{"id":4963,"date":"2018-08-06T18:22:58","date_gmt":"2018-08-06T17:22:58","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=4963"},"modified":"2018-08-07T08:11:00","modified_gmt":"2018-08-07T07:11:00","slug":"diana-gray","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=4963","title":{"rendered":"Diana Gay. Architecture, formes, couleur"},"content":{"rendered":"<p>Cet article de Diana Gay *, \u00ab\u00a0Fernand L\u00e9ger et le groupe Espace \u00e0 Biot. Un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation pour une modernit\u00e9 critique\u00a0\u00bb est publi\u00e9 sur le site<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span>In Situ, revue des patrimoines, 32\u00a0|\u00a02017, et t\u00e9l\u00e9chargeable en format PDF \u00e0 l\u2019adresse<span class=\"Apple-converted-space\">&nbsp;: <\/span><a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/insitu\/14660\">http:\/\/journals.openedition.org\/insitu\/14660. <\/a><\/p>\n<p>Cette tentative unique d\u2019art en plein air l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1954 dans une oliveraie de Biot pr\u00e9c\u00e8de d&rsquo;un an la premi\u00e8re exp\u00e9rience d&rsquo;art en plein air du groupe Gutai, cr\u00e9\u00e9 en 1954, et qui en \u00e9t\u00e9 1955 propose un art processuel et spatial, en comp\u00e9tition ostensible et violente avec le v\u00e9g\u00e9tal et le min\u00e9ral polic\u00e9s de la pin\u00e8de-parc de loisirs d&rsquo;Ashiya, mais aussi avec le vent, la pluie, la lumi\u00e8re et la nuit,\u00a0 mat\u00e9riaux associ\u00e9s aux mat\u00e9riaux classiques de l&rsquo;art ou du design&nbsp;: <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=260\">http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=260<\/a>. Ces pi\u00e8ces embl\u00e9matiques, r\u00e9alis\u00e9es en plein air sont expos\u00e9es aujourd&rsquo;hui dans les mus\u00e9es et biennales d&rsquo;art contemporain.<br \/>\nYoshio Shirakawa, Kuniichi Uno. Qui a peur de l\u2019avant-garde japonaise? Gutai&nbsp;: <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=380\">http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=380<\/a><br \/>\nJiro Yoshihara, Gutai Art Manifesto&nbsp;: <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=377\">http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=377<\/a><br \/>\nFujiko Shiraga. Atsuko Tanaka\u2026 Gutai&nbsp;: <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=320\">http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=320<\/a><\/p>\n<p>Le mus\u00e9e Fernand L\u00e9ger \u00e0 Biot ouvrira en 1958, trois ans apr\u00e8s la mort de l&rsquo;artiste dont certaines pi\u00e8ces expos\u00e9es inf\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;esprit d'\u00a0\u00bbArchitecture, Formes, Couleur \u00bb.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #339966;\"><br \/>\nDiana Gay *, \u00ab\u00a0Fernand L\u00e9ger et le groupe Espace \u00e0 Biot. Un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation pour une modernit\u00e9 critique\u00a0\u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n<p>1<br \/>\n\u00abDu 10\u00a0juillet au 10\u00a0septembre 1954 se tient un \u00e9v\u00e9nement \u00e9tonnant \u00e0 Biot (Alpes-Maritimes)\u00a0: la premi\u00e8re exposition collective en plein air du groupe Espace intitul\u00e9e \u00ab Architecture, Formes, Couleur\u00a0\u00bb. L\u2019objectif est de dynamiser l\u2019espace, d\u2019explorer son potentiel sans la contrainte d\u2019un cahier des charges fonctionnel afin de r\u00e9investir les bonnes id\u00e9es dans une p\u00e9rennisation ult\u00e9rieure. Pour son pr\u00e9sident Andr\u00e9 Bloc, la th\u00e9orie doit suivre la pratique, au risque des erreurs. R\u00e9unissant des architectes, des ing\u00e9nieurs et des plasticiens, cette association place l\u2019exp\u00e9rimentation, le rejet de l\u2019\u0153uvre individuelle comme objet sp\u00e9culatif et la synth\u00e8se des arts au c\u0153ur de son action 1. Le manifeste du groupe rappelle que l\u2019objectif est d\u2019\u00ab\u00a0aborder cette t\u00e2che difficile de la synth\u00e8se, sans laquelle aucune civilisation ne peut affirmer sa pr\u00e9sence\u00a0\u00bb 2. M\u00e9connue, cette application azur\u00e9enne t\u00e9moigne de l\u2019ambition sociale qui anime ces artistes abstraits \u00e0 un moment charni\u00e8re de l\u2019histoire. Au c\u0153ur de l\u2019\u00e9t\u00e9 proven\u00e7al, dans la joie d\u2019avoir surv\u00e9cu aux destructions de la guerre, leur action \u00e0 Biot annonce la relecture critique des th\u00e9ories modernistes du d\u00e9but du si\u00e8cle et la remise en cause du fonctionnalisme. Est en gestation une red\u00e9finition des moyens et des fondements de l\u2019art qui seront en action \u00e0 partir des ann\u00e9es\u00a01960\u00a0: l\u2019extension du champ des mat\u00e9riaux, le territoire comme projet, l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re comme exp\u00e9rience de l\u2019art. Lors de l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale constitutive du 17\u00a0octobre 1951 \u00e0 Paris 3 , de ce groupe fond\u00e9 par Andr\u00e9 Bloc 4 et F\u00e9lix Del Marle 5. L\u2019analyse des liens entre cette association et Fernand L\u00e9ger permet de mieux comprendre les enjeux de la reconstruction, dans un contexte d\u2019urgence sociale et \u00e9conomique. En p\u00e9riode de crise, l\u2019art progressiste a-t-il sa place dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">Biot, un laboratoire pour r\u00e9inventer l\u2019espace moderne<\/span><\/p>\n<p>2<br \/>\nEncore rural au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01950, Biot est un village connu pour ses m\u00e9tiers d\u2019art, notamment la c\u00e9ramique et le verre. Outre des agriculteurs (foresterie, horticulture), y cohabitent des artistes et des artisans. L\u2019exp\u00e9rience de la r\u00e9sistance durant la derni\u00e8re guerre r\u00e9unit certains habitants autour d\u2019un m\u00eame id\u00e9al de progr\u00e8s social auquel l\u2019action culturelle participe. Les d\u00e9bats politiques sont vifs sur cette terre communiste. Membres du groupe Espace ou invit\u00e9s, soixante-quatre peintres, sculpteurs, photographes, ing\u00e9nieurs et architectes investissent durant l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a01954 un champ de 3\u00a0000\u00a0m\u00b2 en terrasses plant\u00e9s d\u2019oliviers. Mis \u00e0 disposition par la municipalit\u00e9, il est situ\u00e9 \u00e0 la sortie de l\u2019agglom\u00e9ration, sur la route de Valbonne 6. Fernand L\u00e9ger participe \u00e0 cette manifestation en qualit\u00e9 de membre exposant mais \u00e9galement d\u2019artiste local puisqu\u2019il fr\u00e9quente Biot depuis quatre ans.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/IMG_0773.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-4970\" src=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/IMG_0773.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"430\" srcset=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/IMG_0773.jpg 984w, http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/IMG_0773-300x202.jpg 300w, http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/IMG_0773-768x516.jpg 768w, http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/IMG_0773-640x430.jpg 640w, http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/IMG_0773-150x101.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><br \/>\nEntr\u00e9e de l\u2019exposition \u00ab\u00a0Architecture Formes Couleur\u00a0\u00bb, groupe Espace, Biot, 10\u00a0juillet-10\u00a0septembre\u00a01954,\u00a0Phot. Tibislawsk.<\/p>\n<p>3<br \/>\nDans sa recension de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, le po\u00e8te et critique d\u2019art Pierre Gu\u00e9guen qualifie cette action collective de \u00ab\u00a0d\u00e9monstration\u00a0\u00bb pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019av\u00e8nement de la synth\u00e8se des arts, v\u00e9ritable objectif du groupe Espace 7. L\u2019urgence est d\u2019\u00eatre visible en participant \u00e0 des expositions et \u00e0 des festivals, de sensibiliser la population et les pouvoirs publics \u00e0 l\u2019art de leur temps par l\u2019action concr\u00e8te, seul moyen de convaincre les ma\u00eetres d\u2019\u0153uvre et les ma\u00eetres d\u2019ouvrage du savoir-faire du groupe. La d\u00e9monstration biotoise dans un contexte de plein air n\u2019est donc pas incongrue. Elle prolonge les exp\u00e9riences anglo-saxonnes d\u2019art total dans les parcs et les cit\u00e9s-jardins telles qu\u2019initi\u00e9es par le mouvement Arts and Crafts et la Wiener Werkst\u00e4tte. Sous le soleil du Midi, l\u2019interaction des mat\u00e9riaux avec l\u2019environnement v\u00e9g\u00e9tal et min\u00e9ral permet d\u2019explorer la relativit\u00e9 des perceptions 8. Comme Henri Matisse et Paul Nelson, L\u00e9ger est convaincu de l\u2019effet th\u00e9rapeutique de la couleur qui apporte de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 l\u2019homme fatigu\u00e9 et apaise l\u2019homme stress\u00e9. Selon Pierre Gu\u00e9guen, certaines propositions non sp\u00e9cifiquement con\u00e7ues pour le site biotois perdent en efficacit\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019autres, plus modestes dans leur production mais adapt\u00e9es au biotope local, tel l\u2019\u00e9cran en canisse peint de Jean Leppien. Loin des lieux institutionnels, l\u2019exposition du groupe Espace propose ainsi une approche ph\u00e9nom\u00e9nologique de l\u2019\u0153uvre d\u2019art, au c\u0153ur d\u2019un espace alternatif de pens\u00e9e par l\u2019action 9. Plusieurs artistes exp\u00e9rimentent \u00e0 Biot la rencontre libre avec le plan, le volume et la couleur et jouent de la topographie en terrasse du site et du soleil azur\u00e9en afin d\u2019inventer, sous la houlette du sc\u00e9nographe Andr\u00e9 Bruy\u00e8re, de nouveaux dispositifs de monstration. Avec l\u2019aide de Claude Parent, le peintre br\u00e9silien Cicero Dias recourt ainsi \u00e0 sa formation initiale d\u2019architecte afin de concevoir la maquette d\u2019un mus\u00e9e d\u2019art moderne o\u00f9 les \u0153uvres sont amen\u00e9es m\u00e9caniquement vers les spectateurs, confortablement assis. Comme celles de Nicolaas Warb, Natalia Dumitresco ou d\u2019Alberto Magnelli, les peintures abstraites que plante L\u00e9ger sur des piquets proposent un d\u00e9cor id\u00e9al pour un d\u00e9jeuner sur l\u2019herbe. Au-del\u00e0 de l\u2019aspect bucolique de cette exposition estivale, la probl\u00e9matique li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre d\u2019art est donc au c\u0153ur de la r\u00e9flexion du groupe. Au plus pr\u00e8s du contexte social, il s\u2019agit ainsi pour L\u00e9ger d\u2019imaginer le cadre d\u00e9finitif dans lequel pourraient s\u2019int\u00e9grer ses maquettes.<\/p>\n<p>4<br \/>\nDiss\u00e9min\u00e9es au gr\u00e9 des reliefs du terrain, les \u0153uvres sont r\u00e9alis\u00e9es avec des mat\u00e9riaux con\u00e7us pour tenir en ext\u00e9rieur, tant traditionnels (mosa\u00efque, marbre, pl\u00e2tre, c\u00e9ramique) qu\u2019innovants (plexiglas, dalle de verre, ciment et fibrociment). Prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019architecte-sc\u00e9nographe Andr\u00e9 Bruy\u00e8re sous des abris m\u00e9talliques \u00e9voquant les habitats d\u2019urgence de l\u2019\u00e9poque, sont expos\u00e9s les photographies de Denis Brihat, Claude Ferrand ou d\u2019\u00c9tienne Bertrand Weill et les projets d\u2019architectes tels que Pierre Vago, R\u00e9my Le Caisne, Jean Chemineau, Georges Dedoyard, Claude Parent et Ionel Schein ou Jean Sebag. Le titre de l\u2019exposition est explicite\u00a0: \u00ab\u00a0Architecture Formes Couleur\u00a0\u00bb. Les artistes travaillent isol\u00e9ment ou sollicitent les conseils d\u2019un confr\u00e8re pour leurs r\u00e9alisations, telle la R\u00e9gulation spatiale d\u2019Antoine Fasani qui propose, avec l\u2019aide de Claude Parent, un syst\u00e8me ing\u00e9nieux de cordage maintenant en suspension des panneaux polychromes afin d\u2019am\u00e9nager un espace abrit\u00e9 entre les oliviers. La d\u00e9ambulation invite \u00e0 la rencontre po\u00e9tique avec les formes simples des sculptures de Jean Arp, de Morice Lipsi et d\u2019\u00c9mile Gilioli. D\u2019apr\u00e8s Pierre Gu\u00e9guen, le dialogue des arts n\u2019est pas d\u2019actualit\u00e9 \u00e0 Biot mais celui-ci ne peut manquer de se r\u00e9aliser sous peu. Il annonce ainsi l\u2019organisation d\u2019autres d\u00e9monstrations en 1955 telles l\u2019exposition Bau und Bild. Architektur-Malerei-Plastik au Kunstgewerbemuseum \u00e0 Z\u00fcrich (aujourd\u2019hui Museum f\u00fcr Gestaltung) ou la participation du groupe Espace \u00e0 la premi\u00e8re exposition de l\u2019\u00c9quipement, du B\u00e2timent et des Travaux publics au parc national de Saint-Cloud, devenue depuis le salon Batimat pour l\u2019innovation du b\u00e2timent et de l\u2019architecture 10. Gr\u00e2ce \u00e0 Andr\u00e9 Bloc, son principal m\u00e9diateur, la strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement international du groupe Espace permet la diffusion rapide des projets en faveur de la synth\u00e8se des arts et la cr\u00e9ation de groupes Espace en Grande-Bretagne, Suisse, Italie et Su\u00e8de 11. Outre la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre visible par la population et les pouvoirs publics, la recherche d\u2019un contexte d\u00e9monstratif offrant une rencontre d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e avec l\u2019art est explicit\u00e9e dans un \u00e9ditorial de Bloc o\u00f9 il fustige l\u2019art mercantile qui s\u00e9vit sur la C\u00f4te d\u2019Azur, notamment \u00e0 Vallauris depuis que Picasso y pratique la c\u00e9ramique 12. Propri\u00e9taire de plusieurs parcelles \u00e0 Biot depuis 1935, il y construit une maison dot\u00e9e d\u2019une galerie d\u2019exposition o\u00f9 il pratique la sculpture, en particulier lors de son exil durant la guerre. Le choix de Biot comme terrain d\u2019exp\u00e9rimentation pour le groupe Espace semble ainsi \u00e9vident.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">Fernand L\u00e9ger\u00a0: du tableau de chevalet \u00e0 l\u2019art mural<\/span><\/p>\n<p>5<br \/>\nDans le catalogue de l\u2019exposition de 1954, Fernand L\u00e9ger annonce plusieurs maquettes dont la Fleur qui marche, con\u00e7ue pour l\u2019h\u00f4pital-m\u00e9morial de Saint-L\u00f4, deux peintures sur fibrociment et la peinture Vulcania imagin\u00e9e pour le restaurant de premi\u00e8re classe du paquebot italien de croisi\u00e8re construit par Giancarlo de Carlo. Le mus\u00e9e national Fernand L\u00e9ger poss\u00e8de ces maquettes mais seuls les fibrociments sont visibles dans les reportages publi\u00e9s par le groupe Espace ou dans les archives personnelles de certains artistes. Pourquoi L\u00e9ger, comme neuf autres exposants \u00e0 Biot en 1954 13, utilise-t-il ce mat\u00e9riau courant dans l\u2019industrie du b\u00e2timent mais rare dans la sph\u00e8re esth\u00e9tique\u00a0? Sans ressources financi\u00e8res, l\u2019exposition est pay\u00e9e par les exposants et les insertions publicitaires ainsi qu\u2019un don personnel de l\u2019architecte v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien Carlos Villanueva, \u00e9galement membre du groupe Espace 14. Les artistes ont probablement utilis\u00e9 des mat\u00e9riaux fournis par ces annonceurs telle la soci\u00e9t\u00e9 de fibrociment et des rev\u00eatements Elo situ\u00e9e \u00e0 Poissy 15. Voulant produire un art pour le peuple par l\u2019int\u00e9gration de la couleur dans l\u2019architecture, L\u00e9ger a plut\u00f4t recours \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 des mat\u00e9riaux traditionnels tels la mosa\u00efque, le vitrail ou la c\u00e9ramique. Entre 1950 et son d\u00e9c\u00e8s en 1955, il quitte r\u00e9guli\u00e8rement la r\u00e9gion parisienne pour venir pratiquer la c\u00e9ramique dans l\u2019atelier de Roland Brice, l\u2019un de ses anciens \u00e9l\u00e8ves install\u00e9 depuis 1949 comme artisan dans le village. L\u00e9ger cherche en effet des mat\u00e9riaux capables de dialoguer avec l\u2019architecture afin de r\u00e9-enchanter le cadre de vie moderne. Mettre l\u2019art dans la rue, le sortir des lieux \u00e9litistes, voil\u00e0 son r\u00eave.<\/p>\n<p>6<br \/>\nN\u00e9 dans la campagne normande en 1881, Fernand L\u00e9ger est inspir\u00e9 par l\u2019esth\u00e9tique de la ville d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Paris en 1900. Venu pour suivre une formation d\u2019architecte, il est fascin\u00e9 par l\u2019animation permanente des rues et le contraste des couleurs qui, selon lui, d\u00e9finit le nouvel espace de l\u2019homme moderne. \u00c0 Lisores, en Normandie, il se ressource cependant dans la ferme familiale dont il h\u00e9rite en 1924. Vitesse et lenteur, culture et nature sont les deux moteurs en alternance de sa cr\u00e9ation. Les peintures sur toile de l\u2019artiste, ses \u00e9tudes pour des projets monumentaux d\u00e8s les ann\u00e9es\u00a01920, sa participation \u00e0 la r\u00e9alisation de films et de spectacles, ses conf\u00e9rences et ses \u00e9crits prennent acte d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 occidentale en pleine transformation. Comment le peintre peut-il \u00eatre acteur de son \u00e9poque, agir sur elle tout en s\u2019inspirant de son potentiel de renouvellement\u00a0? Mobilis\u00e9 comme soldat dans le G\u00e9nie durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, il subit alors une double rupture qui marquera toute sa production ult\u00e9rieure\u00a0: humaine et artistique. D\u00e9couvrant l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans les tranch\u00e9es, l\u2019artiste s\u2019interroge sur les conditions d\u2019une r\u00e9ception positive de sa peinture cubo-futuriste. Sans \u00e9ducation artistique, le peuple ne comprend pas l\u2019abstraction. \u00c0 son retour du front, L\u00e9ger lui d\u00e9die donc ses tableaux de chevalet aux compositions figuratives. De nature d\u00e9corative, l\u2019art mural est abstrait via l\u2019agrandissement de fragments figuratifs. L\u00e9ger s\u2019inspire de la notion d\u2019art d\u2019ameublement formul\u00e9e par \u00c9rik Satie en prenant pour exemple la musique d\u2019ascenseur 16.<\/p>\n<p>7<br \/>\nAvant d\u2019adh\u00e9rer au groupe Espace, Fernand L\u00e9ger participe \u00e0 plusieurs mouvements et \u00e9v\u00e9nements pr\u00f4nant le dialogue des arts\u00a0: Cercle et Carr\u00e9 (1929), Abstraction-Cr\u00e9ation (1931), Union des artistes modernes (1929-1958) incluant sa participation \u00e0 l\u2019Exposition universelle de Bruxelles en 1935 pour l\u2019am\u00e9nagement d\u2019un appartement de jeune homme, L\u2019Union pour l\u2019art fond\u00e9e en 1936 par Andr\u00e9 Bloc, le projet avort\u00e9 en 1950 avec Andr\u00e9 Bloc, Henri Matisse et Le\u00a0Corbusier pour l\u2019organisation d\u2019un lieu d\u2019exposition porte Maillot \u00e0 Paris, port\u00e9 par l\u2019Association pour la synth\u00e8se des arts majeurs, la IXe Triennale de Milan en 1951 avec une d\u00e9coration monumentale destin\u00e9e \u00e0 la section fran\u00e7aise coordonn\u00e9e par Charlotte Perriand.<\/p>\n<p>8<br \/>\nL\u00e9ger distingue clairement deux types de production\u00a0: la peinture de chevalet et la peinture murale 17. D\u00e8s 1920, il noue des relations \u00e9troites avec de nombreux architectes du Mouvement moderne tel Le Corbusier et sa revue L\u2019Esprit Nouveau. Dans le cadre de l\u2019Exposition internationale des Arts d\u00e9coratifs et industriels modernes \u00e0 Paris (1925), Charles-\u00c9douard Jeanneret l\u2019invite ainsi \u00e0 exposer une peinture dans son pavillon de l\u2019Esprit nouveau. Robert Mallet-Stevens propose \u00e9galement \u00e0 L\u00e9ger d\u2019exposer une composition abstraite influenc\u00e9e par De\u00a0Stijl (s\u00e9rie des peintures \u00e9lastiques) afin de d\u00e9corer le projet d\u2019un hall pour une ambassade fran\u00e7aise. Ces rencontres avec des ma\u00eetres d\u2019\u0153uvre modernistes d\u00e9bouchent sur les \u00e9tudes monumentales des ann\u00e9es\u00a01950 destin\u00e9es \u00e0 des \u00e9difices tant civils (h\u00f4pital \u00e0 Saint-L\u00f4, usine \u00e0 Alfortville, stade \u00e0 Hanovre, universit\u00e9 \u00e0 Caracas, ONU \u00e0 New York) que religieux (\u00e9glises \u00e0 Assy, Audincourt et Courfaivre, m\u00e9morial \u00e0 Bastogne). Fernand L\u00e9ger collabore avec des architectes aussi novateurs que Paul Nelson, Wallace Harrison, Andr\u00e9 Bruy\u00e8re ou Maurice Novarina. Il partage la vision de son ami Sigfried Giedion, historien suisse de l\u2019architecture et membre fondateur en 1928 des Congr\u00e8s internationaux d\u2019architecture moderne (CIAM), qui revendique une histoire du d\u00e9veloppement scientifique et technique de la soci\u00e9t\u00e9 en association \u00e9troite avec l\u2019art et l\u2019architecture.\u00a0Lors du 4e\u00a0CIAM (1933) \u00e0 bord du paquebot Patris\u00a0II qui vogue vers Ath\u00e8nes, L\u00e9ger donne une conf\u00e9rence c\u00e9l\u00e8bre o\u00f9 il met en garde ses amis architectes contre la tentation de travailler seuls\u00a0: Vous avez cr\u00e9\u00e9 un fait architectural absolument nouveau. Mais au point de vue urbain-social, vous avez exag\u00e9r\u00e9 par exc\u00e8s de vitesse. Si vous voulez faire de l\u2019urbanisme, je crois qu\u2019il faut oublier que vous \u00eates des artistes. Vous devenez des \u00ab\u00a0sociaux\u00a0\u00bb. Vous \u00eates condamn\u00e9s \u00e0 traiter avec des \u00ab\u00a0moyennes\u00a0\u00bb et \u00e0 en tenir compte. [\u2026]. Il y a des quantit\u00e9s \u00ab\u00a0essentielles\u00a0\u00bb auxquelles l\u2019homme moyen est toujours fix\u00e9 et exigeant. Si vous les d\u00e9truisez, il faut les remplacer. Le probl\u00e8me est essentiellement humain.<\/p>\n<p>9<br \/>\nDurant leur exil am\u00e9ricain, Jos\u00e9-Luis Sert, Fernand L\u00e9ger et Sigfried Giedion publient en 1943, Neuf points sur la monumentalit\u00e9 18 o\u00f9 ils affirment leur volont\u00e9 de d\u00e9passer la fonctionnalit\u00e9 de l\u2019architecture et le zonage \u00e9rig\u00e9s en dogme par la charte d\u2019Ath\u00e8nes publi\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e. Ils revendiquent un urbanisme qui associe la comp\u00e9tence des ing\u00e9nieurs, des architectes et des plasticiens au service du bien-\u00eatre des habitants en tenant compte de leurs besoins tant physiologiques que psycho-sociaux et \u00e9motionnels. Dans sa pr\u00e9face \u00ab\u00a0Int\u00e9gration des arts plastiques dans la vie\u00a0\u00bb publi\u00e9e dans le catalogue de l\u2019exposition du groupe Espace \u00e0 Biot, Andr\u00e9 Bloc prolonge cette relecture critique des th\u00e9ories modernistes en pr\u00f4nant l\u2019urgence d\u2019un passage \u00e0 l\u2019acte\u00a0: \u00ab\u00a0Nous demandons actuellement aux Pouvoirs publics et tous les constructeurs de bien vouloir faciliter la collaboration des artistes et des architectes d\u00e8s les \u00e9tudes des avant-projets\u00a0\u00bb 19.<\/p>\n<p>10<br \/>\nConsid\u00e9r\u00e9 comme un chantre de la machine dans les ann\u00e9es\u00a01910 et 1920, Fernand L\u00e9ger incarne pourtant entre les ann\u00e9es\u00a01930 \u00e0 1950 un humanisme plein de bon sens, fascin\u00e9 par le progr\u00e8s et la vitesse mais r\u00eavant parall\u00e8lement de revenir au temps des cath\u00e9drales o\u00f9 les artistes et les artisans collaboraient \u00e0 des \u00e9difices d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral sous la direction d\u2019un architecte 20. Dans son livre illustr\u00e9 Cirque \u00e9dit\u00e9 par T\u00e9riade en 1950, il prend acte de l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019homme par la machine r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par les deux r\u00e9cents conflits mondiaux. Il y pr\u00f4ne avant l\u2019heure un d\u00e9veloppement durable de la soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9 sur une relation apais\u00e9e entre l\u2019homme et la Nature. Cette prise de position permet de mieux comprendre sa production de c\u00e9ramique dans un village \u00e9pargn\u00e9 par l\u2019activit\u00e9 touristique qui se d\u00e9veloppe sur la C\u00f4te d\u2019Azur. Apr\u00e8s la guerre, d\u2019autres artistes s\u2019installent comme lui \u00e0 Biot tels Denis Brihat, Michel Chauvet, Serge et Dominique Angel ou Jean M\u00e9gard.<\/p>\n<p>11<br \/>\nEntre tradition et innovation, c\u2019est en constructeur que Fernand L\u00e9ger \u00e9labore ainsi son esth\u00e9tique humaniste au service du peuple, rendue c\u00e9l\u00e8bre par des \u0153uvres exceptionnelles comme la mosa\u00efque des litanies de la Vierge pour la fa\u00e7ade de l\u2019\u00e9glise Notre-Dame-de-Toute-Gr\u00e2ce au plateau d\u2019Assy en Haute-Savoie (1950) ou la peinture monumentale Le Transport des forces command\u00e9e en 1937 par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais pour l\u2019Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne \u00e0 Paris. \u00c0 sa grande d\u00e9ception, l\u2019artiste concr\u00e9tise malgr\u00e9 tout peu de projets, la plupart n\u2019ayant abouti qu\u2019apr\u00e8s son retour d\u2019exil am\u00e9ricain en 1945 21.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #339966;\">Une r\u00e9ception rat\u00e9e ou l\u2019\u00e9mergence d\u2019une h\u00e9t\u00e9rotopie biotoise\u00a0?<\/span><\/p>\n<p>12<br \/>\nLa conf\u00e9rence de presse qui se tint \u00e0 Nice le 9\u00a0juillet 1954 au magasin de design \u00c9quipement fonctionnel pour l\u2019habitation et l\u2019ameublement (EFHA) n\u2019eut qu\u2019un faible \u00e9cho dans les m\u00e9dias. Localement, toute trace semble en avoir disparu. Le lieu de l\u2019exposition a laiss\u00e9 place en 1965 \u00e0 un immeuble d\u2019habitat social, le bien-nomm\u00e9 Les Oliviers. Rares sont les exposants du groupe Espace qui incluent cet \u00e9v\u00e9nement dans leur biographie. En raison de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des univers esth\u00e9tiques r\u00e9unis au sein des cent cinquante membres, l\u2019association conna\u00eet une grave crise \u00e0 partir de 1956 avec la d\u00e9mission des n\u00e9o-plasticiens Jean Gorin, Servanes et Georges Folmer. D\u00e8s sa cr\u00e9ation en 1961, l\u2019association Mesure milite pour une d\u00e9finition plus stricte de la synth\u00e8se des arts et rejette toute int\u00e9gration d\u00e9corative dans l\u2019architecture, dans le respect de l\u2019esth\u00e9tique abstraite th\u00e9oris\u00e9e par Mondrian et Del Marle 22. Lass\u00e9 des dissensions entre membres, Andr\u00e9 Bloc c\u00e8de la pr\u00e9sidence au peintre Georges Breuil en 1956. Son d\u00e9c\u00e8s accidentel en 1966 sonne le glas d\u00e9finitif du groupe Espace.<\/p>\n<p>13<br \/>\nEn ce qui concerne Fernand L\u00e9ger, certains indices laissent appara\u00eetre des influences sur sa pratique. Quinze jours avant son d\u00e9c\u00e8s survenu le 17\u00a0ao\u00fbt 1955, le peintre ach\u00e8te un ancien terrain agricole sur la colline qui fait face \u00e0 celle o\u00f9 eut lieu l\u2019exposition du groupe Espace. Comme lors de l\u2019exposition \u00ab\u00a0Architecture Formes Couleur\u00a0\u00bb, il souhaite y installer ses \u0153uvres en dialogue avec la nature m\u00e9diterran\u00e9enne. L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, il avait r\u00e9alis\u00e9 une maquette de sculpture habitable destin\u00e9e aux enfants. Construite post-mortem, lors de l\u2019\u00e9dification du mus\u00e9e L\u00e9ger \u00e0 Biot par la famille du peintre, le Jardin d\u2019enfants est une pataugeoire en c\u00e9ramique color\u00e9e de 7\u00a0m\u00e8tres de haut, tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e du jeune public. S\u2019inspire-t-elle des archi-sculptures d\u2019Andr\u00e9 Bloc et d\u2019Alain Le Breton expos\u00e9es route de Valbonne en 1954, \u00e0 la fois peintures et sculptures, fonctionnelles et po\u00e9tiques\u00a0?<\/p>\n<p>14<br \/>\n\u00c0 la fin de sa vie, L\u00e9ger poursuit sa qu\u00eate d\u2019un \u00ab\u00a0\u00e9tat de collaboration\u00a0\u00bb entre artistes et architectes. Comme Andr\u00e9 Bloc, il r\u00eave d\u2019un renouvellement de la cr\u00e9ation contemporaine\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 Bloc \u00e9voque \u00ab\u00a0la pr\u00e9sence fondamentale de la plastique\u00a0\u00bb par la sculpture monumentale, L\u00e9ger privil\u00e9gie la couleur comme axe de collaboration afin de g\u00e9n\u00e9rer un nouveau rapport \u00e0 l\u2019espace. Sa th\u00e9orie li\u00e9e au contraste color\u00e9 est cependant mal accept\u00e9e par les ma\u00eetres d\u2019ouvrage et les ma\u00eetres d\u2019\u0153uvre. En raison de son d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9, plusieurs projets monumentaux furent r\u00e9alis\u00e9s post-mortem par sa veuve Nadia et Georges Bauquier, ami et assistant de l\u2019artiste, tels le projet d\u00e9coratif pour le nouveau stade de Hanovre r\u00e9alis\u00e9 in fine au mus\u00e9e L\u00e9ger \u00e0 Biot ou le pignon de mur d\u00e9corant le b\u00e2timent administratif de Gaz de France \u00e0 Alfortville.<\/p>\n<p>15<br \/>\nParadoxalement, ses plus belles r\u00e9ussites s\u2019incarnent dans les commandes sacr\u00e9es et non civiles. Le mus\u00e9e qui lui rend hommage depuis 1960 est situ\u00e9 \u00e0 Biot. La pose de la premi\u00e8re pierre eut lieu trois ans seulement apr\u00e8s l\u2019exposition du groupe Espace. Ce dialogue entre l\u2019art moderne et la nature, dans un contexte social situ\u00e9 hors des grandes agglom\u00e9rations, est un prolongement de l\u2019utopie que constituait \u00ab\u00a0Architecture Formes Couleur\u00a0\u00bb en 1954, moins de dix ans apr\u00e8s la guerre. Si L\u00e9ger n\u2019a pu r\u00e9aliser pleinement son r\u00eave de synth\u00e8se des arts, il est toujours rest\u00e9 confiant quant au moyen d\u2019y parvenir. La cr\u00e9ation \u00e9tant un chemin et non une fin, il a milit\u00e9 au quotidien au plus pr\u00e8s des habitants \u2013 tels ceux de Biot \u2013 car \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre d\u2019art a besoin d\u2019un climat temp\u00e9r\u00e9 pour se r\u00e9aliser pleinement\u00a0\u00bb 23.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p>1 &#8211; Paru en mai-juin 1954, le num\u00e9ro\u00a04-5 d\u2019Art d\u2019aujourd\u2019hui est un hors-s\u00e9rie d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la synth\u00e8se des arts.<\/p>\n<p>2 &#8211; \u00ab\u00a0Manifeste du Groupe Espace\u00a0\u00bb. L\u2019Architecture d\u2019Aujourd\u2019hui, no\u00a037, octobre\u00a01951. Il fut publi\u00e9 simultan\u00e9ment dans Art d\u2019Aujourd\u2019hui, n\u00b08, octobre\u00a01951 et placard\u00e9 dans les rues de Paris.<\/p>\n<p>3 &#8211; Pr\u00e9sident d\u2019honneur\u00a0: Eug\u00e8ne Claudius-Petit, ministre du Travail et ancien ministre de la Reconstruction et de l\u2019Urbanisme\u00a0; pr\u00e9sident actif\u00a0: Andr\u00e9 Bloc\u00a0; vice-pr\u00e9sidents\u00a0: Paul Herb\u00e9, Bernard Zehrfuss, Fernand L\u00e9ger\u00a0; secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: Sonia Delaunay\u00a0; tr\u00e9sorier\u00a0: Bernard Lafaille\u00a0; d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e0 la propagande\u00a0: Luc Ars\u00e8ne-Henry et Edgar Pillet\u00a0; secr\u00e9taire\u00a0: Ren\u00e9e Diamant-Berger. Voir Architecture Formes Couleur. Cat. exp. Paris\u00a0: groupe Espace, 1954, p.\u00a07.<\/p>\n<p>4 &#8211; Andr\u00e9 Bloc (1896 Alger-1966 New Delhi). Ing\u00e9nieur, sculpteur, peintre, directeur des revues L\u2019Architecture d\u2019aujourd\u2019hui (\u00e0 partir de 1930), Art d\u2019aujourd\u2019hui (1949-1954) et Aujourd\u2019hui, art et architecture (1955-1967). Habitant plusieurs maisons (Biot, Cap d\u2019Antibes, lac de Garde, Meudon, Carboneras) con\u00e7ues avec l\u2019aide d\u2019architectes tels que Claude Parent ou Vittoriano Vigano.<\/p>\n<p>5 &#8211; F\u00e9lix Del Marle (1889 Pont-sur-Sambre-1952 B\u00e9con-les-Bruy\u00e8res). Peintre et th\u00e9oricien abstrait. Il participe \u00e0 la cr\u00e9ation du Salon des r\u00e9alit\u00e9s nouvelles et m\u00eale \u00e0 la rigueur du n\u00e9o-plasticisme de Mondrian un constructivisme plus lyrique. \u00c0 partir de 1949, il r\u00e9alise ses premi\u00e8res constructions motiv\u00e9es par l\u2019application concr\u00e8te de la synth\u00e8se des arts via l\u2019int\u00e9gration de la couleur dans l\u2019architecture. Il r\u00e9unit des artistes au caf\u00e9 de la Boule-blanche \u00e0 Paris avant de fonder en 1951 le groupe Espace avec Bloc. Assist\u00e9 de Servanes et en collaboration avec Bernard Zehrfuss, il con\u00e7oit un projet de polychromie fonctionnelle pour l\u2019usine Renault et la cit\u00e9 ouvri\u00e8re de Flins. Sa mort pr\u00e9coce et le refus partiel du directeur de l\u2019usine concernant son projet de colorim\u00e9trie ne permettent pas l\u2019application int\u00e9grale de sa th\u00e9orie n\u00e9o-plasticienne.<\/p>\n<p>6 &#8211; D\u00e9compte effectu\u00e9 \u00e0 partir de la liste publi\u00e9e dans le catalogue de 1954 (Op. cit.). Dans ses revues, le groupe Espace mentionne la pr\u00e9sence de quatre-vingts exposants. Visibles sur les archives photographiques retrouv\u00e9es lors de nos recherches, certaines \u0153uvres ne figurent pas parmi cette liste. C\u2019est le cas par exemple du peintre danois Sven Hauptmann qui expose un mobile color\u00e9 (il n\u2019est pourtant ni membre ni invit\u00e9 list\u00e9) ou le sculpteur Nicolas Sch\u00f6ffer qui expose, outre une sculpture de 2,30\u00a0m\u00e8tres figurant bien au catalogue, une tour spatiodynamique de 24\u00a0m\u00e8tres de haut (non list\u00e9e) gr\u00e2ce au partenariat avec l\u2019entreprise d\u2019\u00e9chafaudage Mills.<\/p>\n<p>7 &#8211; GUEGUEN, Pierre. \u00ab\u00a0Une d\u00e9monstration du groupe Espace\u00a0: l\u2019exposition Architecture Formes Couleur \u00e0 Biot (C\u00f4te d\u2019Azur)\u00a0\u00bb. Art d\u2019aujourd\u2019hui, n\u00b06, s\u00e9rie\u00a05, septembre\u00a01954, p.\u00a018-21.<\/p>\n<p>8 &#8211; Un parall\u00e8le existe avec la philosophie de l\u2019exp\u00e9rience mise en exergue par le pragmaticien am\u00e9ricain John Dewey dans son ouvrage Art as Experience paru en 1934. Ses recherches sur l\u2019esth\u00e9tique ont nourri la p\u00e9dagogie exp\u00e9rimentale du Black Mountain College \u00e0 Asheville (Caroline du Nord) o\u00f9 des artistes de l\u2019avant-garde europ\u00e9enne en exil durant la Seconde Guerre mondiale (dont Fernand L\u00e9ger) donn\u00e8rent des conf\u00e9rences.<\/p>\n<p>9 &#8211; Selon \u00c9ric Mangion, \u00ab\u00a0il ne faut pas oublier la sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019une r\u00e9gion b\u00e9nie par son environnement climatique et paysager qui a certainement pouss\u00e9 les artistes \u00e0 occuper de nombreux territoires, quelles que soient les saisons. L\u2019art-action dans cette r\u00e9gion ne se contente pas de lieux alternatifs ou d\u2019ateliers d\u2019artistes, de mus\u00e9es ou de galeries, mais envahit carr\u00e9ment l\u2019espace urbain, rural ou c\u00f4tier\u00a0\u00bb (MANGION, \u00c9ric (dir.). \u00c0 la vie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e\u00a0! Une histoire de la performance sur la C\u00f4te d\u2019Azur de 1951 \u00e0 2011. Cat. exp., Nice, villa Arson, 1er\u00a0juillet-28\u00a0octobre 2012. Nice\/Saint-Laurent-du-Var\u00a0: villa Arson\/La Strada, 2012, p.\u00a08).<\/p>\n<p>10 &#8211; \u00c0 Saint-Cloud, plusieurs \u0153uvres de l\u2019exposition biotoise sont de nouveau expos\u00e9es en plein air sous les arbres telles les peintures sur fibrociment de Fernand L\u00e9ger et d\u2019Alberto Magnelli, visibles dans le reportage publi\u00e9 par Aujourd\u2019hui art et architecture, n\u00b04, septembre\u00a01955, p.\u00a019.<\/p>\n<p>11 &#8211; Liste des groupes Espace \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00a0: voir Architecture Formes Couleur. Op.\u00a0cit., p.\u00a06.<\/p>\n<p>12 &#8211; BLOC, Andr\u00e9. \u00ab\u00a0Peut-on le dire\u00a0?\u00a0\u00bb. Art d\u2019aujourd\u2019hui, s\u00e9rie\u00a02, n\u00b08, octobre\u00a01951, p.\u00a01.<\/p>\n<p>13 &#8211; Liste des peintres ayant utilis\u00e9 du fibrociment \u00e0 Biot\u00a0: \u00c9tienne B\u00e9othy, Natalia Dumitresco, Alexandre Istrati, Joseph Jarema, Edgar Pillet, Paul \u00c9tienne-Sarissson, Marie Sperling, Nicolaas Warb, Jean Weinbaum, Fernand L\u00e9ger. Voir Architecture Formes Couleur. Op. cit., p.\u00a018-19.<\/p>\n<p>14 &#8211; MARANTZ, \u00c9l\u00e9onore. \u00ab\u00a0La cit\u00e9 universitaire de Caracas, un id\u00e9al impossible pour le Groupe Espace\u00a0?\u00a0\u00bb. Dans GAY, Diana (dir.). L\u2019\u00e9t\u00e9\u00a054 \u00e0 Biot. Architecture, Formes, couleur. Paris\u00a0: RMN, 2016, p.\u00a092-95.<\/p>\n<p>15 &#8211; Les peintures sur fibrociment expos\u00e9es durant l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a01954 sont d\u2019un m\u00eame format (250\u00a0x\u00a0120\u00a0cm ou 120\u00a0x\u00a0250\u00a0cm), laissant supposer une m\u00eame source d\u2019approvisionnement. Une \u00e9tude men\u00e9e par Alain Colombini sur le fibrociment dans l\u2019art du xxe\u00a0si\u00e8cle est en cours au Centre interdisciplinaire de restauration et de conservation du patrimoine (CICRP) \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>16 &#8211; L\u00c9GER, Fernand. Fonctions de la peinture [1937]. \u00c9d. Sylvie Forestier. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio. Essais\u00a0\u00bb, 1997 (r\u00e9\u00e9d. 2009), \u00ab\u00a0Couleur dans le monde\u00a0\u00bb, p.\u00a0213.<\/p>\n<p>17 &#8211; Ibid. \u00ab\u00a0Peinture murale et peinture de chevalet\u00a0\u00bb, p.\u00a0277.<\/p>\n<p>18 &#8211; Jos\u00e9-Luis Sert, Fernand L\u00e9ger et Sigfried Giedion, \u00abNine points on Monumentality\u00bb (1943) (GIEDION, Sigfried. Architecture et vie collective. Paris\u00a0: Deno\u00ebl-Gonthier, 1980, p.\u00a061-62).<\/p>\n<p>19 &#8211; BLOC, Andr\u00e9. \u00ab\u00a0Int\u00e9gration des arts plastiques dans la vie\u00a0\u00bb. Dans Architecture Formes Couleur. Op. cit., p.\u00a04-5.<\/p>\n<p>20 &#8211; L\u00c9GER, Fernand. Op. cit. \u00ab\u00a0La couleur dans l\u2019architecture\u00a0\u00bb (1954), p.\u00a0295-303. Ce texte reprend une intervention de l\u2019artiste prononc\u00e9e en mai\u00a01954 lors du colloque \u00ab\u00a0Probl\u00e8mes de la couleur\u00a0\u00bb au Centre de recherches de psychologie comparative \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>21 &#8211; CINQUALBRE, Olivier. \u00ab\u00a0Un rendez-vous \u00e0 jamais report\u00e9. L\u00e9ger et l\u2019architecture\u00a0\u00bb. Dans DEROUET, Christian (dir.). Fernand L\u00e9ger. Cat. exp., Paris, Centre Georges Pompidou, 29\u00a0mai-29\u00a0septembre 1997. Paris\u00a0: Centre Georges-Pompidou, 1997, p.\u00a0258-262.<\/p>\n<p>22 &#8211; ORGEVAL, Domitille d\u2019. \u00ab\u00a0Groupe Espace. Groupe Mesure. Une histoire de la synth\u00e8se des arts dans la France des ann\u00e9es\u00a01950 et 1960\u00a0\u00bb. Dans Groupe Espace, groupe Mesure. L\u2019esth\u00e9tique constructiviste de 1951 \u00e0 1970, une aventure du xxe\u00a0si\u00e8cle. Paris\u00a0: galerie Drouart, 2009, p.\u00a012-45.<\/p>\n<p>23 &#8211; L\u00c9GER, Fernand. Op. cit. \u00ab\u00a0Couleur dans le monde\u00a0\u00bb (1937), p.\u00a0221.<\/p>\n<ul>\n<li>Diana Gay, Conservatrice du patrimoine au Mus\u00e9e national Fernand L\u00e9ger, Biot (Alpes-Maritimes). D\u00e9sormais conseill\u00e8re Mus\u00e9es \u00e0 la DRAC Centre-Val de Loire<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article de Diana Gay *, \u00ab\u00a0Fernand L\u00e9ger et le groupe Espace \u00e0 Biot. Un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation pour une modernit\u00e9 critique\u00a0\u00bb est publi\u00e9 sur le site\u00a0In Situ, revue des patrimoines, 32\u00a0|\u00a02017, et t\u00e9l\u00e9chargeable en format PDF \u00e0 l\u2019adresse&nbsp;: http:\/\/journals.openedition.org\/insitu\/14660. 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