{"id":5125,"date":"2018-10-28T08:43:04","date_gmt":"2018-10-28T07:43:04","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=5125"},"modified":"2019-12-25T17:19:17","modified_gmt":"2019-12-25T16:19:17","slug":"guattari","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=5125","title":{"rendered":"Guattari-interview"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"\u03c3\u03c5\u03bd\u03ad\u03bd\u03c4\u03b5\u03c5\u03be\u03b7 \u03bc\u03b5 \u03c4\u03bf\u03bd Felix GUATTARI\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/124024385?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"640\" height=\"480\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write\"><\/iframe><br \/>\nF\u00e9lix Guattari, interview pour la t\u00e9l\u00e9vision grecque, 1991 ou 1992 <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/124024385\">https:\/\/vimeo.com\/124024385<\/a><\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>: <span style=\"color: #339966;\">Qu\u2019est-ce que la philosophie&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattari<\/span>&nbsp;: <span style=\"color: #339966;\">C\u2019est un genre<\/span>. C\u2019est un genre. De m\u00eame qu\u2019il y a un genre litt\u00e9raire, un genre th\u00e9\u00e2tral, des genres esth\u00e9tiques, des genres politiques, c\u2019est un genre qui travaille avec la puissance de l\u2019infini port\u00e9 par ces objets particuliers que sont les concepts.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>: Un ami&nbsp;?<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattar<\/span>i&nbsp;: Un ami, c\u2019est celui qui se \u00ab\u00a0tourne vers\u00a0\u00bb &#8230; qui se tourne vers l\u2019autre, et qui constitue l\u2019autre. Pas forc\u00e9ment dans un rapport d\u2019identification, parce que l\u2019amiti\u00e9 est parall\u00e8le \u00e0 un rapport agonique, mais qui dans ce rapport singulier \u00e0 l\u2019autre, d\u00e9ploie un certain univers. Dans la complicit\u00e9 amicale, il y a toujours un troisi\u00e8me terme qui est le monde qu\u2019on est en train de tisser, qu\u2019on est en train de travailler. Et l\u2019amiti\u00e9 socratique, ce n\u2019est pas quelque chose qui se r\u00e9sout dans une identification homosexuelle, dans une incorporation de l\u2019autre, c\u2019est quelque chose qui est l\u00e0 pour tendre un filet qui d\u00e9passe compl\u00e8tement les rapports interpersonnels et qui donne une consistance \u00e0 un certain type d\u2019objets qui sont les objets conceptuels.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>&nbsp;: Dans ce sens-l\u00e0 vous \u00eates ami avec Deleuze, n\u2019est-ce pas, parce que vous cr\u00e9ez ensemble un monde&nbsp;?<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattar<\/span>i&nbsp;: C\u2019est \u00e7a. Mais comme je le disais dans une interview, je suis ami avec Deleuze mais je ne suis pas copain. Je ne sais pas comment l\u2019on pourrait traduire \u00e7a. Parce que, par exemple, avec Deleuze on s\u2019est toujours vouvoy\u00e9, on a toujours gard\u00e9 une grande proximit\u00e9 et une grande distance amicale. Comme si on en avait besoin, pr\u00e9cis\u00e9ment, pour maintenir la consistance de notre tapisserie commune.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>&nbsp;: Cette id\u00e9e s\u00fbrement guattarienne que la schizophr\u00e9nie est une alternative, que dans le schizophr\u00e8ne dans le monde capitaliste c\u2019est quelqu\u2019un qui d\u00e9territorialise, est-ce qu\u2019on peut encore le comprendre de la fa\u00e7on dont on en parlait en 60-66, de cette id\u00e9e de la schizophr\u00e9nie&nbsp;?<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattari<\/span>&nbsp;: Moi, je n\u2019ai jamais dit que le psychotique ou que le schizophr\u00e8ne \u00e9tait un h\u00e9ros r\u00e9volutionnaire qui allait remplacer le leader de la classe ouvri\u00e8re ou le militant des usines Poutilov de 1917. Jamais je n\u2019ai dit \u00e7a. Non, parce que quelques fois on a voulu nous faire dire des b\u00eatises comme \u00e7a. Simplement, ce que je constate c\u2019est que, <span style=\"color: #339966;\">le rapport avec le psychotique,<\/span> par exemple dans une clinique comme celle o\u00f9 je travaille \u00e0 La Borde, <span style=\"color: #339966;\">pose des questions, avec insistance, que g\u00e9n\u00e9ralement on s\u2019efforce de ne pas voir, (il) remet en question le monde des significations dominantes, le monde des relations sociales, le monde de l\u2019\u00e9change, le monde de l\u2019affect&nbsp;; (il) introduit avec insistance des dimensions s\u00e9miotiques et s\u00e9miologiques qui sont en rupture avec justement ce monde m\u00e9diatis\u00e9, ce monde du pouvoir dans lequel on est.<\/span><\/p>\n<p>Alors, <span style=\"color: #339966;\">d\u2019une certaine fa\u00e7on, c\u2019est comme une sorte de laboratoire tr\u00e8s important.<\/span> Alors la psychiatrie, tout le monde s\u2019en fout, on la laisse dans une mis\u00e8re \u00e9pouvantable. Je suis all\u00e9, comme vous le savez \u00e0 l\u2019\u00eele de Leros o\u00f9 j\u2019ai vu des choses difficiles. Je suis all\u00e9 aussi, j\u2019ai visit\u00e9 des h\u00f4pitaux dans la banlieue d\u2019Ath\u00e8nes qui sont quelque chose d\u2019assez \u00e9pouvantable \u00e0 voir. Mais qu\u2019est-ce que vous faites avec la psychose, avec la schizophr\u00e9nie&nbsp;? Qu\u2019est-ce que vous faites avec la psychiatrie&nbsp;? La question qui se pose c\u2019est pas seulement pour faire du bien dans le domaine social, c\u2019est qu\u2019est-ce que vous faites avec vous-m\u00eames&nbsp;? Qu\u2019est-ce que vous faites avec votre propre folie&nbsp;? Qu\u2019est-ce que vous faites avec votre d\u00e9sir&nbsp;? Qu\u2019est-ce que vous faites avec votre rapport au monde, avec votre singularit\u00e9, avec votre naissance, avec votre mort&nbsp;? Est-ce que \u00e7a existe&nbsp;? Est-ce que c\u2019est un objet qui a de l\u2019importance&nbsp;? \u00ab Oh non \u00e7a, \u00e7a ne nous regarde pas, on fait de la t\u00e9l\u00e9vision, on fait de la production, on est dans le march\u00e9 commun, et la singularit\u00e9, la finitude, ce n\u2019est pas notre projet \u00bb. Ah bon, \u00e7a m\u2019\u00e9tonnerait beaucoup parce que c\u2019est quand m\u00eame quelque chose qui est au c\u0153ur de l\u2019existence.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, dans des termes diff\u00e9rents, dans un contexte diff\u00e9rent, se pose d\u2019aller saisir la singularit\u00e9 de l\u2019autre, sans rentrer dans un rapport d\u2019identification ou de suggestion et puis, d\u2019\u00eatre l\u00e0, sous une autre forme, ami d\u2019un processus possible&nbsp;; d\u2019un processus qui ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 des universaux de la subjectivit\u00e9 comme les complexes freudiens ou les math\u00e8mes de l\u2019inconscient lacanien. Mais qui forge <span style=\"color: #339966;\">sa propre cartographie<\/span>, qui forge sa propre m\u00e9ta-mod\u00e9lisation, et qui permet \u00e0 l\u2019individu, suivant les situations, de reconstituer des territoires existentiels l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait dans l\u2019angoisse, dans la d\u00e9r\u00e9liction, qui permet de reforger des rapports au monde, une possibilit\u00e9 de vivre. Alors c\u2019est donc une activit\u00e9 qui se veut non mod\u00e9lisante et qui est beaucoup plus <span style=\"color: #339966;\">sous l\u2019\u00e9gide d\u2019un paradigme esth\u00e9tique<\/span> que d\u2019un paradigme scientifique. Puisqu\u2019il s\u2019agit \u00e0 chaque fois dans une cure de <span style=\"color: #339966;\">forger une \u0153uvre singuli\u00e8re<\/span>.<\/p>\n<p>Les artistes, surtout depuis les grandes ruptures conceptuelles introduites par Marcel Duchamp, par John Cage et un certain nombre d\u2019autres, travaillent de plus en plus sans filet, sans bases. Ils n\u2019ont plus de normes transcendantes, ils travaillent \u00e0 l\u2019\u00e9nonciation m\u00eame du rapport esth\u00e9tique. Et donc, comme \u00e7a, ce sont des gens qui, d\u2019une certaine fa\u00e7on, sont les noyaux les plus courageux dans ce rapport de cr\u00e9ativit\u00e9. Il y en a d\u2019autres&nbsp;; il y a les enfants, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de l\u2019\u00e9veil au monde&nbsp;; il y a les psychotiques dont l\u2019on a parl\u00e9&nbsp;; il y a les artistes&nbsp;; il y a beaucoup de gens. Il y a les amoureux&nbsp;; il y a les gens qui sont atteints par le sida&nbsp;; il y a des gens qui sont en train de mourir. Ils sont dans un rapport chaosmique au monde.<\/p>\n<p>Mais les artistes, d\u2019une certaine fa\u00e7on, forgent des instruments, fraient des circuits, pour pouvoir affronter cette dimension de&nbsp;: Qu\u2019est-ce que je fais-l\u00e0&nbsp;? Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette plan\u00e8te&nbsp;? \u00c0 quoi je peux me raccrocher&nbsp;? \u00c0 rien de transcendant&nbsp;! Tu peux <span style=\"color: #339966;\">te raccrocher au processus immanent de cr\u00e9ativit\u00e9<\/span>. Et alors la deuxi\u00e8me chose que je voulais dire c\u2019est que, \u00e0 ce moment-l\u00e0, <span style=\"color: #339966;\">le paradigme esth\u00e9tique<\/span>, en dehors de la production d\u2019\u0153uvres esth\u00e9tiques, c\u2019est quelque chose qui travaille aussi bien la science, que la p\u00e9dagogie, que l\u2019urbanisme, que la m\u00e9decine, que la psychiatrie. Parce que c\u2019est cette m\u00e9thodologie m\u00eame, cette m\u00e9thodologie existentielle, cette micropolitique existentielle, qui est \u00e9labor\u00e9e d\u2019une certaine fa\u00e7on, travaill\u00e9e, creus\u00e9e par <span style=\"color: #339966;\">cette perspective esth\u00e9tique<\/span>.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>&nbsp;: Il y a 10 ans, vous \u00e9tiez \u00e0 Ath\u00e8nes, on parlait, on \u00e9tait m\u00eame optimiste pour tous ces courants marginaux, toute cette vague, maintenant il y a une baisse.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattari<\/span>&nbsp;: Mais non, il n\u2019y a pas une baisse des courants marginaux. Puisque aujourd\u2019hui ce sont <span style=\"color: #339966;\">des continents entiers qui deviennent marginaux<\/span>. L\u2019Afrique est une marginalit\u00e9 monstrueuse, puisque vous avez aujourd\u2019hui 600 millions d\u2019habitants, d\u2019africains qui sont dans une d\u00e9vastation \u00e9pouvantable. Et puis, d\u2019ici l\u2019an 2025, ils vont \u00eatre combien&nbsp;? 3 milliards&nbsp;! Mais alors, qu\u2019est-ce qui va se passer entre-temps&nbsp;? C\u2019est tout de suite 2025, alors si vous dites que la marginalit\u00e9 se r\u00e9sout, elle ne se r\u00e9sout simplement pas en Afrique. Elle ne se r\u00e9sout pas en Am\u00e9rique Latine. Dans les pays d\u2019Am\u00e9rique Latine comme le Chili ou l\u2019Argentine, qui appliquent les directives du Fonds Mon\u00e9taire International, alors on dit \u00ab ah c\u2019est tr\u00e8s bien, ils ont r\u00e9solu leur probl\u00e8me d\u2019inflation \u00bb. Oui, tr\u00e8s bien, seulement il y a 20% de la population qui en b\u00e9n\u00e9ficient et 80% qui sont dans une mis\u00e8re totale. Etc., on peut multiplier les exemples. Aujourd\u2019hui au Pakistan vous avez un esclavage, un esclavagisme monstrueux, des enfants de 4 ans de 5 ans qui sont l\u00e0 \u00e0 faire des parpaings, \u00e0 \u00eatre dans la boue. Vous avez un esclavagisme monstrueux dans tous les pays asiatiques pris sous l\u2019orbite des nouvelles puissances industrielles.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattari<\/span>&nbsp;: Il est possible que la marginalit\u00e9 et encore, dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, se r\u00e9sorbe, mais ce n\u2019est pas vrai&nbsp;! C\u2019est pas vrai dans les ghettos du South Bronx \u00e0 New York. C\u2019est pas vrai dans les banlieues parisiennes. Et je ne sais pas ce qu\u2019il en est \u00e0 Ath\u00e8nes. Donc, il est possible qu\u2019il y a moins de conscience aujourd\u2019hui, pour l\u2019instant, politique, dans les marges, et encore pas s\u00fbr, il faudrait v\u00e9rifier. Il y a moins de r\u00e9percussions mass-m\u00e9diatiques.<span style=\"color: #339966;\"> Il y a moins la mode des marges, telle qu\u2019elle a pu exister dans les ann\u00e9es 60 de la contre-culture et dans le mouvement de 68, mais il y a aujourd\u2019hui une mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart, une marginalisation, catastrophique pour des populations humaines \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas parce que les gens sont pris dans une soci\u00e9t\u00e9 de consommation, dans des sch\u00e9mas, comme \u00e7a, publicitaires, dans des manipulations de l\u2019opinion, dans un urbanisme qui est unidimensionnalisant, pour reprendre une vielle expression. Ce n\u2019est pas pour \u00e7a que ce sont des imb\u00e9ciles, ou que ce sont des moutons, ou des animaux. Ils se reconstituent des territoires existentiels \u00e0 leur \u00e9chelle, comme ils peuvent&nbsp;; alors les jeunes en faisant des bandes, en s\u2019attachant \u00e0 la musique rock, au rap, etc., mais finalement en constituant des pseudo-soci\u00e9t\u00e9s, quelquefois dans la d\u00e9linquance, et dans la drogue, et dans le suicide.<\/p>\n<p>Mais ils se raccrochent \u00e0 la constitution de l\u2019existence, comme ils peuvent, dans ce contexte d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus duale, o\u00f9 l\u2019on a une aristocratie capitalistique qui contr\u00f4le le pouvoir, qui contr\u00f4le l\u2019argent, qui contr\u00f4le les communications, une \u00ab jet society \u00bb, et puis une masse de gens qui sont compl\u00e8tement perdus dans le monde, qui sont dans des contextes urbains \u00e9pouvantablement ali\u00e9nants, et qui sont dans un contexte de production o\u00f9 ils ne trouvent pas leur place. Aujourd\u2019hui le ch\u00f4mage touche beaucoup les jeunes. Et m\u00eame les gens qui rentrent dans le processus de production, ils sont marginalis\u00e9s, m\u00eame lorsqu\u2019ils sont int\u00e9gr\u00e9s dans ce processus de production.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer <\/span>: <span style=\"color: #339966;\">L\u2019\u00e9cosophie&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattar<\/span>i&nbsp;: Il y a donc, l\u00e0, <span style=\"color: #339966;\">une crise que j\u2019appelle \u00e9cosophique, pour \u00e9largir la notion de pollution environnementale, non seulement aux dimensions mat\u00e9rielles de la pollution, mais aussi aux dimensions de la pollution sociale, de la pollution mass-m\u00e9diatique et de la pollution mentale. C\u2019est pour int\u00e9grer toutes ces dimensions \u00e9cologiques que j\u2019ai form\u00e9, que j\u2019ai forg\u00e9, ce terme d\u2019\u00e9cosophie. Il y a le probl\u00e8me d\u2019une r\u00e9invention de la vie sous tous ses aspects. Sous ses aspects mat\u00e9riels. Sous ses aspects sociaux et sous ses aspects incorporels. Il y a toute une probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9cologie du virtuel \u00e0 forger.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>&nbsp;: <span style=\"color: #339966;\">Les m\u00e9dias<\/span>&nbsp;?<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattari<\/span>&nbsp;: C\u2019est-\u00e0-dire que <span style=\"color: #339966;\">c\u2019est un divan<\/span>, et puis dans le meilleur des cas malheureusement, ce meilleur des cas qui est celui du cin\u00e9ma de cr\u00e9ation, laisse la place au cin\u00e9ma industriel, \u00e0 la s\u00e9ri\u00e9 t\u00e9l\u00e9, et l\u00e0 ce n\u2019est plus du tout un pseudo divan, mais <span style=\"color: #339966;\">c\u2019est de la drogue<\/span>. C\u2019est un rapport de fascination. On allume l\u2019\u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision, on attend la r\u00e9p\u00e9tition des m\u00eames visages, des m\u00eames phrases, des m\u00eames significations, tout ce qu\u2019il peut y avoir de rupture \u00e9v\u00e9nementielle dans le monde, trait\u00e9 par ce filtre mass-m\u00e9diatique est transform\u00e9 dans une sorte de bouillie insignifiante o\u00f9 plus rien ne peut advenir. On est pris dans un encerclement mass-m\u00e9diatique, ce que Virilio appelle un \u00ab <span style=\"color: #339966;\">r\u00e9tr\u00e9cissement de la dromosph\u00e8re<\/span> \u00bb.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a plus moyen de se d\u00e9placer. Au moment de la guerre du Golfe on a vu que, par exemple, l\u2019ici de la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9tait compl\u00e8tement domin\u00e9 par le maintenant, par le rapport imm\u00e9diat. \u00ab\u00a0Est-ce qu\u2019il va se passer quelque chose&nbsp;?\u00a0\u00bb. \u00c9tant entendu qu\u2019il ne se passe rien, que tout ce qui pourrait venir \u00e0 se passer est imm\u00e9diatement absorb\u00e9 et r\u00e9sorb\u00e9 dans une sorte de rassurance, avec un commentateur qui explique les choses, avec un g\u00e9n\u00e9ral pendant la guerre du Golfe qui faisait des commentaires, soi-disant avis\u00e9s, souvent ridicules.<\/p>\n<p>Mais ce qu\u2019on constate avec les m\u00e9dia on le constate dans tous les domaines. On le constate <span style=\"color: #339966;\">dans le domaine<\/span> par exemple <span style=\"color: #339966;\">de l\u2019\u00e9conomie<\/span>. Aujourd\u2019hui, les \u00e9conomistes dans le monde pr\u00e9tendent qu\u2019il y a une objectivit\u00e9 des objets \u00e9conomiques, qu\u2019il y a une n\u00e9cessit\u00e9, que ce qu\u2019ils font ils le font parce qu\u2019ils ne peuvent pas faire autrement, parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autres sch\u00e9mas possibles, il n\u2019y a pas de mutation,<span style=\"color: #339966;\"> il n\u2019y a pas de bifurcation possible<\/span>. Alors qu\u2019<span style=\"color: #339966;\">il s\u2019agit<\/span> pr\u00e9cis\u00e9ment <span style=\"color: #339966;\">de r\u00e9introduire un retour \u00e0 l\u2019immanence, un retour \u00e0 la chaosmose<\/span>. Mais oui, il y a un certain fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie mondiale qui conduit \u00e0 la catastrophe \u00e9pouvantable pour 80% de la population, \u00e0 une pollution et \u00e0 une d\u00e9vastation \u00e9cologique monstrueuse. Mais il y a d\u2019autres possibilit\u00e9s, une autre \u00e9conomie est possible, d\u2019autres m\u00e9dia sont possibles, d\u2019autres philosophies sont possible, d\u2019autres formes d\u2019art sont possibles. C\u2019est <span style=\"color: #339966;\">cette question du possible<\/span>, cette question de la reprise en compte, de la r\u00e9appropriation, qui se trouve pos\u00e9e aujourd\u2019hui avec une grande urgence. Sinon, et bien si rien d\u2019autre que ce qui est est possible, alors on court vers une catastrophe plan\u00e9taire purement et simplement.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>: La subjectivit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n<p>F\u00e9lix Guattari&nbsp;: Je crois qu\u2019il faut \u00eatre extr\u00eamement prudent parce que la subjectivit\u00e9 individuelle et collective, n\u2019est pas d\u2019une seule pi\u00e8ce. Il n\u2019y a pas un sujet, une individuation comme \u00e7a, qui lui donne sa consistance. Elle est feuillet\u00e9e, elle est \u00e0 plusieurs niveaux. Alors l\u2019opinion publique, elle peut \u00eatre compl\u00e8tement stupide. Elle peut suivre la mode, elle peut suivre les sondages, elle peut suivre toutes ces choses-l\u00e0. Elle peut devenir raciste, imb\u00e9cile, se couper du monde, m\u00e9conna\u00eetre ce qui existe comme mis\u00e8re dans le tiers-monde, etc. Mais en m\u00eame temps, on s\u2019aper\u00e7oit que quelquefois elle a des retournements brutaux. Par exemple, on observe aujourd\u2019hui en France, peut-\u00eatre en Gr\u00e8ce je ne sais pas, mais une tr\u00e8s grande m\u00e9fiance maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9gard du journalisme, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la t\u00e9l\u00e9vision, depuis la guerre du Golfe, depuis les \u00e9v\u00e9nements de Timisoara en Roumanie. \u00ab\u00a0Mais qu\u2019est-ce que &#8230; vous vous foutez de nous, on vous fait confiance, on vous fait confiance, et puis, on s\u2019aper\u00e7oit que des fois vous nous mentez de fa\u00e7on \u00e9hont\u00e9e&nbsp;?\u00a0\u00bb. La m\u00eame chose vis-\u00e0-vis du pouvoir politique.<\/p>\n<p>Donc, l\u2019opinion publique, c\u2019est comme un \u00eatre qui peut s\u2019abandonner, comme \u00e7a, parce qu\u2019il s\u2019en fout finalement, \u00ab\u00a0d\u2019accord tu dis \u00e7a c\u2019est tr\u00e8s bien&nbsp;!\u00a0\u00bb, et puis quelques fois peut se ressaisir tr\u00e8s brutalement, \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re, et dire \u00ab\u00a0mais non, on ne marche plus du tout&nbsp;!\u00a0\u00bb. Il peut y avoir des retournements de l\u2019opinion publique, d\u2019une tr\u00e8s grande intensit\u00e9 et d\u2019une tr\u00e8s grande intelligence collective&nbsp;! On a vu, par exemple en Chine, un retournement de l\u2019opinion publique au moment des \u00e9v\u00e9nements de Tienanmen o\u00f9 d\u2019un seul coup \u00ab\u00a0\u00e7a va plus, faut arr\u00eater \u00e7a&nbsp;!\u00a0\u00bb. On a vu des retournements de l\u2019opinion publique dans les pays de l\u2019Est, qui ont \u00e9t\u00e9 bien plus importants que des rapports de forces politiques, que des rapports de forces sociaux traditionnels, qui d\u2019un seul coup ont d\u00e9truit tout ce monde exsangue de bureaucratie. Et puis, et puis, l\u2019opinion publique s\u2019est fait reprendre par les pouvoirs dominants. Mais il faut faire attention avec l\u2019opinion publique, parce qu\u2019elle nous r\u00e9serve bien des surprises.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">L\u2019opinion publique ce sont des ritournelles qui circulent<\/span>, ce sont des ritournelles, des visages, des matchs de football, des repr\u00e9sentations comme \u00e7a, de mode, des rencontres. Et puis, elles cristallisent, elles font boules de neige, et puis elles s\u2019\u00e9vanouissent. Alors certains hommes politiques, certaines vedettes de la chanson ou du cin\u00e9ma, sont port\u00e9s par ces vagues. Et puis quelquefois ils tombent par terre parce que ces vagues trouvent une rupture. L\u2019opinion publique ce n\u2019est pas une opinion publique, ce sont d\u2019immenses flux de subjectivit\u00e9s qui se traversent et qui travaillent les unes avec les autres. Toute la question, c\u2019est justement qu\u2019il n\u2019y ait pas une industrie, un pouvoir, une chape de plomb qui p\u00e8se sur l\u2019opinion publique, avec les m\u00e9dia, les CNN, les t\u00e9l\u00e9communications mondiales. Mais qu\u2019elle se r\u00e9approprie, qu\u2019elle se travaille, qu\u2019elle se singularise. Qu\u2019elle devienne formation de pouvoir, qu\u2019elle devienne formation de valeurs, nouvelle mutation d\u2019univers de valeurs.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">interviewer<\/span>: <span style=\"color: #339966;\">Cr\u00e9ativit\u00e9 collective&nbsp;?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">F\u00e9lix Guattari<\/span>&nbsp;: Oui, mais il faut quand m\u00eame \u00eatre un idiot aussi. Il faut quand m\u00eame accepter, quoi, la finitude. Il faut aussi \u00eatre dans une pens\u00e9e comme celle de Samuel Beckett, comme \u00e7a, pris dans cette \u00e9paisseur de l\u2019existence o\u00f9 il n\u2019y a pas de recours, o\u00f9 il n\u2019y a pas de salut. Alors, c\u2019est dans un aller-retour entre cette position singuli\u00e8re de la pens\u00e9e et puis, qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire avec ce durcissement, cette bureaucratisation, cette dimension \u00e9tatique qui gangr\u00e8ne les institutions, institutions universitaires, institutions psychiatriques. Tr\u00e8s difficile \u00e0 dire parce que, ce n\u2019est pas en faisant un sch\u00e9ma directeur, un plan, un programme, qu\u2019on peut beaucoup changer les choses.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que l\u2019on ne peut changer les choses que quand il y a des <span style=\"color: #339966;\">foyers d\u2019\u00e9nonciation mutationnels<\/span> qui donnent envie de changer les choses. Qui induisent l\u2019id\u00e9e du changement, la cr\u00e9ativit\u00e9 collective. Malheureusement, par rapport aux ann\u00e9es 60, <span style=\"color: #339966;\">la cr\u00e9ativit\u00e9 collective<\/span>, elle <span style=\"color: #339966;\">est tomb\u00e9e dans<\/span> ce que j\u2019ai appel\u00e9 <span style=\"color: #339966;\">les ann\u00e9es d\u2019hiver<\/span>. Elle <span style=\"color: #339966;\">est tomb\u00e9e dans une sorte de glaciation<\/span>.<\/p>\n<p>Mais, premi\u00e8rement, il y a toujours une petite marge, une petite possibilit\u00e9. D\u00e9j\u00e0 <span style=\"color: #339966;\">dans votre contexte universitaire,<\/span> vous avez quelques copains, quelques amis, <span style=\"color: #339966;\">vous avez la possibilit\u00e9 de faire un noyau \u00e9nonciatif,<\/span> qui, peut-\u00eatre, trouvera des \u00e9chos et des r\u00e9pondances. Et puis, ces dimensions comme \u00e7a, tr\u00e8s locales, tr\u00e8s micropolitiques, peut-\u00eatre qu\u2019elle vont rentrer en r\u00e9sonance avec <span style=\"color: #339966;\">des ph\u00e9nom\u00e8nes de mutation mol\u00e9culaire<\/span> \u00e0 une toute autre \u00e9chelle. <span style=\"color: #339966;\">Car, finalement, c\u2019est le plus local qui communique avec le plus plan\u00e9taire aujourd\u2019hui. C\u2019est s\u2019occuper de la d\u00e9fense des arbres que Chirac veut couper dans Paris. C\u2019est s\u2019occuper de la d\u00e9fense des animaux, de la d\u00e9fense de la biosph\u00e8re, lutter contre la pollution. \u00c7a rentre en r\u00e9sonance imm\u00e9diate avec&nbsp;: \u00ab\u00a0mais qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette fa\u00e7on d\u2019\u00eatre sur cette plan\u00e8te&nbsp;?\u00a0\u00bb&nbsp;; \u00ab\u00a0Est-ce que les hommes se sont crus dans l\u2019univers comme sous le regard de Dieu&nbsp;? Comme un don de Dieu&nbsp;? Comme une cr\u00e9ation de Dieu&nbsp;? Et \u00e7a leur \u00f4te toute responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la biosph\u00e8re, \u00e0 l\u2019\u00e9gard du cosmos, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00eatre&nbsp;?\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p>Et puis l\u00e0 on leur dit aujourd\u2019hui \u00e0 travers ces petits actes microscopiques&nbsp;: \u00ab\u00a0mais c\u2019est comme tu veux, tu es responsable de ce qui se passe&nbsp;!\u00a0\u00bb. <span style=\"color: #339966;\">Tu as des responsabilit\u00e9s \u00e9thico-politiques pour l\u2019avenir<\/span>.<span style=\"color: #339966;\"> Non seulement de la vie humaine sur la plan\u00e8te, mais l\u2019avenir de toutes les esp\u00e8ces animales.<\/span> <span style=\"color: #339966;\">L\u2019avenir de la biosph\u00e8re. L\u2019avenir des esp\u00e8ces incorporelles. Je dirais m\u00eame l\u2019avenir de l\u2019\u00eatre.<\/span> L\u2019\u00eatre n\u2019est pas un don de Dieu. <span style=\"color: #339966;\">L\u2019\u00eatre, il est produit par l\u2019\u00e9nonciateur aujourd\u2019hui collectif qui est ce m\u00e9lange de machines individuelles, de machines collectives, de machines technologiques, de machines scientifiques. C\u2019est toute cette esp\u00e8ce de rhizome machinique qui produit de l\u2019\u00eatre, qui produit cette esp\u00e8ce de vertige extraordinaire qui fait que finalement, d\u2019une certaine fa\u00e7on, aujourd\u2019hui, Dieu c\u2019est nous. C\u2019est ce projet collectif qui est l\u00e0.<\/span><\/p>\n<p>Il y a eu une prise de pouvoir d\u2019une pseudo normalit\u00e9, contr\u00f4le de l\u2019universit\u00e9 par les tenants du savoir, le triomphe apparent du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, la religion du march\u00e9, comme si la rentr\u00e9e dans le march\u00e9 \u00e9conomique \u00e7a devait r\u00e9soudre comme par miracle tous les probl\u00e8mes. Donc beaucoup d\u2019illusions, beaucoup de fascination, notamment de la part des pays de l\u2019Est \u00e0 l\u2019\u00e9gard des mod\u00e8les occidentaux. Et puis, ils s\u2019aper\u00e7oivent \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e que c\u2019est plus compliqu\u00e9 que ce qu\u2019ils croyaient.<\/p>\n<p>Alors, donc, il y a une sorte \u00e0 la fois de ce que j\u2019ai appel\u00e9, de glaciation, d\u2019entr\u00e9e dans les ann\u00e9es d\u2019hiver dont on se demande quand est-ce qu\u2019on va s\u2019en sortir, avec des th\u00e9ories, comme \u00e7a, tr\u00e8s cyniques, comme<span style=\"color: #339966;\"> le post-modernisme<\/span>, qui dit que c\u2019est comme \u00e7a parce que \u00e7a ne peut pas \u00eatre autrement, <span style=\"color: #339966;\">il faut s\u2019adapter<\/span>, etc. Mais tout \u00e7a correspond aussi \u00e0 une sorte de <span style=\"color: #339966;\">tabula rasa par rapport \u00e0 beaucoup d\u2019id\u00e9es, beaucoup d\u2019illusions, \u00e0 partir de laquelle, devant nous, se trouve la question, je dirais la question de la question, un nouveau questionnement, une nouvelle invention de perspectives, de propositions, de pratiques.<\/span><\/p>\n<p>Donc, je crois qu\u2019on est dans un esp\u00e8ce de mixte entre une d\u00e9moralisation collective, que l\u2019on ressent beaucoup un peu partout en Europe, et puis en m\u00eame temps avec un espoir de reconstruire quelque chose. Il n\u2019y a pas grand-chose de manifeste dans ce domaine, encore que dans le domaine de l\u2019\u00e9cologie, il y a des gens qui commencent \u00e0 r\u00e9agir et \u00e0 intervenir. Tout \u00e7a c\u2019est devant nous. Tout un futur qui est en train de s\u2019\u00e9laborer.<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">Aujourd\u2019hui qui est-ce qui est concepteur&nbsp;?<\/span> Eh bien ce ne sont pas des intellectuels leaders avec un \u00ab\u00a0I\u00a0\u00bb majuscule. <span style=\"color: #339966;\">Ce sont des agencements d\u2019intellectualit\u00e9s. Ce sont des mutations g\u00e9opolitiques. Ce sont des mutations de sensibilit\u00e9s. Ce sont &#8230; une capacit\u00e9 aujourd\u2019hui de lire le monde, tel qu\u2019il \u00e9volue, \u00e0 une vitesse prodigieuse. C\u2019est \u00e7a \u00eatre concepteur.<\/span><\/p>\n<p>Moi j\u2019ai fait une d\u00e9pression assez intense, aigu\u00eb, qui a dur\u00e9 plus de deux ans, il y a quelques ann\u00e9es, dont je suis sorti maintenant, et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience finalement tr\u00e8s importante, tr\u00e8s riche. L\u2019exp\u00e9rience de la d\u00e9pression. L\u2019\u00e9vanouissement du sens du projet, du sens du monde, etc. Un atterrissage sur l\u2019existence dans ce qu\u2019elle a de plus proximal. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai \u00e9crit ce petit livre <span style=\"color: #339966;\"><em>Chaosmose<\/em><\/span>. C\u2019est un peu une r\u00e9flexion sur cette plong\u00e9e dans la d\u00e9pression.<\/p>\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on est encercl\u00e9 par des murs, par des murs de signification, par le sentiment d\u2019impuissance, par le sentiment que c\u2019est toujours pareil, que rien ne peut changer. Et puis, quelques fois, il suffit d\u2019une faille dans le mur, il suffit de quelque chose pour qu\u2019aussit\u00f4t on s\u2019aper\u00e7oive que le mur, bon, \u00e9tait perm\u00e9able. Il y a une fa\u00e7on de se saisir soi-m\u00eame dans un paroxysme, et toujours le vertige d\u2019une autodestruction. Comme si l\u2019autodestruction, la fin de tout, devenait un objet \u00e9rotique. Comme si elle prenait le pouvoir. C\u2019est \u00e7a la gestion de la d\u00e9pression, \u00e0 la fois d\u2019accepter ce vertige d\u2019abolition, mais \u00e0 travers \u00e7a, peut-\u00eatre, de reconstruire une vision du monde, un \u00e9clairage, je ne sais pas, je ne dirais pas une sagesse, mais enfin &#8230;<\/p>\n<p>F\u00e9lix Guattari, interview pour la t\u00e9l\u00e9vision grecque, 1992<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/124024385\"> https:\/\/vimeo.com\/124024385<\/a><\/p>\n<p>lien <a href=\"https:\/\/youtu.be\/E9jwK0_eDds\">https:\/\/youtu.be\/E9jwK0_eDds<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>F\u00e9lix Guattari, interview pour la t\u00e9l\u00e9vision grecque, 1991 ou 1992 https:\/\/vimeo.com\/124024385 interviewer: Qu\u2019est-ce que la philosophie&nbsp;? F\u00e9lix Guattari&nbsp;: C\u2019est un genre. C\u2019est un genre. De m\u00eame qu\u2019il y a un genre litt\u00e9raire, un genre th\u00e9\u00e2tral, des genres esth\u00e9tiques, des genres politiques, c\u2019est un genre qui travaille avec la puissance de l\u2019infini port\u00e9 par ces objets &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=5125\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Guattari-interview<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[75,44,5],"tags":[],"class_list":["post-5125","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-deleuze-guattari","category-everyday-life","category-reader"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5125","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5125"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5125\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5830,"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5125\/revisions\/5830"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/lantb.net\/figure\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}