le peuple a de la confiance en notre justice&nbsp;: il n&rsquo;en n&rsquo;a point en notre opulence&nbsp;: tants d&rsquo;imp\u00f4ts qui font sa mis\u00e8re, sont des preuves certaines de la n\u00f4tre. \u00bb (27) Le roi repr\u00e9sente l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, il est le garant d&rsquo;une certaine justice sociale. En commer\u00e7ant, ou en en donnant le droit aux nobles, il outrepasserait ses droits et n\u00e9gligerait ses devoirs&nbsp;; il ruinerait la monarchie et ses fondements.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu nous offre, d\u00e9j\u00e0 ici, un aper\u00e7u de sa conception de la libert\u00e9 commerciale qu&rsquo;il subordonne \u00e0 la vertu politique&nbsp;: c&rsquo;est ce qui \u00e9vite la constitution de monopoles commerciaux, qu\u2019ils soient le fait des nobles ou du roi lui-m\u00eame. C\u2019est ce qui favorise un commerce pratiqu\u00e9 par des hommes ind\u00e9pendants de tout pouvoir politique et financier&nbsp;; c&rsquo;est ce qui pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il soit repr\u00e9sent\u00e9 par un seul homme ou par plusieurs, en bornant la puissance de tous ceux qui d\u00e9tiennent une parcelle de pouvoir. C\u2019est emp\u00eacher l&rsquo;av\u00e8ne\u00ac ment d\u2019un despotisme \u00e9conomique&nbsp;; c&rsquo;est \u00e9viter la corruption des principes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour atteindre ce but, le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat devient primordial&nbsp;; c&rsquo;est lui, en effet, qui doit imposer des r\u00e8gles au commerce, c&rsquo;est lui qui \u00e9tablit la libert\u00e9 du commerce&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLa libert\u00e9 du commerce n&rsquo;est pas une facult\u00e9 accord\u00e9e aux n\u00e9go\u00ac ciants de faire ce qu&rsquo;ils veulent. Ce serait bien plut\u00f4t sa servitude. Ce qui g\u00e8ne le commer\u00e7ant ne g\u00e8ne pas pour autant le commerce. \u00bb (28)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ainsi donc, la libert\u00e9 du commerce, c&rsquo;est la servitude du commer\u00e7ant&nbsp;! Elle consiste \u00e0 faire respecter les lois commerciales \u00e9dict\u00e9es par l&rsquo;\u00c9tat, en int\u00e9grant les n\u00e9gociants dans un syst\u00e8me o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous est r\u00e9ellement pr\u00e9serv\u00e9&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abC&rsquo;est dans les pays de la libert\u00e9 que les n\u00e9gociations trouvent des contradictions sans nombre et il n&rsquo;est jamais moins crois\u00e9 par les lois que dans les pays de servitude. \u00bb (29)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ici, Montesquieu joue sur les mots&nbsp;: pays de la libert\u00e9 signifie pays de la libert\u00e9 de faire ce que l&rsquo;on veut, o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier prime sur tout, et pays de la servitude signifie pays o\u00f9 le commer\u00e7ant est soumis \u00e0 une autre libert\u00e9, celle qui garantit l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et le vrai commerce qu&rsquo;il d\u00e9finit comme la libert\u00e9 du commerce. Cette logique de raisonnement est \u00e0 mettre en parall\u00e8le avec la distinction qu\u2019il fait entre la libert\u00e9 politique qui est \u00able droit de faire tout ce que les lois permettent de 1\u2019 \u00abind\u00e9pendance \u00bb qui est \u00abde faire tout ce que l&rsquo;on veut \u00bb (30). Il semble bien qu&rsquo;il applique le m\u00eame raisonne\u00ac ment \u00e0 la libert\u00e9 commerciale&nbsp;; et il ajoute&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLa libert\u00e9 politique ne se trouve que dans les gouvernements mod\u00e9r\u00e9s&nbsp;; mais elle n&rsquo;est pas toujours dans les gouvernements mod\u00e9r\u00e9s&nbsp;; elle n&rsquo;y est que lorsqu&rsquo;on n&rsquo;abuse point du pouvoir&#8230; Pour qu\u2019on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arr\u00eate le pouvoir. \u00bb (31)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ainsi, dans un gouvernement qui se veut mod\u00e9r\u00e9, la libert\u00e9 com\u00ac merciale doit \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 politique, elle doit s\u2019exercer dans les limites pr\u00e9cises, fix\u00e9es par la loi. La libert\u00e9 commerciale revendiqu\u00e9e par les n\u00e9gociants, s&rsquo;oppose \u00e0 celle de Montesquieu. C&rsquo;est \u00e0 l\u2019\u00e9tat de borner leurs actions. Dans ce domaine, le seul principe qui puisse temp\u00e9rer les mauvais effets de l&rsquo;esprit de commerce, c&rsquo;est, je crois, ce qu&rsquo;il appelle la vertu commerciale, crit\u00e8re commun aux r\u00e9pu\u00ac bliques comme aux monarchies, c\u2019est-\u00e0-dire la vertu politique appliqu\u00e9e au commerce, seul moyen efficace \u00e0 ses yeux pour pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et moraliser les rapports \u00e9conomiques entre les hommes. Nous donnerons quelques exemples des cas o\u00f9 s&rsquo;exerce cette vertu commerciale&nbsp;: \u00e0 propos des revenus de l&rsquo;\u00c9tat, des richesses, du travail et de la propri\u00e9t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L&rsquo;\u00c9tat, dit-il, a deux sources de revenus&nbsp;; les imp\u00f4ts directs et indirects. Pour ces derniers, comme les douanes et les diverses taxes, le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat dans un monarchie est d\u00e9licat&nbsp;: il doit faciliter le commerce sans pour autant favoriser l&rsquo;\u00e9closion de monopoles&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abL\u2019\u00c9tat doit \u00eatre neutre entre sa douane et son commerce et qu&rsquo;il fasse en sorte que ces deux choses ne se croisent pas et alors, on y jouit de la libert\u00e9 du commerce.\u00bb (32)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette neutralit\u00e9 est en fait tr\u00e8s active&nbsp;; ce n&rsquo;est ni un protectionnisme exacerb\u00e9 avec des tarifs douaniers \u00e9lev\u00e9s \u00e9touffant les \u00e9changes, ni le recul ou la suppression de l&rsquo;intervention de l&rsquo;\u00c9tat. Elle consiste \u00e0 garantir la v\u00e9ritable libert\u00e9 commerciale, par un ensemble de lois, comme les tarifs mod\u00e9r\u00e9s et variables selon les marchandises, la simplification des douanes et certaines lois prohibitives comme les pratique sagement l\u2019Angleterre. (33) Elle doit agir pour supprimer tout ce qui entrave le commerce, mais non pas tout ce qui g\u00e8ne le commer\u00e7ant. C\u2019est le cas de la \u00abfinance\u00bb qui prot\u00e8ge les int\u00e9r\u00eats d&rsquo;une minorit\u00e9&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abElle d\u00e9truit le commerce par ses injustices, par l&rsquo;exc\u00e8s de ce qu&rsquo;elle impose&nbsp;; mais elle le d\u00e9truit encore par les difficult\u00e9s qu&rsquo;elle fait na\u00eetre et les formalit\u00e9s qu&rsquo;elle exige. \u00bb (34)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au lieu d&rsquo;affermer les imp\u00f4ts, Montesquieu propose qu\u2019on les mette en r\u00e9gie, comme en Angleterre (35), car ce syst\u00e8me pr\u00e9sente l&rsquo;avantage de s\u00e9parer les fortunes priv\u00e9es des finances publiques et de diminuer par cons\u00e9quent les risques de monopoles financiers dans les monarchies.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Son raisonnement est le m\u00eame vis-\u00e0-vis des imp\u00f4ts directs. Sa pr\u00e9occupation principale, est comme on va le voir, de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et de garantir le droit \u00e0 l&rsquo;existence de tous&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abPour bien fixer les revenus de l\u2019\u00c9tat, il faut avoir \u00e9gard et aux n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;\u00c9tat et aux n\u00e9cessit\u00e9s des citoyens. Il ne faut point prendre au peuple sur ses besoins r\u00e9els, pour des besoins imaginaires de l\u2019\u00c9tat. \u00bb (36)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il ne faut point que les gouvernants \u00e9tablissent une confusion entre leurs int\u00e9r\u00eats personnels et ceux de l\u2019\u00c9tat qui repr\u00e9sente toute la population.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les imp\u00f4ts doivent surtout \u00eatre proportionnels aux besoins et non pas aux biens. Prenant en exemple le syst\u00e8me pratiqu\u00e9 \u00e0 Ath\u00e8nes, il explique&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abqu\u2019on jugea que chacun avait un n\u00e9cessaire physique \u00e9gal&nbsp;; que ce n\u00e9ces\u00ac saire ne devait point \u00eatre tax\u00e9; que l&rsquo;utile venait ensuite, et qu\u2019il devait \u00eatre tax\u00e9 mais moins que le superflu. \u00bb (37)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De cette mani\u00e8re, le droit \u00e0 l&rsquo;existence est garanti, une sorte de minimum vital est assur\u00e9. N\u2019est-ce pas dire que ce qui garantit la subsistance d&rsquo;un homme est un bien inali\u00e9nable que l\u2019on ne peut lui soustraire sous aucun pr\u00e9texte&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il consid\u00e8re qu\u2019il faut d\u2019abord d\u00e9velopper la prosp\u00e9rit\u00e9 int\u00e9\u00ac rieure d&rsquo;une Nation avant d&rsquo;envisager d&rsquo;en tirer un b\u00e9n\u00e9fice par une imposition plus lourde&nbsp;;<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLes gens qui ne sont pauvres que parce qu&rsquo;ils vivent dans un gouvernement dur, qui regarde leur champ moins comme le fondement de leur subsistance que comme un pr\u00e9texte \u00e0 la vexation&nbsp;; ces gens l\u00e0, dis-je, font peu d\u2019enfants. Ils n\u2019ont pas m\u00eame leur nourriture&nbsp;; comment pourraient-ils songer \u00e0 la partager&#8230; C&rsquo;est la facilit\u00e9 de parler, et l\u2019impuissance d&rsquo;examiner, qui ont fait dire que, plus les sujets \u00e9taient pauvres, plus les familles \u00e9taient nombreuses&nbsp;; que plus on \u00e9tait charg\u00e9 d\u2019imp\u00f4ts, plus on se mettait en \u00e9tat de les payer&nbsp;: deux sophismes qui ont toujours perdu, et qui perdront \u00e0 jamais les monarchies. \u00bb (38)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il faut donc prendre en compte les revenus du peuple avant de fixer arbitrairement les imp\u00f4ts. Sinon, la monarchie se perd car la vertu ne commande plus les esprits&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abOn n&rsquo;appelle plus, parmi nous, un grand ministre, celui qui est le sage dispensateurs des revenus publics, mais celui qui est homme d\u2019industrie et qui trouve, ce qu\u2019on appelle des exp\u00e9dients. \u00bb (39)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour \u00e9viter tous ces inconv\u00e9nients, Montesquieu conseille aussi de mettre les imp\u00f4ts directs en r\u00e9gie. Par ce moyen, l&rsquo;\u00c9tat conserve son r\u00f4le de distributeur des richesses tout en respectant les besoins du peuple. La vertu commerciale prot\u00e8ge l&rsquo;\u00c9tat et la Nation de toutes les formes de despotisme \u00e9conomique&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abPar la r\u00e9gie, le Prince est ma\u00eetre de presser ou de retarder la lev\u00e9e des tributs ou suivant ses besoins ou suivant ceux de ses peuples. Par la r\u00e9gie, il \u00e9pargne \u00e0 l\u2019\u00c9tat les profits immenses des fermiers qui l\u2019apprauvrissent de mille mani\u00e8res. Par la r\u00e9gie, il \u00e9pargne au peuple le spectacle des fortunes subites qui l\u2019affiigent. Par la r\u00e9gie, l\u2019argent lev\u00e9 passe par peu de mains&nbsp;; il va directe\u00ac ment au prince et par cons\u00e9quent revient plus promptement au peuple. Par la r\u00e9gie, le prince \u00e9vite au peuple une infinit\u00e9 de mauvaises lois qu&rsquo;exigent toujours de lui l\u2019avarice importune des fermiers, qui montrent un avantage pr\u00e9sent dans des r\u00e9glements funestes pour l&rsquo;avenir. Comme celui qui a de l\u2019argent est toujours le ma\u00eetre de l\u2019autre, le traitant se rend despotique sur le Prince m\u00eame&nbsp;: il n\u2019est pas l\u00e9gislateur, mais il le force \u00e0 donner des lois. \u00bb (40)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les fermiers, par leur petit nombre et leur richesse fabuleuse peuvent exercer sur le roi un r\u00e9el pouvoir \u00e9conomique au point de lui imposer des lois favorables \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats, au m\u00e9pris des principes de la monarchie qui doit garantir le droit \u00e0 l&rsquo;existence. L&rsquo;\u00c9tat dans ces conditions, ne pourrait plus faire appliquer la vertu commerciale qui doit demeurer le r\u00e9f\u00e9rent supr\u00eame lors de l&rsquo;\u00e9laboration des lois sur le commerce.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour la m\u00eame raison, Montesquieu, d\u00e9conseille, dans le cas des r\u00e9publiques aristocratiques, le recours syst\u00e9matique aux imp\u00f4ts directs, car ils risquent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9tourn\u00e9s au profit de la noblesse&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abIl est surtout essentiel, dans l\u2019aristocratie, que les nobles ne l\u00e8vent pas les tributs&#8230; car tous les particuliers seraient \u00e0 la discr\u00e9tion des gens d\u2019affaires&nbsp;; il n\u2019y aurait point de tribunal sup\u00e9rieur qui les corrige\u00e2t. Ceux d\u2019entre eux\u00a0<\/span><span class=\"s1\">pr\u00e9pos\u00e9s pour \u00f4ter les abus, aimeraient mieux jouir des abus. Les nobles seraient comme les princes des \u00c9tats despotiques, qui confisquent les biens de qui il leur pla\u00eet. Bient\u00f4t les profits qu\u2019on y ferait seraient regard\u00e9s comme un patrimoine, que l&rsquo;avarice \u00e9tendrait \u00e0 sa fantaisie. On ferait tomber les fermes&nbsp;; on r\u00e9duirait \u00e0 rien les revenus publics&#8230; Il faut aussi que les lois leur d\u00e9fen\u00ac dent le commerce&nbsp;: des marchands si accr\u00e9dit\u00e9s feraient toutes sortes de mono\u00ac poles. Le commerce est la profession des gens \u00e9gaux. \u00bb (41)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans les r\u00e9publiques aristocratiques, les nobles disposent de tout le pouvoir politique. En levant les imp\u00f4ts, ils \u00e9tabliraient leur pouvoir \u00e9conomique. Montesquieu fait d&rsquo;ailleurs ici, le portrait de la future \u00abaristocratie des richesses \u00bb tant d\u00e9cri\u00e9e sous la R\u00e9volution&nbsp;!<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019est pourquoi, dit-il, le pouvoir doit borner le pouvoir&nbsp;; la puis\u00ac sance doit \u00eatre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et l&rsquo;argent de l\u2019autre. Pour cette raison, il pr\u00f4ne des imp\u00f4ts indirects&nbsp;: les marchands, par leur nombre, ne peuvent exercer de monopoles ni de pressions sur une r\u00e9publique aristocratique. Bien au contraire, ils sont l\u00e0, les garants de la libert\u00e9 et de la prosp\u00e9rit\u00e9&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLe tribut naturel au gouvernement mod\u00e9r\u00e9 est l\u2019imp\u00f4t sur les marchandises. Cet imp\u00f4t \u00e9tant r\u00e9ellement pay\u00e9 par l&rsquo;acheteur, quoique le marchand l&rsquo;avance, est un pr\u00eat qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 fait \u00e0 l&rsquo;acheteur&nbsp;: ainsi, il faut regarder le n\u00e9gociant, et comme le d\u00e9biteur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9tat et comme le cr\u00e9ancier de tous les particuliers. Il avance \u00e0 l\u2019\u00c9tat le droit que l\u2019acheteur lui paiera quelque jour; et il a pay\u00e9 pour l\u2019acheteur, le droit qu\u2019il a pay\u00e9 pour la marchandise. On sent donc que plus le gouvernement est mod\u00e9r\u00e9, que plus l&rsquo;esprit de libert\u00e9 r\u00e8gne, que plus les fortunes ont de s\u00fbret\u00e9, plus il est facile au marchand d\u2019avancer \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat et de pr\u00eater aux particuliers des droits consid\u00e9rables. \u00bb (42)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans le commerce d&rsquo;\u00e9conomie, les commer\u00e7ants demeurent les d\u00e9biteurs de l&rsquo;\u00c9tat, alors que dans le commerce de luxe, ils ont les moyens d\u2019en devenir les cr\u00e9anciers. Dans l\u2019un, ils sont nombreux et ind\u00e9pendants de tout pouvoir politique&nbsp;; dans l&rsquo;autre, ils disposent des revenus publiques \u00e0 leur profit.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu avoue, l\u00e0, je crois, sa pr\u00e9f\u00e9rence pour le commerce d&rsquo;\u00e9conomie, lorsqu\u2019il est pratiqu\u00e9 par un \u00e9tat mod\u00e9r\u00e9, lorsque le pou\u00ac voir borne le pouvoir. Dans ce cas, la vertu y garantit la primaut\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral sur les int\u00e9r\u00eats particuliers. Il constate qu\u2019en subor\u00ac donnant l&rsquo;\u00e9conomie aux principes fondateurs on emp\u00eache l&rsquo;av\u00e8nement \u00abd&rsquo;une aristocratie des richesses \u00bb monopoliste, c\u2019est-\u00e0-dire, en termes modernes, l&rsquo;\u00e9dification du march\u00e9 de gros repr\u00e9sentant les formes capitalistes de son \u00e9poque et qui impliquait justement la disparition de cette subordination.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Voyons maintenant ses id\u00e9es sur les richesses, le travail et la propri\u00e9t\u00e9, tout d&rsquo;abord dans les monarchies. Il rappelle que dans cette forme de gouvernement, le commerce \u00e9tant fond\u00e9 sur le luxe, il l\u2019est aussi sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLe luxe est toujours en proportion avec l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des fortunes. Si dans un \u00c9tat, les richesses sont \u00e9galement partag\u00e9es, il n\u2019y aura point de luxe, car il n\u2019est fond\u00e9 que sur les commodit\u00e9s qu&rsquo;on se donne par le travail des autres. \u00bb (43)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019id\u00e9al politique et \u00e9conomique de Montesquieu est la mod\u00e9ration, c&rsquo;est-\u00e0-dire, l&rsquo;\u00e9quilibre des pouvoirs afin que ceux qui le d\u00e9tiennent n&rsquo;en abusent point. Les lois doivent \u00eatre faites de mani\u00e8re que l\u2019\u00c9tat, quelle que soit sa nature, garantisse l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et le n\u00e9cessaire physique \u00e0 chacun, en conservant sa fonction primordiale de redistributeur des richesses.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Une monarchie pourrait \u00eatre mod\u00e9r\u00e9e si on y limitait aux particu\u00ac liers le droit de commercer, \u00e0 l&rsquo;exclusion du Roi et de la noblesse&nbsp;; si l&rsquo;on y supprimait les compagnies et les banques, si l&rsquo;on y mettait les imp\u00f4ts en r\u00e9gie, bref si l&rsquo;on agissait en sorte qu\u2019il ne puisse y avoir de monopoles. Mais Montesquieu constate que ce n&rsquo;est gu\u00e8re le cas dans la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;; il ne voit alors comme solution, qu&rsquo;une sorte de fuite en avant&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abSi les riches n\u2019y d\u00e9pensent pas beaucoup, les pauvres mourront de faim, il faut m\u00eame que les riches y d\u00e9pensent \u00e0 proportion de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des fortunes&#8230; Les richesses particuli\u00e8res n&rsquo;ont augment\u00e9 que parce qu&rsquo;elles ont \u00f4t\u00e9 \u00e0 une partie des citoyens le n\u00e9cessaire physique. Il faut donc qu&rsquo;elle soit rendue. \u00bb (44)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Puisque la monarchie est fond\u00e9e sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9, sur le travail d&rsquo;une majorit\u00e9 au profit d&rsquo;une minorit\u00e9, elle ne peut subsister que gr\u00e2ce \u00e0 une consommation effr\u00e9n\u00e9e des plus riches pour garantir, au moins aux pauvres, des moyens de survivre. La circulation des richesses ne peut s\u2019obtenir que par ce biais-l\u00e0.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De m\u00eame, il d\u00e9conseille l&rsquo;\u00e9tablissement de ports francs dans une monarchie car&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abIls n&rsquo;auraient d&rsquo;autre effet que de soulager le luxe du poids des imp\u00f4ts. On se priverait de l&rsquo;unique bien que ce luxe peut procurer, et du seul frein que, dans une constitution pareille, il puisse recevoir. \u00bb (45)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">A mon sens, le commerce de luxe n\u2019est gu\u00e8re pris\u00e9 par Montes\u00ac quieu, et la raison en est claire \u00e0 mes yeux&nbsp;: il est fond\u00e9 sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale qui ne peut que cro\u00eetre car, comme il l&rsquo;a constat\u00e9, on ne peut gu\u00e8re le limiter. Le luxe doit provoquer le luxe car c&rsquo;est la seule mani\u00e8re de donner du travail aux pauvres dans un commerce pareil. Mais par contrecoup, cela accentue l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des richesses&nbsp;: le pou\u00ac voir n&rsquo;y borne plus le pouvoir.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette contradiction qui est peut-\u00eatre celle de l&rsquo;\u00e9conomie lib\u00e9rale pose le probl\u00e8me de la r\u00e9elle circulation des richesses&nbsp;: Montesquieu d\u00e9sire une certaine \u00e9quit\u00e9 \u00e9conomique qui doit limiter le pouvoir \u00e9co\u00ac nomique des plus riches. Et c&rsquo;est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral qui commande \u00e0 l\u2019\u00c9tat de gouverner en ce sens. Son opinion vis-\u00e0-vis des rentes sur les dettes de l\u2019\u00c9tat illustre bien sa conception&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abQuelques gens ont cru qu\u2019il \u00e9tait bon qu&rsquo;un \u00c9tat d\u00fbt \u00e0 lui m\u00eame&nbsp;: ils ont pens\u00e9 que cela multipliait les richesses en augmentant la circulation. Je crois qu&rsquo;on a confondu un papier circulant repr\u00e9sentant la monnaie ou un papier circulant qui est le signe des profits qu\u2019une compagnie a fait ou fera sur le commerce avec un papier qui repr\u00e9sente une dette. Les deux premiers sont tr\u00e8s avantageux pour l\u2019Etat, le dernier ne peut l\u2019\u00eatre. \u00bb (46)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Parmi les inconv\u00e9nients qu\u2019il rel\u00e8ve, il signale celui-ci&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abOn \u00f4te les revenus v\u00e9ritables de l\u2019\u00c9tat \u00e0 ceux qui ont de l\u2019activit\u00e9 et de l&rsquo;industrie pour les gens oisifs, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019on donne des commodit\u00e9s pour travailler \u00e0 ceux qui ne travaillent pas, et des difficult\u00e9s pour travailler \u00e0 ceux qui travaillent. \u00bb (47)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les rentes de cette nature ne permettent pas de r\u00e9partir les richesses, elles assurent simplement leur transfert vers les plus fortun\u00e9s, en appauvrissant et les producteurs et l\u2019\u00c9tat. Au-del\u00e0 d\u2019une critique \u00e9vidente du syst\u00e8me \u00e9tabli par John Law dans les ann\u00e9es 1720, Montesquieu montre l\u00e0, une fois de plus, que les lois qui ne garan\u00ac tissent pas une redistribution des richesses dans toutes les classes, qui ne prot\u00e8gent pas le droit \u00e0 l&rsquo;existence, sont \u00e0 bannir des gouvernements qui se veulent mod\u00e9r\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette conception met aussi en lumi\u00e8re des pr\u00e9occupations sociales nouvelles qui le diff\u00e9rencient des th\u00e9oriciens mercantilistes et lib\u00e9raux, en particulier \u00e0 propos du travail et de la propri\u00e9t\u00e9&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les richesses d&rsquo;une Nation sont constitu\u00e9es par les terres et les effets mobiliers. Ceux-ci, \u00ab\u00a0comme l&rsquo;argent, les lettres de change, les actions sur les compagnies, les vaisseaux, toutes les marchandises appartiennent au monde entier, qui dans ce rapport ne constitue qu\u2019un seul \u00c9tat, dont toutes les soci\u00e9t\u00e9s sont les mem\u00ac bres&nbsp;: le peuple qui poss\u00e8de le plus de ces effets mobiliers de l\u2019univers est le plus riche. Quelques \u00e9tats en ont une immense quantit\u00e9&nbsp;; ils les acqui\u00e8rent chacun par leurs denr\u00e9es, par le travail de leurs ouvriers, par leur industrie, par leurs d\u00e9couvertes, par le hasard m\u00eame. \u00bb (48)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les biens mobiliers, l\u2019argent ne sont que le signe de la richesse d&rsquo;une Nation, dont le fondement m\u00eame est le travail de ses producteurs. En \u00e9largissant ainsi \u00e0 tous l&rsquo;appartenance \u00e0 la Nation, sa vision du travail et de la propri\u00e9t\u00e9 en est modifi\u00e9e&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abUn homme n&rsquo;est pas pauvre parce qu&rsquo;il n&rsquo;a rien, mais parce qu&rsquo;il ne travaille pas. Celui qui n\u2019a aucun bien et qui travaille est aussi \u00e0 son aise que celui qui a cent \u00e9cus de revenus sans travailler. Celui qui n\u2019a rien et qui a un m\u00e9tier n&rsquo;est pas plus pauvre que celui qui a dix arpents de terre en propre et qui doit les travailler pour subsister.\u00bb (49)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La Nation n&rsquo;est pas r\u00e9duite, chez Montesquieu, aux seuls propri\u00e9\u00ac taires, comme le feront les Physiocrates&nbsp;; elle englobe aussi bien les petits paysans, les artisans que les salari\u00e9s, car ils sont tous produc\u00ac teurs. Et ils doivent \u00eatre d&rsquo;autant plus nombreux, dit-il, que les propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res, dans une monarchie, sont in\u00e9galement r\u00e9parties. Il faut donc que les \u00abarts s&rsquo;\u00e9tablissent \u00bb, pour que les non-propri\u00e9taires puissent \u00e9changer le fruit de leur travail contre le surplus d\u00e9gag\u00e9 par les propri\u00e9taires. (50)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De cette mani\u00e8re, la circulation des richesses est acquise, les cultivateurs s\u00e9parent de ce qu\u2019ils produisent au-del\u00e0 de leur capacit\u00e9 de consommation, et la subsistance du peuple est assur\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;il ne voit pas d&rsquo;un bon oeil le recours syst\u00e9matique aux machines&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abCes machines, dont l&rsquo;objet est d&rsquo;abr\u00e9ger l\u2019art, ne sont pas toujours utiles. Si un ouvrage est \u00e0 un prix m\u00e9diocre et qui convienne \u00e9galement \u00e0 celui qui l&rsquo;ach\u00e8te, et \u00e0 l\u2019ouvrier qui l&rsquo;a fait&nbsp;; les machines qui en simplifieraient la manu\u00ac facture, c\u2019est-\u00e0-dire qui diminueraient le nombre des ouvriers, seraient perni\u00ac cieuses&#8230; \u00bb (51)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu pose ici le probl\u00e8me du machinisme et de ses cons\u00e9quences&nbsp;: il rompt l&rsquo;\u00e9quilibre entre production et consommation et ne profite pas forc\u00e9ment \u00e0 ceux qui ne vivent que de leur travail. De m\u00eame, il note le danger repr\u00e9sent\u00e9 par la multiplication des p\u00e2turages au d\u00e9triment des terres \u00e0 bl\u00e9 et qui par cons\u00e9quent met en p\u00e9ril l&rsquo;existence des hommes&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abEn Angleterre, on s&rsquo;est souvent plaint que l\u2019augmentation des p\u00e2turages diminuait les habitants. La plupart des propri\u00e9taires des fonds de terres, dit Bumet, trouvant plus de profits en la vente de leur laine, que de leur bl\u00e9, enferm\u00e8rent leurs possessions&nbsp;; les communes qui mouraient de faim, se soulev\u00e8rent&nbsp;: on proposa une loi agraire&nbsp;; le jeune roi \u00e9crivit m\u00eame la dessus&nbsp;: on fit des proclamations contre ceux qui avaient renferm\u00e9 leurs terres. \u00bb (52)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La recherche d\u2019un profit, d\u00e8s lors qu\u2019elle menace l\u2019existence des hommes, doit \u00eatre limit\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, semble penser Montesquieu, m\u00eame quand il s&rsquo;agit du droit de propri\u00e9t\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, il affirme l\u00e0, le r\u00f4le fondamental de l&rsquo;\u00c9tat&nbsp;: il doit garantir \u00e0 chacun le droit au travail et \u00e0 la subsistance&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abQuelques aum\u00f4nes que l\u2019on fait \u00e0 un homme dans les rues ne remplissent pas les obligations de l&rsquo;\u00c9tat qui doit \u00e0 tous les citoyens une subsistance assurte, la nourriture, un v\u00eatement convenable et un genre de vie qui ne soit pas contraire \u00e0 sa sant\u00e9. \u00bb (53)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La mendicit\u00e9 et le vagabondage sont la preuve, \u00e0 ses yeux, que les hommes sont en \u00e9tat de guerre, que les lois de la &lsquo;Nature ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es et que l&rsquo;\u00c9tat ne remplit plus ses devoirs.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Revenons un instant \u00e0 sa d\u00e9finition de l&rsquo;\u00c9tat&nbsp;: selon lui, l&rsquo;\u00c9tat est constitu\u00e9 de toutes les forces et de toutes les volont\u00e9s particuli\u00e8res. La force g\u00e9n\u00e9rale peut \u00eatre plac\u00e9e entre les mains de plusieurs ou d&rsquo;un seul homme&nbsp;; mais les lois politiques et civiles ne sont que les cas par\u00ac ticuliers o\u00f9 doit s\u2019exercer la raison humaine qui gouverne tous les hommes. (54)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L\u2019\u00c9tat repr\u00e9sente donc tous les hommes sans distinction&nbsp;; il doit se conformer \u00e0 leur nature et respecter leurs droits qui en d\u00e9rivent. Il ne peut donc pas privil\u00e9gier les int\u00e9r\u00eats de certains au d\u00e9triment du plus grand nombre. Montesquieu ne con\u00e7oit pas l&rsquo;\u00c9tat comme une force au service d&rsquo;une minorit\u00e9, bien au contraire. Ainsi, garantir le \u00abn\u00e9cessaire physique \u00bb n&rsquo;est pas seulement pour lui, de permettre \u00e0 un homme de survivre pour renouveler sa force de travail, mais bien plus, de lui garantir une vie d\u00e9cente, respectable par lui-m\u00eame et par les autres. Cela signifie que ses droits fondamentaux sont reconnus et respect\u00e9s comme conditions sine qua non de l&rsquo;\u00e9tablissement du bon\u00ac heur parmi les hommes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un dernier exemple illustrera ce profond respect de la personne humaine qui anime Montesquieu&nbsp;; c\u2019est celui de l&rsquo;esclavage&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abL&rsquo;esclavage est aussi oppos\u00e9 au droit civil qu&rsquo;au droit naturel. Quelle loi civile pourrait emp\u00eacher un esclave de fuir, lui qui n\u2019est point dans la soci\u00e9t\u00e9 et que par cons\u00e9quent aucune lois civiles ne concernent&nbsp;? \u00bb (55)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pour Montesquieu, l\u2019esclavage est ill\u00e9gitime&nbsp;: l&rsquo;esclave, exclu de la soci\u00e9t\u00e9, n&rsquo;est pas concern\u00e9 par ses lois&nbsp;; il ne peut \u00eatre assujetti par elles. Il est donc \u00abrejet\u00e9 \u00bb dans l\u2019\u00e9tat de nature qui n&rsquo;admet que des hommes libres et ind\u00e9pendants.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu fustige Aristote qui tol\u00e8re l&rsquo;esclavage et lui r\u00e9torque que tout travail, m\u00eame le plus rebutant peut-\u00eatre fait sans y avoir recours, si l&rsquo;on propose un salaire proportionnel \u00e0 la peine (56). Il conclut en affirmant que l&rsquo;esclavage dans les colonies n&rsquo;est pas justifiable&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abJe ne sais si c&rsquo;est l\u2019esprit ou le c\u0153ur qui me dicte cet article-ci. Il n&rsquo;y a peut-\u00eatre pas de climat sur la terre o\u00f9 l&rsquo;on ne p\u00fbt engager au travail des hommes libres. Parce que les lois \u00e9taient mal faites, on a trouv\u00e9 des hommes paresseux, parce que ces hommes \u00e9taient paresseux, on les a mis en escla\u00ac vage. \u00bb (57)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les arguments climatiques et raciaux sont des pr\u00e9textes fallacieux pour justifier l&rsquo;esclavage. Ce sont les lois qui l&rsquo;ont impos\u00e9 aux hommes et elles sont l&rsquo;oeuvre de certains qui y ont trouv\u00e9 un int\u00e9r\u00eat. L&rsquo;escla\u00ac vage n&rsquo;est pas un penchant naturel chez l\u2019homme, quelle que soit sa couleur&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abCeux qui parlent le plus pour l&rsquo;esclavage l&rsquo;auraient le plus en horreur, et les hommes les plus mis\u00e9rables en auraient horreur de m\u00eame. Le cri pour l\u2019esclavage \u00e8st donc le cri du luxe et de la volupt\u00e9, et non pas celui de l&rsquo;amour de la f\u00e9licit\u00e9 publique. Qui peut douter que chaque homme, en particulier, ne f\u00fbt tr\u00e8s content d\u2019\u00eatre le ma\u00eetre des biens, de l&rsquo;honneur et de la vie des autres&nbsp;; et que toutes ces passions ne se r\u00e9veillassent d&rsquo;abord \u00e0 cette id\u00e9e&nbsp;? Dans ces choses, voulez-vous savoir si les d\u00e9sirs de chacun sont l\u00e9gitimes&nbsp;? Examinez les d\u00e9sirs de tous. \u00bb (58)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les int\u00e9r\u00eats particuliers ne sont l\u00e9gitimes que si, \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, ils ne contredisent pas le droit \u00e0 l&rsquo;existence de tous les hommes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L&rsquo;esclavage ne sert que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9go\u00efste \u00abde la partie riche et voluptueuse de la Nation \u00bb. Il est donc \u00e0 bannir des gouvernements qui se veulent respectueux de leurs principes fondateurs. Une autre mani\u00e8re de concevoir les rapports humains est possible, croit-il, et il en donne pour preuve l&rsquo;action des J\u00e9suites au Paraguay, qui ont pro\u00ac pos\u00e9 une alternative \u00e0 la colonisation de l&rsquo;Am\u00e9rique telle qu\u2019elle se pratiquait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abIl est heureux pour elle (la soci\u00e9t\u00e9 des J\u00e9suites) d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re qui ait montr\u00e9, dans ces contr\u00e9es, l\u2019id\u00e9e de la religion jointe \u00e0 celle de l\u2019huma\u00ac nit\u00e9. En r\u00e9parant les d\u00e9vastations des espagnols, elle a commenc\u00e9 \u00e0 gu\u00e9rir une des plus grandes plaies qu\u2019ait encore re\u00e7ues le genre humain&#8230; Elle a retir\u00e9 du bois des peuples dispers\u00e9s&nbsp;; elle lem: a donn\u00e9 une subsistance assur\u00e9e, elle les a v\u00eatus et, quand elle n&rsquo;aurait par l\u00e0 qu&rsquo;augment\u00e9 l&rsquo;industrie parmi les hommes, elle aurait beaucoup fait. Ceux qui voudront faire des institutions pareilles \u00e9tabliront la communaut\u00e9 des biens de la R\u00e9publique de Platon, ce respect qu\u2019il demandait pour les Dieux, cette s\u00e9paration d&rsquo;avec les \u00e9trangers pour la conser\u00ac vation des moeurs, et la cit\u00e9 faisant le commerce et non pas les citoyens&nbsp;; ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans nos d\u00e9sirs. Ils proscriront l&rsquo;argent, dont l\u2019effet est de grossir la fortune des hommes au-del\u00e0 des bornes que la Nature y avait mises, d&rsquo;apprendre \u00e0 conserver inutilement ce qu\u2019on avait amass\u00e9 de m\u00eame, de multiplier \u00e0 l&rsquo;infini les d\u00e9sirs, et de suppl\u00e9er \u00e0 la Nature qui nous avait donn\u00e9 des moyens tr\u00e8s born\u00e9s d\u2019irriter nos passions, et de nous corrompre les uns les autres. \u00bb (59)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au-del\u00e0 de la controverse sur l&rsquo;action et les motivations des J\u00e9suites au Paraguay, qui divisa les opinions \u00e0 cette \u00e9poque comme de nos jours, (60) on retrouve dans cet \u00e9loge, les raisons pour lesquelles leur oeuvre appara\u00eet digne de respect aux yeux de Montesquieu&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En \u00e9tablissant la communaut\u00e9 des biens, ils ont assur\u00e9 travail, subsistance et vie d\u00e9cente aux indiens. Ils ont suivi les lois de la Nature qui ont d\u00e9fini les principes fondateurs de leur gouvernement. Les r\u00e9publiques pr\u00f4nant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des fortunes, ils ont donc supprim\u00e9 le droit de propri\u00e9t\u00e9 et celui de commercer aux particuliers. Le com\u00ac merce ne concerne que la cit\u00e9, il est pratiqu\u00e9 en son nom et pour elle, c&rsquo;est-\u00e0-dire au b\u00e9n\u00e9fice de tous.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De cette mani\u00e8re, l&rsquo;esprit de commerce et de luxe ne peut cor\u00ac rompre la Constitution qui peut demeurer conforme \u00e0 la Nature. La cit\u00e9 toute enti\u00e8re peut alors jouir des bienfaits de la vie en soci\u00e9t\u00e9, sans en subir la cons\u00e9quence habituelle&nbsp;: l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale. Ainsi, \u00e0 l\u2019apog\u00e9e d&rsquo;une \u00e9poque de colonisation fond\u00e9e sur l&rsquo;esclavage, Montes\u00ac quieu remarque que deux syst\u00e8mes \u00e9conomiques existent simultan\u00e9\u00ac ment, et qu&rsquo;\u00e0 ses yeux, la civilisation semble \u00eatre plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 des J\u00e9suites que des espagnols et de leurs homologues.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;un certain \u00e9quilibre des pouvoirs \u00e9conomiques et poli\u00ac tiques, s&rsquo;incarne, chez Montesquieu, dans ce qu&rsquo;il appelle les \u00abgou\u00ac vernements mod\u00e9r\u00e9s \u00bb s\u2019ils sont dot\u00e9s de lois, qui par leur nature emp\u00eachent tous les abus de pouvoir. La mod\u00e9ration peut se trouver dans les divers gouvernements d\u00e8s lors que le pouvoir y borne le pouvoir. Il constate simplement que les R\u00e9publiques s&rsquo;en sont rappro\u00ac ch\u00e9es plus souvent que les autres&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abDans les R\u00e9publiques o\u00f9 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait perdue, l&rsquo;esprit de commerce, de travail et de vertu, fait que chacun y peut et que chacun y veut vivre de son propre bien et que par cons\u00e9quent, il y a peu de luxe. \u00bb (61)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Montesquieu montre l\u00e0, de nouveau, sa pr\u00e9f\u00e9rence pour le \u00abcommerce d&rsquo;\u00e9conomie\u00bb. Mais celui-ci ne caract\u00e9rise pas seulement le fonctionnement \u00e9conomique des R\u00e9publiques, mais, tel qu\u2019il le con\u00e7oit, le commerce domin\u00e9 par l&rsquo;esprit de mod\u00e9ration. C&rsquo;est la vertu appli\u00ac qu\u00e9e au travail et \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est ce qui permet d&rsquo;atteindre l&rsquo;\u00e9qui\u00ac libre des pouvoirs&nbsp;; c\u2019est ce qui garantit l&rsquo;existence de tous en satis\u00ac faisant les besoins r\u00e9els de la population enti\u00e8re&nbsp;; c&rsquo;est le commerce subordonn\u00e9 \u00e0 la vertu politique qui pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sa vision sp\u00e9cifique du commerce qui rapproche les peuples en r\u00e9duisant leurs pr\u00e9jug\u00e9s r\u00e9ciproques et leur impose un respect mutuel, la valorisation du travail de chaque individu, comme ses positions vis-\u00e0-vis des compagnies de marchands et de la libert\u00e9 commerciale illustre bien la rupture avec le mercantilisme rigide du XVIIe si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le commerce n&rsquo;a plus pour but essentiel le pillage des autres nations pour la grandeur politique et militaire d&rsquo;un Roi, mais bien la r\u00e9alisation du bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral de la population au d\u00e9triment des chi\u00ac m\u00e8res d\u2019un prince et consorts.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">De m\u00eame, ses pr\u00e9occupations sociales qui l&rsquo;am\u00e8nent \u00e0 subor\u00ac donner le commerce \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (n&rsquo;oublions pas, la libert\u00e9 du commerce, c&rsquo;est la servitude du commer\u00e7ant), m\u00eame quand il s\u2019agit du droit de propri\u00e9t\u00e9, montre que Montesquieu ne peut en aucun cas \u00eatre assimil\u00e9 au courant des futurs \u00e9conomistes lib\u00e9raux, ni qu&rsquo;il en fut un des pr\u00e9curseurs. Pour lui, les hommes poss\u00e8dent des droits ant\u00e9rieurs \u00e0 toute loi positive, qui d\u00e9coulent de leur nature m\u00eame&nbsp;; le r\u00f4le d&rsquo;un l\u00e9gislateur, quelle que soit la forme de son gouvernement, doit \u00eatre de les pr\u00e9server, de les respecter et de s\u2019en servir comme r\u00e9f\u00e9rent lorsqu&rsquo;il \u00e9labore des lois.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La diff\u00e9rence fondamentale entre la pens\u00e9e de Montesquieu et celle des \u00e9conomistes lib\u00e9raux, comme Fran\u00e7ois Quesnay, est le cadre dans lequel chacun pense l&rsquo;\u00e9conomie. Montesquieu pense l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 travers le politique. Elle lui est subordonn\u00e9e. Le politique a pour fonc\u00ac tion de pr\u00e9server l&rsquo;Esprit des Lois primitives et naturelles dans les lois positives que les hommes se sont donn\u00e9es en entrant en soci\u00e9t\u00e9, y compris celles qui ont trait au commerce et \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Pourquoi&nbsp;? Parce que Montesquieu a reconnu que l&rsquo;homme poss\u00e8de des droits imprescriptibles que l&rsquo;\u00c9tat se doit de prot\u00e9ger. Le premier, dont tous les autres d\u00e9coulent, est le droit \u00e0 l&rsquo;existence&nbsp;; chaque homme doit avoir une subsistance assur\u00e9e, donc un travail.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Or, Montesquieu a constat\u00e9 que laisser une totale libert\u00e9 d\u2019action \u00e0 l&rsquo;esprit du commerce et de luxe emp\u00eache la r\u00e9alisation de cet objec\u00ac tif, car cela conduit \u00e0 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale, (n&rsquo;oublions pas&nbsp;: \u00ables richesses particuli\u00e8res n&rsquo;ont augment\u00e9 qu&rsquo;en \u00f4tant \u00e0 certains le n\u00e9ces\u00ac saire physique \u00bb). La libert\u00e9 illimit\u00e9e du droit de propri\u00e9t\u00e9 permet \u00e0 une minorit\u00e9 d&rsquo;exercer un pouvoir \u00e9conomique sur le reste de la<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Nation. De plus, l&rsquo;argent a force de loi&nbsp;: ceux qui d\u00e9tiennent le pou\u00ac voir \u00e9conomique peuvent rapidement contr\u00f4ler la puissance politique si aucune borne ne leur est oppos\u00e9e. La libert\u00e9 illimit\u00e9e du commerce aboutit au despotisme social. C&rsquo;est donc \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, repr\u00e9sentant des forces politiques, qu&rsquo;incombe la t\u00e2che de limiter le pouvoir \u00e9cono\u00ac mique, afin de pr\u00e9server la coh\u00e9rence du corps social en conciliant les int\u00e9r\u00eats divergents de ses membres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Quesnay, au contraire, pense que le politique d\u00e9rive de l&rsquo;\u00e9cono\u00ac mie. Il veut d\u00e9montrer l&rsquo;existence d&rsquo;un ordre \u00e9conomique naturel, ant\u00e9rieur \u00e0 toute loi positive, auquel est subordonn\u00e9 le politique et dont d\u00e9coule l&rsquo;ordre social.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Son raisonnement est fond\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e que les int\u00e9r\u00eats individuels ne s&rsquo;opposent pas \u00e0 long terme, qu&rsquo;ils sont au contraire similaires, car ils visent tous ce qu\u2019il appelle \u00abla jouissance maximale \u00bb. Son ordre \u00e9conomique naturel est l\u2019ordre voulu par Dieu et d\u00e9voy\u00e9 par les passions des hommes (leurs int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats divergents). Le r\u00f4le de l\u2019\u00e9conomiste est de les remettre dans le droit chemin, de les raisonner, de les convaincre qu\u2019ils ont tous le m\u00eame objectif&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abLa science est&#8230; la condition essentielle de l&rsquo;institution r\u00e9guli\u00e8re des soci\u00e9t\u00e9s et de l\u2019ordre qui assure la prosp\u00e9rit\u00e9 des Nations, et qui prescrit \u00e0 toute puissance humaine, l\u2019observation des lois \u00e9tablies par l&rsquo;Auteur de la Nature, pour assujettir tous les hommes \u00e0 la raison, les contenir dans leurs devoirs et leur assurer la jouissance des biens qu\u2019il leur a destin\u00e9s pour satisfaire leurs besoins. \u00bb (62)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le r\u00f4le du l\u00e9gislateur \u00e9conomiste, selon Quesnay, est donc de maintenir l&rsquo;ordre \u00e9conomique naturel, par le biais des lois positives. Celles-ci ont pour fonction de rappeler aux hommes leur devoir qui consiste \u00e0 laisser fonctionner librement les lois naturelles du com\u00ac merce, comme le sont les lois de l\u2019offre et de la demande et la libert\u00e9 illimit\u00e9e du commerce. Cette conception suppose le respect d&rsquo;un droit particulier, consid\u00e9r\u00e9 par lui, comme un droit naturel&nbsp;: le droit illimit\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9. Il s&rsquo;ensuit aussi qu&rsquo;il faut limiter l&rsquo;intervention de l&rsquo;\u00c9tat dans les \u00e9changes et qu&rsquo;il faut admettre que le politique, oeuvre des hommes, se plie aux exigences de l&rsquo;\u00e9conomie naturelle, oeuvre de Dieu.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ainsi, de par le r\u00f4le attribu\u00e9 par Montesquieu \u00e0 l\u2019\u00c9tat, garant des droits naturels et garde-fou des principes, je crois que l\u2019on peut conclure \u00e0 deux conceptions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es et affirmer qu\u2019il avait parfaitement conscience des inconv\u00e9nients et des dangers d&rsquo;une \u00e9conomie \u00e0 tendance capitaliste telle qu\u2019elle \u00e9voluait \u00e0 son \u00e9poque.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La pens\u00e9e de Montesquieu ne peut \u00eatre assimil\u00e9e au mercanti\u00ac lisme et encore moins au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique&nbsp;; ces deux formes n&rsquo;\u00e9tant que deux stades diff\u00e9rents d\u2019une m\u00eame pens\u00e9e cherchant \u00e0 th\u00e9oriser l&rsquo;\u00e9volution \u00e9conomique des soci\u00e9t\u00e9s vers le capitalisme.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mais si Montesquieu n\u2019appartient \u00e0 aucun de ces courants, cer\u00ac tains me diront qu&rsquo;il pourrait \u00eatre l\u2019expression r\u00e9nov\u00e9e du paternalisme \u00e9conomique royal&nbsp;: le Roi \u00e9tant un P\u00e8re pour ses sujets, il serait natu\u00ac rel qu&rsquo;il leur doive travail et subsistance. Je crois que limiter sa pens\u00e9e \u00e0 ce seul aspect serait trop r\u00e9ducteur. Il serait bon d&rsquo;ailleurs de mesurer la r\u00e9alit\u00e9 de cette fameuse politique paternaliste au xvme si\u00e8cle, quand on constate avec S. Kaplan, combien les agents de la monarchie, jusqu&rsquo;au Roi lui-m\u00eame seront confront\u00e9s aux accusations de plus en plus nombreuses de complot de famine. (63)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il est certain que Montesquieu fut consid\u00e9r\u00e9 par ses contempo\u00ac rains et successeurs comme l&rsquo;initiateur d\u2019un vaste d\u00e9bat d&rsquo;id\u00e9es sur l&rsquo;\u00e9conomie politique. Je crois qu\u2019il leur offrait une vision nouvelle des choses et non pas seulement une r\u00e9surgence rajeunie du paternalisme \u00e9conomique royal. La pens\u00e9e de Montesquieu t\u00e9moignerait plut\u00f4t d&rsquo;un courant autre, sp\u00e9cifique \u00e0 cette p\u00e9riode charni\u00e8re qu&rsquo;est le xvme si\u00e8cle, qui n\u2019\u00e9tait pas moul\u00e9e dans le mod\u00e8le \u00e9conomique capitaliste.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Sa conception ne pourrait-elle pas \u00eatre rapproch\u00e9e de ce que l&rsquo;historien anglais E. P. Thompson appelle \u00ab\u00e9conomie morale \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire ime vision de l&rsquo;\u00e9conomie qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ime notion de consensus entre le peuple et l&rsquo;\u00c9tat, dans la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux&nbsp;; o\u00f9 le politique n&rsquo;est pas dissoci\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie, mais au contraire intervient pour limiter le pouvoir de ceux qui s&rsquo;arrogent le monopole des march\u00e9s et des prix&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette conception ne s&rsquo;est-elle pas justement affin\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque pr\u00e9cise o\u00f9 le pouvoir royal, avec ses compromissions, n&rsquo;offrait plus de garanties suffisantes au peuple dans la d\u00e9fense de son droit \u00e0 l&rsquo;existence, et o\u00f9 la disparition d&rsquo;une certaine morale dans la vie \u00e9conomique entamait largement ce fameux consensus&nbsp;? Montesquieu n&rsquo;a-t-il pas donn\u00e9 des arguments \u00e0 ceux qui, apr\u00e8s lui, tenteront de th\u00e9oriser la r\u00e9sistance populaire \u00e0 l&rsquo;instauration et \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation du capitalisme, et qui envisag\u00e8rent une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur un droit de propri\u00e9t\u00e9 limit\u00e9 et born\u00e9 par le droit \u00e0 l\u2019existence qui s\u2019opposait fondamentalement au droit illimit\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C&rsquo;est ce que pense E. Cassirer, lorsqu&rsquo;il consid\u00e8re que le but de l\u2019\u0153uvre de Montesquieu n&rsquo;est pas seulement de d\u00e9crire les formes et les types de constitution, mais surtout de reconstruire les r\u00e9gimes politiques \u00e0 partir des forces qui les constituent, et il affirme&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abIl est n\u00e9cessaire de conna\u00eetre ces forces pour les faire aboutir \u00e0 leur v\u00e9ritable but, pour montrer de quelle fa\u00e7on et par quels moyens elles peuvent \u00eatre utlis\u00e9es pour l\u2019instauration d\u2019une constitution r\u00e9alisant l&rsquo;exigence de la plus grande libert\u00e9 possible. Une telle libert\u00e9 n\u2019est possible, selon la d\u00e9monstra\u00ac tion de Montesquieu que dans le cas o\u00f9 toute force particuli\u00e8re est limit\u00e9e et contrainte par une force oppos\u00e9e. La c\u00e9l\u00e8bre doctrine de la division des pou\u00ac voirs n\u2019est rien d&rsquo;autre que le d\u00e9veloppement cons\u00e9quent et l&rsquo;application concr\u00e8te de cette pens\u00e9e fondamentale.\u00bb (64)<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La plus grande libert\u00e9 n&rsquo;est accessible que si les pouvoirs se bornent r\u00e9ciproquement. E. Cassirer, comme B. Groethuysen dans sa Philosophie de la R\u00e9volution fran\u00e7aise (65), pense que Montesquieu a donn\u00e9 aux hommes une m\u00e9thode d&rsquo;analyse pour comprendre les soci\u00e9t\u00e9s, y d\u00e9couvrir les rapports de pouvoir, et les faire \u00e9voluer en fonction d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rent universel qui implique que tous les principes de vie sociale et \u00e9conomique soient subordonn\u00e9s au politique, \u00e0 la vertu politique, c\u2019est-\u00e0-dire, au droit naturel qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la nais\u00ac sance des soci\u00e9t\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C&rsquo;est ce qui expliquerait pourquoi des philosophes ont continu\u00e9 \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la pens\u00e9e de Montesquieu, \u00e0 y puiser des arguments en faveur du droit \u00e0 l&rsquo;existence, en faveur du changement et de la r\u00e9volution m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">L&rsquo;historien, chez lui, a apport\u00e9 aux hommes une m\u00e9thode d&rsquo;analyse pour comprendre le d\u00e9sordre apparent des diverses formes de gouvernements et leur \u00e9volution.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le philosophe leur a fourni un crit\u00e8re commun, un jugement moral et politique sur les multiples lois de chaque pays&nbsp;: la Loi Naturelle (-ant\u00e9rieure aux lois positives qui ne sont que le reflet des pr\u00e9jug\u00e9s des hommes). C&rsquo;est ce crit\u00e8re commun qui permet d\u2019\u00e9tablir la fronti\u00e8re entre ce qui doit et ce qui ne doit pas \u00eatre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les apports cumul\u00e9s de l&rsquo;historien et du philosophe Montesquieu ont donc donn\u00e9 \u00e0 ses successeurs les moyens de d\u00e9passer les contenus de classe qu&rsquo;on pouvait d\u00e9celer dans son \u0153uvre, d&rsquo;utiliser sa \u00abscience politique \u00bb pour \u00abmoraliser \u00bb l&rsquo;\u00e9conomie, pour tenter de construire un projet de soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent, de concevoir de nouveaux rapports fond\u00e9s sur les droits de l&rsquo;homme qui puissent r\u00e9tablir la dignit\u00e9 humaine.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Je terminerai en citant un paragraphe de l&rsquo;\u00e9loge historique de l&rsquo;abb\u00e9 de Mably, fait par l&rsquo;abb\u00e9 Brizard, en 1787, devant l&rsquo;Acad\u00e9mie royale des inscriptions et Belles Lettres qui illustre bien la p\u00e9rennit\u00e9 des id\u00e9es de Montesquieu&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00abMais si les lois de la Nature sont oubli\u00e9es, si les droits de l&rsquo;homme sont foul\u00e9s au pied, ils n&rsquo;en sont pas moins imprescriptibles&nbsp;; et de temps \u00e0 autres quelques philosophes, stipulant pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, ont \u00e9lev\u00e9 la voix&nbsp;; et protestant contre la surprise, l&rsquo;oppres\u00ac sion et la violence ont attest\u00e9 la premi\u00e8re des lois, celle qui est ant\u00e9-riure \u00e0 toutes les autres&nbsp;: ainsi de nos jours ont fait le sage Locke, Montesquieu, Beccaria, le citoyen de Gen\u00e8ve et l&rsquo;abb\u00e9 de Mably.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ils ont r\u00e9clam\u00e9 les droits sacr\u00e9s de la Nature&nbsp;; et pour me servir d&rsquo;une expression d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9e, le genre humain avait perdu ses titres et ils les ont retrouv\u00e9s. Ils les ont lus sur le front de l&rsquo;homme, et mieux encore au fond de son coeur o\u00f9 ils \u00e9taient inscrits en caract\u00e8res ind\u00e9l\u00e9biles&nbsp;: on peut les obscurcir, mais jamais les effacer.\u00bb (66) \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Val\u00e9rie Bertrand.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(1) Cit\u00e9 dans G. Weulersse, Le mouvement physiocratique en France, 1756-1770, Paris, 1910, t. 1, p. 27. Nous savons maintenant gr\u00e2ce \u00e0 la th\u00e8se tr\u00e8s remarquable de S. Meysson-nier, La gen\u00e8se de la pens\u00e9e lib\u00e9rale en France au XVIIIe si\u00e8cle (ron\u00e9otyp\u00e9), 1987, Paris, que le d\u00e9bat dont il est question remonte \u00e0 Boisguilbert, Melon, Dutot et quelques autres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(2) Buonarroti, La conspiration pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, 1928, r\u00e9\u00e9d. Paris, 1957, t. 1, p. 27.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(3) Paris, 1959<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(4) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chapitre IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(5) L\u2019esprit des lois, livre I, chap. I.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(6) L\u2019esprit des lois, Livre I, chap. II.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(7) L&rsquo;esprit des lois, Livre I, chap. I.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(8) L\u2019esprit des lois, Livre I, chap. III.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(9) L\u2019esprit des lois, pr\u00e9face, p. 116.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(10) L\u2019esprit des lois, Livre 1, chap. III.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(11) L\u2019esprit des lois, pr\u00e9face, p. 116.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(12) L\u2019esprit des lois, Livre XXVI, chap. I.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(13) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(14) L&rsquo;esprit des lois, Livre XX, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(15) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(16) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. I.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(17) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. II.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(18) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. IX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(19) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. II.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(20) L\u2019esprit des lois, Livre II, chap. III.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(21) L\u2019esprit des lois, Livre III, chap. Ill (soulign\u00e9 par nous V. B.).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(22) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(23) L&rsquo;esprit des lois, Livre XX, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(24) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. X.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(25) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. X.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(26) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. X.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(27) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XIX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(28) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XII (soulign\u00e9 par nous V. B.).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(29) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(30) L\u2019esprit des lois, Livre XI, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(31) L\u2019esprit des lois, Livre XI, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(32) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XIII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(33) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(34) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XIII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(35) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. II.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(36) L\u2019esprit des lois, Livre XIII, chap. I.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(37) L\u2019esprit de lois, Livre XIII, chap. VII et chap. XIX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(38) L\u2019esprit des lois, Livre XXIII, chap. XI.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(39) L\u2019esprit des lois, Livre XIII, chap. VII et chap. XIX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(40) L\u2019esprit des lois, Livre XII, chap. XV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(41) L\u2019esprit des lois, Livre V, chap. Vili. &lt;42) L\u2019esprit des lois, Livre XIII, chap. XIV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(43) L&rsquo;esprit des lois, Livre VII, chap. I.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(44) L\u2019esprit des lois, Livre VII, chap. IV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(45) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XI.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(46) L\u2019esprit des lois, Livre XXII, chap. XVII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(47) L\u2019esprit des lois, Livre XXII, chap. XVII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(48) L\u2019esprit des lois, Livre XX, chap. XXIII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(49) L\u2019esprit des lois, Livre XXIII, chap. XXIX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(50) L\u2019esprit des lois, Livre XXIII, chap. XV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(51) L\u2019esprit des lois, Livre XXIII, chap. XV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(52) L\u2019esprit des lois, Livre XXIII, chap. XIV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(53) L\u2019esprit des lois, Livre XXIII, chap. XIV.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(54) L\u2019esprit des lois, Livre I, chap. III.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(55) L\u2019esprit des lois, Livre XV, Chap. IX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(56) L\u2019esprit des lois, Livre XV, chap. IX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(57) L&rsquo;esprit des lois, Livre XV, chap. Vili.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(58) L\u2019esprit des lois, Livre XV, chap. IX.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(59) L\u2019esprit des lois, Livre IV, chap. VII.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(60) Cf. les nombreuses r\u00e9actions divergentes \u00e0 la sortie du film MISSION de R. Joff\u00e9, 1986.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(61) L\u2019esprit des lois, Livre VII, chap. II.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(62) Fran\u00e7ois Quesnay, Despotisme de la Chine, in F. Quesnay et la Physiocratie, T. 2, p. 923, Paris, I.N.E.D., 1958.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(63) S. Kaplan, Le complot de famine&nbsp;: histoire d&rsquo;une rumeur au XVIIIe si\u00e8cle, Cahiers des Annales, Colin, Paris, 1982.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(64) E. Cassirer, La philosophie des Lumi\u00e8res, 1932, trad. Brionne, G. Monfort, 1982, p. 54 (soulign\u00e9 par nous V. B.).<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(65) B. Groethuysen, Philosophie de la r\u00e9volution fran\u00e7aise, Paris, 1956, r\u00e9\u00e9d., Gonthier, 1966.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">(66) Mably, \u0152uvres compl\u00e8tes, tome I, p. 38 et 39, \u00e9dition de 1791.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In Annales historiques de la R\u00e9volution fran\u00e7aise Ann\u00e9e 1987 269-270 pp. 266-290 https:\/\/www.persee.fr\/docAsPDF\/ahrf_0003-4436_1987_num_269_1_4586.pdf \u00ab Pourquoi \u00e9tudier Montesquieu et en particulier sa conception du commerce&nbsp;? La R\u00e9volution fran\u00e7aise a vu se d\u00e9velopper toute une r\u00e9flexion critique contre les th\u00e9ories et les applications du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Il nous semblait int\u00e9ressant de rechercher les sources de ces critiques, &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=6906\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Val\u00e9rie Bertrand. 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