{"id":6836,"date":"2021-06-04T10:42:25","date_gmt":"2021-06-04T09:42:25","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=6836"},"modified":"2021-06-04T10:54:40","modified_gmt":"2021-06-04T09:54:40","slug":"6836","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=6836","title":{"rendered":"Juliette B\u00e9n\u00e9zit, Zineb Dryef. R\u00e9parer les mineurs isol\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>Paris, l\u2019h\u00f4pital Robert-Debr\u00e9\u00a0veut \u00ab\u00a0r\u00e9parer\u00a0\u00bb les mineurs isol\u00e9s. Par <span class=\"author-long-name\">Juliette B\u00e9n\u00e9zit<\/span>, <span class=\"author-long-name\">Zineb Dryef in <em>Le Monde <\/em>du jour<\/span><\/p>\n<p class=\"chapeau\">\u00ab Alors que le nombre de mineurs isol\u00e9s, souvent \u00e9trangers, ne cesse de cro\u00eetre dans la capitale, ce centre p\u00e9diatrique du 19e\u00a0arrondissement d\u00e9veloppe une strat\u00e9gie de suivi et d\u2019aide pour tenter de les soustraire \u00e0 l\u2019emprise des r\u00e9seaux de drogue et de prostitution.<\/p>\n<div class=\"article-body\">\n<p>Il y a d\u2019abord eu le premier. A l\u2019\u00e9t\u00e9 2016. Un tout petit. Overdose. Et un deuxi\u00e8me, un troisi\u00e8me\u2026 Puis ils se sont mis \u00e0 affluer par dizaines aux urgences de l\u2019h\u00f4pital parisien Robert-Debr\u00e9, le plus grand centre p\u00e9diatrique d\u2019Ile-de-France. Des \u00e9trangers de moins de 18\u00a0ans, venus seuls en France et d\u00e9sign\u00e9s par l\u2019administration sous l\u2019acronyme MNA, \u00ab\u00a0mineur non accompagn\u00e9\u00a0\u00bb, ramass\u00e9s dans les quartiers alentour par des pompiers, inconscients ou bless\u00e9s. Luigi Titomanlio, le responsable des urgences, se souvient de leur \u00e9tat \u00e0 leur arriv\u00e9e\u00a0: <em>\u00ab\u00a0poly-intoxiqu\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0comateux\u00a0\u00bb <\/em>et parfois<em> \u00ab\u00a0tr\u00e8s agressifs\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 cette situation, les urgentistes sollicitent l\u2019aide de leurs coll\u00e8gues p\u00e9dopsychiatres. Leur chef, le professeur Richard Delorme, d\u00e9cide alors de laisser carte blanche, en interne, \u00e0 l\u2019\u00e9quipe sp\u00e9cialis\u00e9e en addictologie pour les enfants et les adolescents. <em>\u00ab\u00a0Il a fallu imaginer une nouvelle fa\u00e7on de les prendre en charge\u00a0\u00bb<\/em>, raconte la psychiatre Emmanuelle Peyret, chef de cette unit\u00e9. Celle-ci d\u00e9couvre <em>\u00ab\u00a0des enfants rendus \u00e0\u00a0l\u2019\u00e9tat sauvage, qui se d\u00e9foncent pour supporter l\u2019insupportable\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>et n\u2019ont plus confiance en personne<em>. <\/em><\/p>\n<p>Un \u00e9ducateur, Fran\u00e7ois-Henry Guillot, est mobilis\u00e9, ainsi qu\u2019une interne en p\u00e9diatrie, Marie Parreillet. Avec la docteure Peyret, ils deviennent les principaux interlocuteurs de ces quelque 200\u00a0patients, \u00e2g\u00e9s de 9 \u00e0 18\u00a0ans \u2013 parfois davantage. <em>\u00ab\u00a0Ils se d\u00e9clarent mineurs, on les prend en charge comme des mineurs, <\/em>rappelle Marie Parreillet. <em>Notre mission, c\u2019est de r\u00e9parer ces enfants, pas de trancher sur leur \u00e2ge.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce travail de longue haleine, qui confine parfois \u00e0 la mission impossible, les confronte aux\u00a0r\u00e9alit\u00e9s du monde des MNA. Mi-mars, l\u2019un d\u2019eux a perdu connaissance en pleine rue\u00a0; il avait aval\u00e9 six comprim\u00e9s de Lyrica, un puissant antidouleur. D\u2019apr\u00e8s ses papiers, il avait 15\u00a0ans. M.\u00a0Guillot lui en donne quatre de moins. <em>\u00ab\u00a0Il \u00e9tait tout petit\u00a0\u00bb,<\/em> d\u00e9crit-il. Dans un acc\u00e8s de violence, il a d\u00fb \u00eatre attach\u00e9. Il a refus\u00e9 de parler aux soignants avant d\u2019admettre, du bout des l\u00e8vres, habiter <em>\u00ab\u00a0chez un mec \u00e0 La\u00a0Chapelle\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre\u00a02020, un autre jeune, confi\u00e9 \u00e0 l\u2019aide sociale \u00e0 l\u2019enfance (ASE) des Yvelines, avait lui aussi \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 aux urgences de Robert-Debr\u00e9. Son corps \u00e9tait couvert de plaies \u00e0 vif, et d\u2019autres, plus anciennes. Ce soir-l\u00e0, Fran\u00e7ois-Henry Guillot lui a rendu visite dans sa chambre. <em>\u00ab\u00a0Il su\u00e7ait son pouce en regardant Gulli\u00a0\u00bb, <\/em>se souvient l\u2019\u00e9ducateur. Puis il a fugu\u00e9. Personne n\u2019a retrouv\u00e9 sa trace.<br \/>\n<span style=\"text-align: center;\"><br \/>\nLina, Alg\u00e9rienne, a 15\u00a0ans. Orient\u00e9e vers cet h\u00f4pital par l\u2019association France terre d\u2019asile apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e d\u2019un foyer, cette ado toute menue a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e comme victime potentielle d\u2019un r\u00e9seau de prostitution. La premi\u00e8re fois que nous la rencontrons, au mois de f\u00e9vrier, elle parle de se soigner et de retourner \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mais, deux semaines plus tard, quand elle revient \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, elle pr\u00e9sente des traces de scarification sur les avant-bras et des br\u00fblures de cigarettes sur les mains.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">\u00ab\u00a0Se substituer \u00e0 leur dealeur\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>La semaine suivante, la voici de nouveau \u00e0 Robert-Debr\u00e9, les cheveux liss\u00e9s, le visage maquill\u00e9, mais de mauvaise humeur. Ses jambes tremblent, elle triture les cordelettes de sa doudoune. Les deux soignants s\u2019inqui\u00e8tent\u00a0: elle semble en manque. Depuis quelques semaines pourtant, elle paraissait sevr\u00e9e du Rivotril, un anti\u00e9pileptique qui, consomm\u00e9 \u00e0\u00a0hautes doses, d\u00e9sinhibe ces jeunes.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0J\u2019en reprends parce que je n\u2019arrive plus \u00e0 dormir\u00a0\u00bb,<\/em> commence-t-elle. Mais, si elle en a, cela suppose qu\u2019elle est retourn\u00e9e en acheter \u00e0 la sauvette du c\u00f4t\u00e9 de Barb\u00e8s. <em>\u00ab\u00a0Pourquoi tu ne prends pas ton Lyrica\u00a0?\u00a0\u00bb, <\/em>l\u2019interrogent les soignants.<\/p>\n<p>Pour ces jeunes d\u00e9pendants, l\u2019une des m\u00e9thodes de sevrage propos\u00e9e est de leur prescrire du Lyrica en r\u00e9duisant les doses au fur et \u00e0 mesure. <em>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e est de se substituer \u00e0 leur dealeur et de les ramener petit \u00e0 petit vers le droit commun\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9taille la docteure Peyret. Certains tentent bien d\u2019arracher aux soignants des ordonnances pour du Rivotril, mais leur r\u00e9ponse est ferme\u00a0: c\u2019est non. Car la priorit\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment de les faire d\u00e9crocher d\u00e9finitivement de ce produit, plus dangereux que le Lyrica.<\/p>\n<p>Lina, malgr\u00e9 son ordonnance, n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 obtenir son anxiolytique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La pharmacienne ne veut pas m\u2019en vendre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Les soignants ont v\u00e9rifi\u00e9 aupr\u00e8s de la pharmacienne en question\u00a0: le produit \u00e9tait en rupture de stock. Une catastrophe pour ces ados qui pourraient \u00eatre tent\u00e9s de s\u2019en procurer dans la rue. Ce jour-l\u00e0, il a fallu plus d\u2019une heure pour convaincre Lina de ne pas retourner \u00e0 Barb\u00e8s.<\/p>\n<p>A Robert-Debr\u00e9, les consultations s\u2019encha\u00eenent. Hicham, d\u2019origine alg\u00e9rienne, vient ici depuis septembre\u00a02020, lui aussi pour une surconsommation de m\u00e9dicaments. Il est log\u00e9 par l\u2019ASE dans un h\u00f4tel du 17<sup>e<\/sup> arrondissement. <em>\u00ab\u00a0Tu te sens triste\u00a0?\u00a0\u00bb, <\/em>lui demande Fran\u00e7ois-Henry Guillot. <em>\u00ab\u00a0Comment vous le savez\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9pond en souriant l\u2019adolescent. D\u2019apr\u00e8s les m\u00e9decins, ces patients tr\u00e8s particuliers sont tous atteints de stress post-traumatique s\u00e9v\u00e8re, li\u00e9 \u00e0 l\u2019exil et \u00e0 leur vie dans la rue.<\/p>\n<p class=\"intertitre\"><span style=\"color: #339966;\">\u00ab\u00a0Cr\u00e9er une alliance\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>Quand il est appel\u00e9 dans leurs chambres par les urgentistes pour tenter d\u2019\u00e9tablir un dialogue, l\u2019\u00e9ducateur r\u00e9p\u00e8te les m\u00eames gestes\u00a0: baisser la lumi\u00e8re, se pr\u00e9senter, parler \u00e0 voix basse, en utilisant Google Translate pour parvenir \u00e0 communiquer avec eux et surtout s\u2019agenouiller. <em>\u00ab\u00a0Je ne dois pas \u00eatre en surplomb, m\u00eame physiquement.\u00a0\u00bb <\/em>Il insiste\u00a0: <em>\u00ab\u00a0On les regarde comme des enfants victimes, pas comme des d\u00e9linquants. Et ce n\u2019est pas une posture na\u00efve\u00a0: c\u2019est le seul moyen de les garder.\u00a0\u00bb <\/em>Car tous ces soins sont dispens\u00e9s en ambulatoire\u00a0: le jeune, une fois sorti des urgences, n\u2019est pas hospitalis\u00e9, mais il a des rendez-vous r\u00e9guliers avec l\u2019\u00ab\u00a0addicto\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour les faire revenir, les soignants improvisent beaucoup. Avant le Covid-19, il leur arrivait de les emmener boire un caf\u00e9 ou un th\u00e9 en face de l\u2019h\u00f4pital. <em>\u00ab\u00a0M\u00eame ceux qui finissent leurs joints dans la salle d\u2019attente, on ne les vire pas. On leur demande de fumer dehors\u00a0\u00bb, <\/em>d\u00e9crit Marie Parreillet. Une fois, Fran\u00e7ois-Henry Guillot a offert un pot de sauce piment\u00e9e \u00e0 Yedo, un petit Ivoirien qui jugeait la cuisine fran\u00e7aise trop fade. <em>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un moyen de le faire parler de ce qu\u2019il mangeait l\u00e0-bas, donc de sa vie.\u00a0\u00bb <\/em>Et Yedo a parl\u00e9. <em>\u00ab\u00a0On sort du cadre, c\u2019est \u00e9vident, mais l\u2019approche classique ne fonctionne pas avec eux\u00a0\u00bb, <\/em>poursuit Fran\u00e7ois-Henry Guillot.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu\u00a0: r\u00e9ussir \u00e0 <em>\u00ab\u00a0cr\u00e9er une alliance\u00a0\u00bb <\/em>et \u00e0 faire de ce lieu un espace de r\u00e9pit. Ainsi, ils reviendront et se livreront peu \u00e0 peu. Tout cela, les \u00e9quipes de l\u2019unit\u00e9 \u00ab\u00a0addicto\u00a0\u00bb l\u2019ont appris sur le tas, puis en \u00e9changeant avec les acteurs institutionnels qui aiguillent ces jeunes vers elles\u00a0: la protection judiciaire de la jeunesse, le secteur \u00e9ducatif aupr\u00e8s des mineurs non accompagn\u00e9s, la section des mineurs du parquet de Paris et les associations de terrain (Hors la rue, CASP, France terre d\u2019asile\u2026).<\/p>\n<p>Depuis deux ans, tous les quinze jours, tous se retrouvent \u00e0 la mairie du 18<sup>e<\/sup>\u00a0arrondissement pour des r\u00e9unions consacr\u00e9es aux <em>\u00ab\u00a0mineurs en errance\u00a0\u00bb.<\/em> Une convention, sign\u00e9e le 13\u00a0janvier, a consacr\u00e9 ce partenariat de la Ville avec l\u2019h\u00f4pital. <em>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e est de rendre nos outils reproductibles dans les h\u00f4pitaux de l\u2019AP-HP <\/em>[Assistance publique-H\u00f4pitaux de Paris]<em> confront\u00e9s aux m\u00eames difficult\u00e9s\u00a0\u00bb, <\/em>pr\u00e9cise Fran\u00e7ois-Henry Guillot.<\/p>\n<p class=\"intertitre\"><span style=\"color: #339966;\">\u00ab\u00a0Des silences qui ne trompent pas\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>L\u2019une des principales est celle des fugues depuis les urgences. Trois ans apr\u00e8s, tout le service parle encore de ce gamin de 13\u00a0ans qui s\u2019est extub\u00e9 avant de s\u2019enfuir, pieds nus et en pyjama. Quand ils disparaissent ainsi, l\u2019h\u00f4pital informe syst\u00e9matiquement le parquet, car il y a suspicion de traite des \u00eatres humains. Ils en sont convaincus\u00a0: ces mineurs sont pris dans des r\u00e9seaux de trafic de drogue et\/ou de prostitution. <em>\u00ab\u00a0A 13\u00a0ans, on ne deale pas de sa propre initiative, <\/em>explique Fran\u00e7ois-Henry Guillot.<em> A 13\u00a0ans, on n\u2019a pas de relations sexuelles avec un majeur qui vous h\u00e9berge par hasard. Il y a des regards et des silences qui ne trompent pas. Et il y a ce qu\u2019ils finissent par raconter.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u2019un des outils mis en place par l\u2019\u00e9quipe, <em>\u00ab\u00a0la proc\u00e9dure d\u2019urgence vitale sanitaire\u00a0\u00bb,<\/em> est n\u00e9 du cas d\u2019un gar\u00e7on de 14\u00a0ans qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre enfui des urgences orthop\u00e9diques, est revenu deux jours apr\u00e8s avec la jambe hypertrophi\u00e9e et une forte fi\u00e8vre. Les m\u00e9decins lui ont dit que sans une op\u00e9ration et une hospitalisation d\u2019au moins trois jours il risquait de perdre sa jambe, voire de mourir. Dans sa chambre, il s\u2019impatientait, fumait cigarette sur cigarette\u00a0: pas le temps de rester l\u00e0, trop de choses \u00e0 faire. <em>\u00ab\u00a0Et il est parti, <\/em>poursuit M.\u00a0Guillot<em>. \u00c7a a sid\u00e9r\u00e9 tout le monde. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on a pens\u00e9 \u00e0 l\u2019alerte sanitaire avec la Mairie de Paris, les associations et le parquet.\u00a0\u00bb<\/em>D\u00e9sormais, quand un patient fugue ainsi, une alerte est diffus\u00e9e dans tous les h\u00f4pitaux, commissariats et associations parisiennes. L\u2019ado qui risquait de perdre sa jambe a\u00a0\u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 temps par la police et op\u00e9r\u00e9 avec succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Omar, venu du Maroc, a f\u00eat\u00e9 ses 17\u00a0ans \u00e0 la mi-mai. Il a les cheveux boucl\u00e9s, les yeux vifs. Face aux soignants, il dresse le bilan des derniers mois, parle de ses projets ralentis par le Covid-19 \u2013 trouver un patron, poursuivre sa formation de plombier et retourner \u00e0 la p\u00eache, sa nouvelle passion. A l\u2019entendre, <em>\u00ab\u00a0tout se passe bien\u00a0\u00bb<\/em> dans le foyer du nord-ouest de la France o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9. Il a une petite copine qui l\u2019a invit\u00e9 dans sa famille pour le d\u00e9jeuner de No\u00ebl, un moment joyeux\u00a0; il a d\u00e9couvert (et pas vraiment aim\u00e9) les hu\u00eetres.<\/p>\n<p class=\"intertitre\"><span style=\"color: #339966;\">\u00ab\u00a0Mauvais souvenirs\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>Son passage aux urgences de Robert-Debr\u00e9 remonte \u00e0 2019. Il avait pris une balle dans le genou, pr\u00e8s du m\u00e9tro Barb\u00e8s. Il ne parlait pas un mot de fran\u00e7ais, se comportait en petit ca\u00efd accro \u00e0 tout\u00a0: Lyrica, Rivotril, cannabis, coca\u00efne. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le Maroc <em>\u00ab\u00a0\u00e0 12 ou 13\u00a0ans\u00a0\u00bb<\/em>, il avait v\u00e9cu de vols dans le 18<sup>e<\/sup> arrondissement. Le profil type de ceux qui disparaissent apr\u00e8s un passage \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Mais sa blessure \u00e9tait grave. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est terrible \u00e0 dire, mais les patients avec lesquels on parvient \u00e0 \u00e9tablir une relation sont souvent ceux ayant subi un gros p\u00e9pin, donc une prise en charge longue aux urgences\u00a0\u00bb<\/em>, explique l\u2019\u00e9ducateur.<\/p>\n<p>Omar est rest\u00e9 un mois \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Et le voici cette fois en consultation, pour voir o\u00f9 il en est. En venant, il est pass\u00e9 en m\u00e9tro par Barb\u00e8s. <em>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que \u00e7a t\u2019a fait de passer par l\u00e0\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>, demande Fran\u00e7ois-Henry Guillot. <em>\u00ab\u00a0Rien,<\/em> assure Omar. <em>J\u2019ai entendu\u00a0: \u201cCigarettes, cigarettes\u201d devant le m\u00e9tro et j\u2019ai mis mes \u00e9couteurs \u00e0 fond.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Ce sont des mauvais souvenirs\u00a0\u00bb,<\/em> conclut l\u2019ado. L\u2019\u00e9ducateur a beau lui r\u00e9p\u00e9ter\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tout \u00e7a n\u2019est pas de ta faute\u00a0\u00bb, <\/em>il r\u00e9pond\u00a0: <em>\u00ab\u00a0En vrai de vrai, si, c\u2019\u00e9tait de ma faute.\u00a0Quand t\u2019es dans la rue, avec ton joint et tes yeux explos\u00e9s, que t\u2019es habill\u00e9 comme un clochard\u2026 Les gens qui donnent les conseils, ils vont pas venir te voir, ils vont avoir peur. Il y a que les gens qui vendent de la drogue ou qui vont gagner des choses sur toi qui vont venir te voir.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<div class=\"illustration-large clearfix\"><\/div>\n<p>M\u00eame si l\u2019activit\u00e9 est difficile, chronophage et intense \u2013 les jeunes appellent \u00e0 toute heure, ne reviennent pas ou se trompent de jour de rendez-vous \u2013, ces soignants ne feraient rien d\u2019autre au monde. Ils sont tr\u00e8s heureux de la nouvelle vie d\u2019Omar, d\u2019Iyad, qui entame un CAP cuisine, de la petite Lina, presque sevr\u00e9e au Lyrica et qui a compris qu\u2019il lui fallait quitter Paris. Et de celle de tous les autres. Ils disent\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ces gamins sont notre avenir.\u00a0\u00bb\u00bb <\/em><span class=\"author-long-name\">Juliette B\u00e9n\u00e9zit<\/span>, <span class=\"author-long-name\">Zineb Dryef<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, l\u2019h\u00f4pital Robert-Debr\u00e9\u00a0veut \u00ab\u00a0r\u00e9parer\u00a0\u00bb les mineurs isol\u00e9s. Par Juliette B\u00e9n\u00e9zit, Zineb Dryef in Le Monde du jour \u00ab Alors que le nombre de mineurs isol\u00e9s, souvent \u00e9trangers, ne cesse de cro\u00eetre dans la capitale, ce centre p\u00e9diatrique du 19e\u00a0arrondissement d\u00e9veloppe une strat\u00e9gie de suivi et d\u2019aide pour tenter de les soustraire \u00e0 l\u2019emprise des r\u00e9seaux &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=6836\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Juliette B\u00e9n\u00e9zit, Zineb Dryef. 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