{"id":4904,"date":"2018-06-23T16:38:11","date_gmt":"2018-06-23T15:38:11","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=4904"},"modified":"2018-06-24T12:28:30","modified_gmt":"2018-06-24T11:28:30","slug":"philippe-descola-lanthropisation-et-lanthropocene-sont-des-choses-bien-differentes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=4904","title":{"rendered":"Philippe Descola. l\u2019anthropisation et l\u2019anthropoc\u00e8ne sont des choses bien diff\u00e9rentes"},"content":{"rendered":"<p>Article paru dans la Revue <i>Esprit<\/i>, d\u00e9cembre 2015, sous le titre \u00ab\u00a0Humain, trop humain\u00a0\u00bb*<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Notre rapport \u00e0 la nature a atteint un point de rupture qui requiert une mani\u00e8re responsable d\u2019habiter la Terre. L\u2019anthropologie peut nous apprendre \u00e0 consid\u00e9rer les milieux de vie comme titulaires de droits, dont les hommes ne seraient que les mandataires, et \u00e0 leur accorder une repr\u00e9sentation politique.<\/span><\/p>\n<p>Dans une lettre \u00e0 Schiller, Alexandre de Humboldt d\u00e9finissait l\u2019objet de sa recherche comme l\u2019\u00e9tude de \u00ab\u00a0l\u2019habitabilit\u00e9 progressive de la surface du globe\u00a0\u00bb, qu\u2019il entendait comme la fa\u00e7on dont les humains avaient peu \u00e0 peu transform\u00e9 leurs environnements pour les plier \u00e0 leurs usages et former des \u00e9cosyst\u00e8mes au sein desquels ils \u00e9taient devenus des forces d\u00e9cisives (1). S\u2019il voyait la Terre comme un grand organisme vivant o\u00f9 tout est connect\u00e9, anticipant ainsi l\u2019hypoth\u00e8se Ga\u00efa de Lovelock, il \u00e9tait clair aussi pour lui que les hommes \u00e9taient partie prenante de cet organisme et que, de ce fait, l\u2019histoire naturelle de l\u2019homme \u00e9tait ins\u00e9parable de l\u2019histoire humaine de la nature.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Pourtant, deux si\u00e8cles plus tard, la question qui se pose avec urgence est\u00a0: comment avons-nous enclench\u00e9 un processus qui va rendre la Terre, non pas de plus en plus, mais de moins en moins habitable, et comment faire pour enrayer ce mouvement\u00a0? Que s\u2019est-il pass\u00e9 entre le constat optimiste de Humboldt que toutes les forces de la nature \u2013 dont les humains \u2013 sont entrelac\u00e9es et l\u2019\u00e9vidence de plus en plus manifeste que ce qui ne s\u2019appelait pas encore \u00e0 son \u00e9poque l\u2019anthropoc\u00e8ne est devenu le sympt\u00f4me et le symbole d\u2019un terrible \u00e9chec de l\u2019humanit\u00e9\u00a0?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un seuil critique<\/p>\n<p>Il s\u2019est pass\u00e9 au moins deux choses\u00a0: d\u2019abord que l\u2019anthropisation de la Terre qu\u2019observait d\u00e9j\u00e0 Humboldt a atteint un seuil critique dans des domaines qu\u2019il n\u2019avait pas pr\u00e9vus \u2013 le r\u00e9chauffement global, l\u2019\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9, l\u2019acidification des oc\u00e9ans et la pollution des eaux, des airs et des sols. Il est m\u00eame possible de consid\u00e9rer les activit\u00e9s humaines r\u00e9centes dans le domaine biologique comme \u00e9tant devenues la pression de s\u00e9lection dominante\u00a0: des produits nouveaux comme les antibiotiques, les pesticides et les Ogm se conjuguent \u00e0 la diss\u00e9mination de nouvelles esp\u00e8ces dans de nouveaux habitats, \u00e0 la circulation d\u2019agents pathog\u00e8nes aptes \u00e0 sauter les barri\u00e8res d\u2019esp\u00e8ces, \u00e0 la monoculture intensive et aux effets s\u00e9lectifs des temp\u00e9ratures plus \u00e9lev\u00e9es de l\u2019atmosph\u00e8re et des oc\u00e9ans pour alt\u00e9rer les processus \u00e9volutifs\u00a0; comme l\u2019\u00e9crit le sp\u00e9cialiste d\u2019\u00e9cologie marine <span style=\"color: #008080;\">Stephen Palumbi, \u00ab\u00a0les humains sont [maintenant] la plus grande force \u00e9volutionnaire sur la Terre (2) \u00bb. <\/span><\/p>\n<p>La seconde diff\u00e9rence par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Humboldt, lui-m\u00eame pourtant un pr\u00e9coce critique des ravages du colonialisme ib\u00e9rique, c\u2019est qu\u2019une petite partie de l\u2019humanit\u00e9 s\u2019est entre-temps appropri\u00e9e la Terre et l\u2019a d\u00e9vast\u00e9e pour assurer ce qu\u2019elle d\u00e9finit comme son bien-\u00eatre, au d\u00e9triment d\u2019une multitude d\u2019autres humains et de non-humains qui payent chaque jour les cons\u00e9quences de cette rapacit\u00e9.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Ce n\u2019est donc pas l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019anthropoc\u00e8ne, c\u2019est un syst\u00e8me, un mode de vie, une id\u00e9ologie, une mani\u00e8re de donner sens au monde et aux choses dont la s\u00e9duction n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre et dont il faut comprendre les particularit\u00e9s si l\u2019on veut en finir avec lui et tenter ainsi de d\u00e9fl\u00e9chir certaines de ses cons\u00e9quences les plus dramatiques (3).<\/span><\/p>\n<p>Il faut revenir un moment sur ces deux \u00e9v\u00e9nements multis\u00e9culaires \u2013 c\u2019est la dur\u00e9e d\u2019un clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des temps g\u00e9ologiques \u2013 avant d\u2019envisager les r\u00e9formes de nos mani\u00e8res de penser qui pourraient conduire \u00e0 de nouvelles mani\u00e8res d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">En quoi consiste cette nouvelle \u00e9tape de l\u2019histoire de la Terre que l\u2019on a pris coutume d\u2019appeler anthropoc\u00e8ne\u00a0? <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Qu\u2019a-t-elle de nouveau par rapport au mouvement continu d\u2019anthropisation de la plan\u00e8te dont les effets sont visibles d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019Holoc\u00e8ne\u00a0? <\/span><\/p>\n<p>Car on sait \u00e0 pr\u00e9sent que m\u00eame les \u00e9cosyst\u00e8mes des r\u00e9gions qui paraissaient avoir \u00e9t\u00e9 peu affect\u00e9es par l\u2019action humaine avant la colonisation europ\u00e9enne, comme l\u2019Amazonie ou l\u2019Australie, ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es en profondeur au cours des dix derniers mill\u00e9naires par les techniques d\u2019usage du milieu, en particulier l\u2019horticulture itin\u00e9rante sur br\u00fblis, la sylviculture et les feux de brousse s\u00e9lectifs et, quelques mill\u00e9naires auparavant, par cet \u00e9v\u00e9nement majeur que fut l\u2019extinction de la m\u00e9gafaune du Pl\u00e9istoc\u00e8ne dont l\u2019ampleur fut consid\u00e9rable en Australie et dans les Am\u00e9riques \u00e0 la suite de l\u2019arriv\u00e9e des premiers occupants humains (4).<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Pourtant, au sein de ce mouvement continu d\u2019anthropisation qui a affect\u00e9 de nombreuses dimensions des \u00e9cosyst\u00e8mes, notamment la densit\u00e9 et la distribution des esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales, l\u2019anthropoc\u00e8ne se distingue au premier chef par les implications de l\u2019action humaine sur le climat et par l\u2019effet en retour de celui-ci sur les conditions de vie sur la Terre. Tout indique en effet que nous sommes au bord d\u2019une rupture majeure du syst\u00e8me de fonctionnement de la Terre dont les cons\u00e9quences peuvent \u00eatre envisag\u00e9es \u00e0 grands traits au niveau global sans que l\u2019on sache encore tr\u00e8s bien comment elles vont se traduire localement dans l\u2019in\u00e9vitable bouleversement des modes d\u2019existence qu\u2019elles vont engendrer.<\/span><\/p>\n<p>Si les sciences sociales ont un r\u00f4le \u00e0 jouer dans cette \u00e8re qui s\u2019ouvre, \u00e0 la fois comme outil d\u2019analyse et comme r\u00e9flexion sur des futurs diff\u00e9rents, c\u2019est qu\u2019elles sont capables de jouer sur diff\u00e9rentes \u00e9chelles de temps et d\u2019espace afin de saisir toute la gamme des transformations qui va affecter, quand cela n\u2019a pas d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, en diff\u00e9rents lieux et pour diff\u00e9rents collectifs d\u2019humains et de non-humains, les mani\u00e8res d\u2019habiter la Terre. Ces jeux d\u2019\u00e9chelle se donnent \u00e0 voir dans l\u2019amplitude des \u00e9carts entre les diverses d\u00e9finitions de l\u2019anthropoc\u00e8ne en fonction des dates qui sont propos\u00e9es pour le d\u00e9but de cette p\u00e9riode g\u00e9ologique.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Je dois d\u2019abord reconna\u00eetre que j\u2019ai mis longtemps \u00e0 percevoir le caract\u00e8re catastrophique, au sens litt\u00e9ral du terme, que pr\u00e9sentait le changement de r\u00e9gime climatique et \u00e0 mesurer la diff\u00e9rence de nature qui existait entre l\u2019anthropisation continue de la plan\u00e8te depuis bien avant l\u2019Holoc\u00e8ne et ce que des chercheurs de plus en plus nombreux dans les sciences de la Terre appellent l\u2019anthropoc\u00e8ne. <\/span><\/p>\n<p>J\u2019avais sans doute des excuses \u00e0 cela.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Depuis quarante ans, j\u2019\u00e9tudie en anthropologue les interactions entre humains et non-humains dans des r\u00e9gions du globe qui \u00e9taient pour l\u2019essentiel demeur\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cart des effets directs de la r\u00e9volution industrielle sur les \u00e9cosyst\u00e8mes terrestres et je n\u2019avais donc gu\u00e8re besoin d\u2019\u00eatre convaincu que la plupart des biotopes ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s en profondeur par l\u2019action humaine.<\/span><\/p>\n<p>Pour en revenir \u00e0 un exemple qui a beaucoup retenu mon attention\u00a0: la composition floristique de la for\u00eat amazonienne a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en profondeur au cours des dix derniers mill\u00e9naires par les manipulations v\u00e9g\u00e9tales et les pratiques culturales des Am\u00e9rindiens, avec le r\u00e9sultat que, \u00e0 taux \u00e9gal de diversit\u00e9 d\u2019esp\u00e8ces, les zones affect\u00e9es par l\u2019action humaine pr\u00e9sentent une densit\u00e9 beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e de plantes utiles \u00e0 l\u2019homme que celles o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 peu pr\u00e9sent (5). Il serait donc absurde de raisonner \u2013 ainsi qu\u2019on l\u2019a beaucoup fait \u00e0 une \u00e9poque \u2013 comme si les populations humaines dans cette r\u00e9gion du monde avaient d\u00fb s\u2019adapter, sur les plans social, culturel et technique, \u00e0 des \u00e9cosyst\u00e8mes qui seraient demeur\u00e9s indemnes de toute influence anthropique. Bref, anthroposph\u00e8re, biosph\u00e8re et g\u00e9osph\u00e8re ne m\u2019ont jamais paru s\u00e9par\u00e9es et si j\u2019ai donn\u00e9 le nom \u00ab\u00a0anthropologie de la nature\u00a0\u00bb \u00e0 la chaire que j\u2019occupe au Coll\u00e8ge de France, au grand \u00e9tonnement de quelques-uns, c\u2019est bien parce qu\u2019il m\u2019avait paru n\u00e9cessaire de donner \u00e0 cette conviction un affichage terminologique manifeste.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">J\u2019ai pourtant fini par prendre conscience que l\u2019anthropisation et l\u2019anthropoc\u00e8ne sont des choses bien diff\u00e9rentes<\/span>.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9sulte de ce mouvement de co\u00e9volution des humains et des non-humains, ininterrompu depuis 200\u00a0000 ans, qui a fa\u00e7onn\u00e9 la Terre en alt\u00e9rant les \u00e9cosyst\u00e8mes et leurs conditions de fonctionnement, de fa\u00e7on parfois irr\u00e9versible et avec des effets r\u00e9gionaux non intentionnels \u2013 ainsi en va-t-il, par exemple, de l\u2019incidence de la d\u00e9forestation sur les cycles climatiques locaux ou de l\u2019agriculture intensive sur la structure des sols (que l\u2019on songe au dess\u00e9chement de la for\u00eat ombrophile \u00e0 Born\u00e9o ou au Dust Bowl aux \u00c9tats-Unis).<\/p>\n<p>Tandis que l\u2019anthropoc\u00e8ne d\u00e9signe un effet syst\u00e9mique plus global, auquel les alt\u00e9rations d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes locaux contribuent sans doute pour une part, mais dont le r\u00e9sultat g\u00e9n\u00e9ral est une transformation cumulative et en voie d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du fonctionnement climatique de la Terre, transformation dont les cons\u00e9quences vont se faire sentir pendant un grand nombre de si\u00e8cles, peut-\u00eatre de mill\u00e9naires, et qu\u2019il n\u2019est pas absurde de faire remonter aux d\u00e9buts de la r\u00e9volution industrielle, vers 1800. Certes, il n\u2019est pas impossible que des alt\u00e9rations \u00e9cosyst\u00e9miques r\u00e9gionales \u2013 comme la chute des d\u00e9frichements suite \u00e0 l\u2019effondrement d\u00e9mographique des Am\u00e9rindiens cons\u00e9cutif \u00e0 la conqu\u00eate europ\u00e9enne \u2013 ou des \u00e9v\u00e9nements g\u00e9ophysiques locaux \u2013 comme les \u00e9ruptions du Tambora en 1815 ou du Krakatoa en 1883 \u2013 aient pu avoir des incidences sur les \u00e9quilibres climatiques globaux. Mais celles-ci sont demeur\u00e9es faibles et de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Le premier \u00e9v\u00e9nement auquel je viens de faire r\u00e9f\u00e9rence m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y attarde un moment. En effet, deux chercheurs du University College de Londres, Simon Lewis et Mark Maslin, ont r\u00e9cemment fait la proposition intrigante de retenir la date de 1610 pour le d\u00e9but de l\u2019anthropoc\u00e8ne en raison d\u2019une l\u00e9g\u00e8re baisse de la concentration de CO2 atmosph\u00e9rique (7-10 parties par million) observable dans la calotte glaciaire antarctique pour la p\u00e9riode qui va de\u00a01570 \u00e0\u00a01620. Cette baisse proviendrait de la chute massive des essartages en Am\u00e9rique du Nord et surtout du Sud apr\u00e8s l\u2019invasion europ\u00e9enne \u00e0 la suite de la destruction des neuf dixi\u00e8mes de la population autochtone caus\u00e9e par les maladies infectieuses, les massacres et la r\u00e9duction en esclavage\u00a0; il en aurait r\u00e9sult\u00e9 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e de millions d\u2019hectares de couverture v\u00e9g\u00e9tale contribuant ainsi \u00e0 une augmentation de la s\u00e9questration du carbone par la v\u00e9g\u00e9tation (6).<\/p>\n<p>La corr\u00e9lation est plausible et elle souligne a contrario, s\u2019il en \u00e9tait encore besoin, l\u2019importance des transformations \u00e9cosyst\u00e9miques et g\u00e9ochimiques que des manipulations v\u00e9g\u00e9tales par les humains sont en mesure de produire.<\/p>\n<p>Toutefois, m\u00eame si la cause hypoth\u00e9tique indirecte des variations en CO2 fut effroyable \u2013 le quasi-an\u00e9antissement des habitants d\u2019un continent \u2013, l\u2019amplitude de celles-ci demeure trop faible pour \u00eatre distingu\u00e9e \u00e0 coup s\u00fbr des variations naturelles.<\/p>\n<p>On peut en dire autant des deux \u00e9ruptions mentionn\u00e9es plus t\u00f4t\u00a0: leur impact fut notable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te \u2013 et dramatique, par exemple, dans les hautes terres de Nouvelle-Guin\u00e9e o\u00f9 l\u2019on conserve la m\u00e9moire des famines que l\u2019abaissement des temp\u00e9ratures provoqua \u2013 sans que ces \u00e9v\u00e9nements aient boulevers\u00e9 pour autant de fa\u00e7on durable les \u00e9quilibres climatiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la Terre.<\/p>\n<p>Autrement dit, la date la plus plausible pour faire d\u00e9buter l\u2019anthropoc\u00e8ne demeure les commencements de la r\u00e9volution industrielle \u00e0 la fin du 18e si\u00e8cle et c\u2019est d\u2019ailleurs celle que les inventeurs du concept d\u2019anthropoc\u00e8ne, Paul Crutzen et Eugene Stoermer, ont eux-m\u00eames retenue lorsqu\u2019ils ont fait d\u00e9marrer leur nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique avec le perfectionnement par James Watt de la machine \u00e0 vapeur (7).<\/p>\n<p>Qualifier l\u2019anthropoc\u00e8ne comme une transformation globale du syst\u00e8me de la Terre d\u00e9butant il y a un peu plus de deux si\u00e8cles pr\u00e9sente \u00e0 la fois un avantage et un risque pour les sciences sociales, et plus g\u00e9n\u00e9ralement pour la fa\u00e7on dont les communaut\u00e9s humaines font face \u00e0 cette transformation. Je ne parle pas ici des d\u00e9bats entre sp\u00e9cialistes des sciences de la Terre sur l\u2019existence autour de 1800 d\u2019un v\u00e9ritable point stratotypique mondial, plus commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00ab\u00a0clou d\u2019or\u00a0\u00bb (golden spike), c\u2019est-\u00e0-dire un marqueur g\u00e9ologique incontestable d\u00e9finissant les limites entre deux strates g\u00e9ologiques. La d\u00e9finition consensuelle d\u2019un clou d\u2019or, sans nul doute importante pour que la Commission internationale de stratigraphie de l\u2019Union internationale des sciences g\u00e9ologiques ratifie l\u2019anthropoc\u00e8ne comme une authentique \u00e9poque g\u00e9ologique, n\u2019est en revanche pas centrale pour les questions que les humains se posent quant aux causes et aux cons\u00e9quences des bouleversements environnementaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me naturaliste<\/p>\n<p>Plus cruciale est l\u2019identification des responsabilit\u00e9s et des r\u00e9ponses \u00e0 apporter.<\/p>\n<p>Quels collectifs d\u2019humains et de non-humains, quels types de pratiques et d\u2019\u00eatres, quels modes d\u2019existence sont-ils la cause de quelles sortes d\u2019alt\u00e9rations des interactions entre g\u00e9osph\u00e8re, biosph\u00e8re et anthroposph\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c0 quelles \u00e9chelles d\u2019espace et de temps ces ph\u00e9nom\u00e8nes se produisent-ils et comment ces \u00e9chelles s\u2019embo\u00eetent-elles\u00a0?<\/p>\n<p>De ce point de vue, assigner la fin du 18e si\u00e8cle au d\u00e9but de la nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique est une initiative bienvenue car elle permet de dissiper le flou qui entoure la d\u00e9finition du myst\u00e9rieux anthropos qui donne sa dynamique \u00e0 l\u2019anthropoc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re qui est \u00e0 l\u2019origine du r\u00e9chauffement global ou de la sixi\u00e8me extinction des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Quelle que soit l\u2019incidence des actions des Indiens d\u2019Amazonie, des Aborig\u00e8nes australiens ou des peuples autochtones de l\u2019aire circumbor\u00e9ale sur les \u00e9cosyst\u00e8mes qu\u2019ils ont contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner, ce ne sont pas eux qui sont la cause de l\u2019augmentation d\u2019un tiers de la concentration atmosph\u00e9rique en CO2, de l\u2019acidification des oc\u00e9ans ou de la fonte des glaciers.<\/p>\n<p>La cause principale de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019anthropoc\u00e8ne, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit en pr\u00e9ambule, c\u2019est le d\u00e9veloppement depuis quelques si\u00e8cles, d\u2019abord en Europe occidentale puis dans d\u2019autres r\u00e9gions de la plan\u00e8te, d\u2019un mode de composition du monde que l\u2019on a diversement appel\u00e9, selon les aspects du syst\u00e8me que l\u2019on souhaitait mettre en \u00e9vidence\u00a0: capitalisme industriel, r\u00e9volution thermodynamique, technoc\u00e8ne, modernit\u00e9 ou naturalisme.<\/p>\n<p>En quoi consiste ce syst\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<p>Il est d\u2019abord fond\u00e9, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, sur l\u2019affirmation d\u2019une diff\u00e9rence de nature, et non plus de degr\u00e9, entre les humains et les non-humains, une diff\u00e9rence qui met l\u2019accent sur le fait que les premiers partagent avec les seconds des propri\u00e9t\u00e9s physiques et chimiques universelles, mais s\u2019en distinguent par leurs dispositions morales et cognitives.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nature hypostasi\u00e9e vis-\u00e0-vis de laquelle les humains se sont mis en retrait et en surplomb pour mieux la conna\u00eetre et la ma\u00eetriser, principe directeur d\u2019une ontologie que j\u2019ai appel\u00e9e \u00ab\u00a0naturaliste\u00a0\u00bb et dont les pr\u00e9mices sont l\u00e9g\u00e8rement ant\u00e9rieures au d\u00e9veloppement exponentiel des sciences et des techniques qu\u2019elle a rendu possible \u00e0 partir du dernier tiers du 18e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Sur ce socle ontologique s\u2019est greff\u00e9 un basculement dans la nature et l\u2019usage de l\u2019\u00e9nergie (8).\u00a0Depuis des mill\u00e9naires, les soci\u00e9t\u00e9s agraires reposaient sur l\u2019\u00e9nergie solaire, c\u2019est-\u00e0-dire la photosynth\u00e8se de diverses esp\u00e8ces de plantes et leur conversion en nourriture, et sur l\u2019\u00e9nergie fournie par l\u2019action dirig\u00e9e des humains et des animaux. Les piliers de la vie \u00e9taient donc la terre et le travail, des ressources longtemps demeur\u00e9es inali\u00e9nables. Le d\u00e9veloppement du capitalisme marchand et le syst\u00e8me colonial puis imp\u00e9rialiste sur lequel il s\u2019appuyait ont permis la diversification globale des sources d\u2019\u00e9nergie, de mati\u00e8res premi\u00e8res et de biens manufactur\u00e9s en m\u00eame temps que leur p\u00e9r\u00e9quation gr\u00e2ce \u00e0 la monnaie\u00a0: tout devenait convertible en argent et les diff\u00e9rences de co\u00fbts de production rendues possibles par le transport \u00e0 bas prix des marchandises transform\u00e8rent celles-ci en une source de profits financiers consid\u00e9rables. Non seulement, comme Marx l\u2019avait bien vu, l\u2019argent d\u00e9rivait d\u00e9sormais du transfert des marchandises au lieu d\u2019en \u00eatre un simple moyen, mais encore celui-ci devenait l\u2019instrument permettant d\u2019obtenir une \u00e9nergie bon march\u00e9 d\u00e9connect\u00e9e du contr\u00f4le de la terre agricole.<\/p>\n<p>On entrait ainsi de plain-pied dans l\u2019illusion majeure de ces deux derniers si\u00e8cles\u00a0: la nature comme ressource infinie permettant une croissance infinie gr\u00e2ce au perfectionnement infini des techniques.<\/p>\n<p>En ce sens, la machine de Watt n\u2019est pas tant la cause premi\u00e8re de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019anthropoc\u00e8ne que le premier r\u00e9sultat de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9changes marchands, acc\u00e9l\u00e9ration qui rendait n\u00e9cessaire le contr\u00f4le des \u00e9nergies fossiles d\u00e9sormais plus importantes pour la production et le transport que l\u2019\u00e9nergie stock\u00e9e dans les \u00eatres vivants. Il n\u2019y a l\u00e0 rien de nouveau, je le confesse, mais il faut rappeler cela sans rel\u00e2che pour signaler encore et toujours que le pr\u00e9sent est le r\u00e9sultat d\u2019une histoire humaine de la nature tout \u00e0 fait singuli\u00e8re et non le r\u00e9sultat in\u00e9luctable du d\u00e9veloppement des ing\u00e9niosit\u00e9s et des d\u00e9couvertes scientifiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des r\u00e9ponses globales<\/p>\n<p>Passons maintenant aux difficult\u00e9s que rec\u00e8le le concept d\u2019anthropoc\u00e8ne. Le principal vient de sa globalit\u00e9\u00a0: si l\u2019anthropoc\u00e8ne n\u2019est pas l\u2019anthropisation, si la nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique signale l\u2019irruption d\u2019une nouvelle science des interactions terrestres qui, comme nous le rappelle Clive Hamilton (9), n\u2019est pas l\u2019agr\u00e9gation des savoirs sur les \u00e9cosyst\u00e8mes, les g\u00e9osyst\u00e8mes et les anthroposyst\u00e8mes, alors que faire de ces savoirs\u00a0? Comment les int\u00e9grer pour mieux comprendre les effets \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles des boucles de r\u00e9troaction connectant transformations environnementales, changements climatiques, \u00e9volutions des communaut\u00e9s biotiques et pratiques humaines\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cologie et l\u2019anthropologie nous montrent les immenses difficult\u00e9s que rencontrent des disciplines qui se donnent pour t\u00e2che de d\u00e9crire et de mod\u00e9liser au niveau local d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me ou d\u2019une communaut\u00e9 humaine les comportements et les interactions d\u2019un tr\u00e8s grand nombre d\u2019agents dans un tr\u00e8s grand nombre de situations.<\/p>\n<p>Comment imaginer une science qui serait capable de le faire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te en respectant chaque niveau de pertinence et chaque mode d\u2019interagentivit\u00e9\u00a0? Celle-ci reste \u00e0 construire sous la forme d\u2019une vaste intelligence collective et c\u2019est sans doute l\u2019un des d\u00e9fis les plus pressants que nous lance l\u2019anthropoc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Surtout, la globalit\u00e9 de l\u2019anthropoc\u00e8ne conduit \u00e0 s\u2019interroger sur les r\u00e9ponses cosmopolitiques que l\u2019on peut apporter aux bouleversements syst\u00e9miques affectant la Terre. On peut comprendre que des ph\u00e9nom\u00e8nes se d\u00e9ployant \u00e0 une \u00e9chelle globale requi\u00e8rent des m\u00e9canismes globaux \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire inter\u00e9tatiques, comme le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat (Giec) ou la Conf\u00e9rence des parties sur le r\u00e9chauffement climatique \u2013 afin de parvenir \u00e0 des mesures palliatives. Vu l\u2019\u00e9tat du monde, on voit mal comment proc\u00e9der autrement \u00e0 court terme.<\/p>\n<p>Mais, outre que les citoyens de la Terre sont tenus en lisi\u00e8re de ce genre de m\u00e9canisme, la plupart des alt\u00e9rations environnementales se situent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 une tout autre \u00e9chelle et requi\u00e8rent donc une tout autre \u00e9chelle d\u2019analyse et une tout autre \u00e9chelle de mobilisation. La d\u00e9vastation d\u2019un territoire am\u00e9rindien par l\u2019exploitation p\u00e9troli\u00e8re en Amazonie, la pollution d\u2019un bassin-versant par une compagnie mini\u00e8re au N\u00e9pal, la contamination de la faune marine par des d\u00e9chets radioactifs au Japon, la pollution des eaux par les nitrates en Bretagne, tout cela \u2013 et mille autres cas semblables \u2013 rel\u00e8ve bien d\u2019un \u00e9cocide g\u00e9n\u00e9ral, d\u2019autant plus insidieux qu\u2019il n\u2019est pas vraiment concert\u00e9, et qui ne peut \u00eatre combattu efficacement qu\u2019au niveau local, par les collectifs d\u2019humains et de non-humains concern\u00e9s au premier chef.<\/p>\n<p>Pour des raisons politiques \u2013 politique de la connaissance et politique de l\u2019action \u2013 il me semble donc p\u00e9rilleux de dissocier le destin syst\u00e9mique de la Terre et le destin des collectifs d\u2019humains et de non-humains qui sont expos\u00e9s de fa\u00e7on variable, du fait de leur situation sur le globe et dans les r\u00e9seaux de la mondialisation, tant aux cons\u00e9quences du r\u00e9chauffement climatique qu\u2019\u00e0 d\u2019autres sortes d\u2019atteintes \u00e9cologiques et de spoliations territoriales.<\/p>\n<p>Le r\u00e9chauffement global est sans doute global \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des sciences qui l\u2019\u00e9tudient, mais il prend des formes distinctes pour les collectifs d\u2019humains et de non-humains selon les lieux qu\u2019ils habitent et les moyens dont ils disposent pour en d\u00e9fl\u00e9chir certains effets. Bref, nous sommes bien tous embarqu\u00e9s sur le m\u00eame bateau, mais ce n\u2019est pas la m\u00eame chose d\u2019\u00eatre confin\u00e9s dans les soutes, les premiers \u00e0 \u00eatre noy\u00e9s, ou sur le pont des premi\u00e8res classes, \u00e0 proximit\u00e9 des canots de sauvetage.<\/p>\n<p>Il est toutefois une chose que nous pouvons faire collectivement pour alt\u00e9rer peut-\u00eatre la route du bateau, \u00e0 long terme sans doute, mais avant qu\u2019il ne soit trop tard\u00a0: c\u2019est d\u2019en changer les moteurs et le mode de navigation. Nous sommes des chercheurs, et si nous pouvons \u00eatre utiles, c\u2019est aussi et surtout en tentant de bouleverser notre vision scientifique de la mani\u00e8re dont nous habitons la Terre, en esp\u00e9rant que nos id\u00e9es se diffuseront au-del\u00e0 des laboratoires et des revues savantes.<\/p>\n<p>De ce point de vue, il me semble qu\u2019il faut repenser en profondeur trois processus qui jouent un r\u00f4le central tant dans les relations entre humains que dans les rapports qu\u2019ils entretiennent avec les non-humains\u00a0: la mani\u00e8re dont les humains s\u2019adaptent \u00e0 leurs milieux de vie, la mani\u00e8re de se les approprier et la mani\u00e8re de leur donner une expression politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019adaptation<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par l\u2019adaptation. J\u2019\u00e9prouve depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 une m\u00e9fiance non d\u00e9guis\u00e9e vis-\u00e0-vis du fonctionnalisme de cette id\u00e9e entendue comme une r\u00e9ponse des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 des contraintes environnementales dont la nature et l\u2019expression seraient ind\u00e9pendantes des collectifs humains. Mon exp\u00e9rience d\u2019anthropologue de la nature m\u2019a montr\u00e9 au moins deux choses en la mati\u00e8re\u00a0: d\u2019une part que la diversit\u00e9 des comportements humains r\u00e9put\u00e9s adaptatifs \u00e0 une m\u00eame contrainte environnementale est si vaste qu\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s toute institution peut \u00eatre qualifi\u00e9e d\u2019adaptative \u2013 un raisonnement panglossien qui d\u00e9pouille la notion d\u2019adaptation ainsi con\u00e7ue de toute pertinence scientifique\u00a0; d\u2019autre part, que le rapport entre conditions environnementales et activit\u00e9s humaines n\u2019est pas gouvern\u00e9 par un mod\u00e8le behavioriste de type stimulus-r\u00e9ponse en cela que les humains participent activement, et depuis bien avant le n\u00e9olithique, \u00e0 la production des facteurs environnementaux qui affectent leur existence, dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas sans en \u00eatre v\u00e9ritablement conscients. J\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 des exemples, notamment celui de la for\u00eat amazonienne. De fait, et comme c\u2019est le cas aussi pour d\u2019autres organismes, l\u2019adaptation des humains ne s\u2019op\u00e8re pas uniquement en termes de s\u00e9lection des individus g\u00e9n\u00e9tiquement les plus aptes \u00e0 vivre dans un environnement donn\u00e9\u00a0; elle se r\u00e9alise aussi par l\u2019instauration progressive de niches favorables \u00e0 certains modes d\u2019existence.<\/p>\n<p>Avec l\u2019anthropoc\u00e8ne, toutefois, la co\u00e9volution des populations humaines et des organismes non humains subit une double mutation\u00a0: ce qui s\u2019\u00e9tait op\u00e9r\u00e9 de fa\u00e7on non intentionnelle et sur une \u00e9chelle de temps plurimill\u00e9naire nous appara\u00eet soudain \u2013 \u00e0 certains d\u2019entre nous, en tout cas \u2013 comme r\u00e9clamant une action volontariste \u00e0 mener dans des d\u00e9lais tr\u00e8s courts.<\/p>\n<p>Le r\u00e9chauffement climatique devient une contrainte environnementale majeure \u00e0 laquelle les soci\u00e9t\u00e9s humaines doivent s\u2019adapter sans qu\u2019elles puissent le faire comme elles avaient proc\u00e9d\u00e9 auparavant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale, c\u2019est-\u00e0-dire en utilisant toute une panoplie de micro-ajustements \u00e0 effets r\u00e9troactifs gr\u00e2ce auxquels elles avaient progressivement transform\u00e9 de nombreux \u00e9cosyst\u00e8mes de la plan\u00e8te en les rendant plus accueillants \u00e0 la pr\u00e9sence humaine.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Par ailleurs, pour faire face \u00e0 l\u2019urgence de la transformation climatique, il nous faut apprendre et propager l\u2019id\u00e9e encore neuve que notre destin\u00e9e ne se r\u00e9sume pas \u00e0 un face-\u00e0-face plus ou moins hostile entre l\u2019homme et la nature m\u00e9diatis\u00e9 par la technique, ainsi que la tradition moderne a voulu nous le faire croire, mais qu\u2019elle est tout enti\u00e8re d\u00e9pendante des milliards d\u2019actions et de r\u00e9troactions par lesquelles nous engendrons au quotidien les conditions environnementales nous permettant d\u2019habiter la Terre. Une meilleure appr\u00e9hension de ces processus, \u00e0 commencer par un enseignement des principes de base de l\u2019\u00e9cologie scientifique \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nous rendrait plus attentifs \u00e0 la myriade de connexions vitales qui nous relient aux non-humains organiques et abiotiques. Toute la question est de savoir s\u2019il est encore temps de rendre cette id\u00e9e acceptable.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019appropriation<\/p>\n<p>Passons maintenant \u00e0 l\u2019appropriation. Grosso modo depuis le d\u00e9but du mouvement des enclosures en Angleterre \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, l\u2019Europe d\u2019abord, le reste du monde ensuite n\u2019ont cess\u00e9 de transformer en marchandises ali\u00e9nables et appropri\u00e9es de fa\u00e7on privative une part toujours croissante de notre milieu de vie\u00a0: p\u00e2turages, terres arables et for\u00eats, sources d\u2019\u00e9nergie, eaux, sous-sol, ressources g\u00e9n\u00e9tiques, savoirs et techniques autochtones. La parenth\u00e8se communiste ne constitue une exception qu\u2019en apparence car la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de production telle qu\u2019on l\u2019a con\u00e7ue en Urss et en Chine ne fut qu\u2019une voie alternative de l\u2019appropriation productive de la nature qui ne remettait pas fondamentalement en cause deux caract\u00e9ristiques du capitalisme qui sont absentes de toutes les \u00e9conomies non marchandes\u00a0: d\u2019abord, que des valeurs indispensables \u00e0 la vie peuvent faire l\u2019objet d\u2019une appropriation\u00a0; ensuite, que ces valeurs doivent au premier chef \u00eatre envisag\u00e9es comme des ressources \u00e9conomiques, c\u2019est-\u00e0-dire employ\u00e9es dans la production de marchandises ou devenues telles par destination. Il est ainsi urgent de redonner aux biens communs leur sens premier, non pas tant d\u2019une ressource dont l\u2019exploitation serait ouverte \u00e0 tous, que d\u2019un milieu partag\u00e9 dont chacun est comptable.<\/p>\n<p>Rappelons en effet, s\u2019il en \u00e9tait encore besoin, que ce que l\u2019on appelle la \u00ab\u00a0trag\u00e9die des biens communs\u00a0\u00bb est un mythe. Dans l\u2019article qui a donn\u00e9 son nom \u00e0 cette exp\u00e9rience de pens\u00e9e, l\u2019\u00e9cologue Garret Hardin imaginait une communaut\u00e9 d\u2019\u00e9leveurs utilisant un pr\u00e9 communal selon l\u2019int\u00e9r\u00eat optimal de chacun d\u2019entre eux, le r\u00e9sultat \u00e9tant que la surexploitation de la ressource du fait du surp\u00e2turage aboutissait \u00e0 terme \u00e0 sa disparition (10). Or, comme les ethnologues qui s\u2019int\u00e9ressent aux droits d\u2019usage collectifs dans les \u00e9conomies pr\u00e9capitalistes le savent depuis longtemps, et comme Elinor Ostrom l\u2019a ensuite brillamment montr\u00e9 (11),\u00a0l\u2019acc\u00e8s aux biens communs est toujours r\u00e9gl\u00e9 par des principes localement contraignants qui visent \u00e0 prot\u00e9ger la ressource au profit de tous.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Le probl\u00e8me des biens communs n\u2019est pas la propri\u00e9t\u00e9 commune, c\u2019est la d\u00e9finition des droits d\u2019usage de cette propri\u00e9t\u00e9 commune.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Sans doute est-il plus urgent encore d\u2019\u00e9tendre le p\u00e9rim\u00e8tre des composantes intangibles de ce milieu commun collectivement appropri\u00e9 bien au-del\u00e0 des objets habituels que j\u2019ai mentionn\u00e9s auparavant pour y inclure aussi le climat, la biodiversit\u00e9, l\u2019atmosph\u00e8re, la connaissance, la sant\u00e9, la pluralit\u00e9 des langues ou des environnements non pollu\u00e9s. Cela implique bien \u00e9videmment de bouleverser la notion habituelle d\u2019appropriation comme l\u2019acte par lequel un individu ou un collectif devient le titulaire d\u2019un droit d\u2019usus et abusus sur une composante du monde, et d\u2019envisager un dispositif dans lequel ce seraient plut\u00f4t des \u00e9cosyst\u00e8mes ou des syst\u00e8mes d\u2019interactions entre humains et non-humains qui seraient porteurs de droits dont les humains ne seraient que des usufruitiers ou, dans certaines conditions, des garants. Dans un tel cas, l\u2019appropriation irait des milieux vers les humains, et non l\u2019inverse.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La repr\u00e9sentation<\/p>\n<p>Et cela nous conduit au dernier concept \u00e0 reformuler, celui de repr\u00e9sentation. Il s\u2019agit ici de la d\u00e9l\u00e9gation de responsabilit\u00e9 ou de libre arbitre permettant \u00e0 des agents engag\u00e9s dans les collectifs d\u2019humains et de non-humains de faire valoir leur point de vue par personne interpos\u00e9e dans la d\u00e9lib\u00e9ration sur les affaires communes. Du fait notamment de la distinction entre les choses et les personnes h\u00e9rit\u00e9e du droit romain, cette facult\u00e9 de repr\u00e9sentation n\u2019est accord\u00e9e \u00e0 pr\u00e9sent de fa\u00e7on directe qu\u2019aux humains. Or, dans l\u2019esprit de ce qui vient d\u2019\u00eatre dit sur l\u2019appropriation, il para\u00eet indispensable que le plus grand nombre possible d\u2019agents concourant \u00e0 la vie commune voient leur situation repr\u00e9sent\u00e9e, et sous une forme plus audacieuse que celle qui tend maintenant \u00e0 \u00e9merger d\u2019une extension s\u00e9lective de quelques droits humains \u00e0 quelques esp\u00e8ces de non-humains, lesquelles pr\u00e9senteraient avec les humains des similitudes en mati\u00e8re d\u2019aptitudes cognitives ou de facult\u00e9s sensibles. On voit pointer les prodromes de ce dernier dispositif, par exemple dans le souhait que soient accord\u00e9s aux grands singes des droits sp\u00e9cifiques (12) \u00a0ou dans l\u2019approbation en 2014 par le Parlement fran\u00e7ais d\u2019un projet d\u2019amendement au Code civil faisant passer la d\u00e9finition des animaux de \u00ab\u00a0bien meuble\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0\u00eatre vivant dou\u00e9 de sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais l\u2019on voit aussi que ce genre d\u2019extension des droits humains \u00e0 des esp\u00e8ces animales non humaines est encore tr\u00e8s largement anthropocentrique puisque l\u2019argument employ\u00e9 pour \u00e9tendre sur elles une protection juridique continue d\u2019\u00eatre la proximit\u00e9 qu\u2019elles pr\u00e9sentent avec les humains et, ipso facto, l\u2019aptitude que certains de ces derniers manifestent \u00e0 s\u2019identifier, souvent de fa\u00e7on tr\u00e8s abstraite, aux membres de ces esp\u00e8ces. Cela vaut donc pour les chimpanz\u00e9s, les dauphins ou les chevaux, mais personne ne songerait \u00e0 r\u00e9clamer des droits intrins\u00e8ques pour les sardines ou le virus de la grippe. On est ici dans le domaine de la th\u00e9orie politique moderne fond\u00e9e sur ce que Macpherson a appel\u00e9 l\u2019individualisme possessif (13) c\u2019est-\u00e0-dire cette id\u00e9e initialement d\u00e9velopp\u00e9e par Hobbes et Locke selon laquelle l\u2019individu (humain) est, par d\u00e9finition, le propri\u00e9taire exclusif de lui-m\u00eame ou de ses capacit\u00e9s et qu\u2019il n\u2019est donc nullement redevable de sa personne \u00e0 une quelconque instance ext\u00e9rieure ou sup\u00e9rieure \u00e0 lui-m\u00eame \u2013 que celle-ci ait pour nom la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00c9glise, Dieu, un souverain ou un groupe de filiation.<\/p>\n<p>Cette conception, dont on ne trouve pas trace dans d\u2019autres syst\u00e8mes politiques et juridiques, fut la pierre angulaire de l\u2019individualisme moderne et le fondement des d\u00e9mocraties contemporaines.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 y est vue comme la somme des individus libres et \u00e9gaux qui ne sont li\u00e9s entre eux que parce qu\u2019ils sont propri\u00e9taires de leurs capacit\u00e9s, lesquelles leur permettent de nouer des rapports d\u2019\u00e9change librement consentis.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">L\u2019inclusion d\u2019esp\u00e8ces animales dans ce syst\u00e8me de droits individuels \u2013 en tant qu\u2019elles seraient aussi propri\u00e9taires de capacit\u00e9s analogues, pour certaines d\u2019entre elles, \u00e0 celles des humains \u2013 peut poser d\u2019int\u00e9ressantes questions juridiques quant aux modalit\u00e9s de la d\u00e9l\u00e9gation de pouvoir de ces individus non humains nouvellement institu\u00e9s, elle ne permettra en aucune fa\u00e7on qu\u2019un plus grand nombre\u00a0de composantes du monde acc\u00e8dent \u00e0 la dignit\u00e9 de sujets politiques puisque cette dignit\u00e9, du fait des crit\u00e8res anthropocentriques qui la d\u00e9finissent, est n\u00e9cessairement restreinte \u00e0 un petit nombre d\u2019esp\u00e8ces animales, et \u00e0 elles seules.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">C\u2019est pourquoi il faut imaginer que puissent \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s non pas des \u00eatres en tant que tels \u2013 des humains, des \u00c9tats, des chimpanz\u00e9s ou des multinationales\u00a0; mais bien des \u00e9cosyst\u00e8mes, c\u2019est-\u00e0-dire des rapports d\u2019un certain type entre des \u00eatres localis\u00e9s dans des espaces plus ou moins vastes, des milieux de vie donc, quelle que soit leur nature\u00a0: des bassins-versants, des massifs montagneux, des villes, des littoraux, des quartiers, des zones \u00e9cologiquement sensibles, des mers, etc. <\/span><\/p>\n<p>Une v\u00e9ritable \u00e9cologie politique, une cosmopolitique de plein exercice, ne se contenterait pas de conf\u00e9rer des droits intrins\u00e8ques \u00e0 la nature sans lui donner de v\u00e9ritables moyens de l\u2019exercer \u2013 ainsi que l\u2019a fait la Constitution de l\u2019\u00c9quateur il y a quelques ann\u00e9es\u00a0; elle s\u2019attacherait \u00e0 ce que des milieux de vie singularis\u00e9s et tout ce qui les compose \u2013 dont les humains \u2013 deviennent des sujets politiques dont les humains seraient les mandataires.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Pourrait ainsi prendre une expression politique concr\u00e8te ce que j\u2019ai appel\u00e9 ailleurs l\u2019universel relatif, \u00e0 savoir l\u2019id\u00e9e que des syst\u00e8mes de relations plut\u00f4t que des qualit\u00e9s attach\u00e9es \u00e0 des \u00eatres devraient former le fondement d\u2019un nouvel universalisme des valeurs (14).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\"> Dans leur r\u00f4le de mandataire, les humains ne seraient plus la source du droit l\u00e9gitimant l\u2019appropriation de la nature\u00a0\u00e0 laquelle ils se livrent\u00a0; ils seraient les repr\u00e9sentants tr\u00e8s diversifi\u00e9s d\u2019une multitude de natures dont ils seraient devenus juridiquement ins\u00e9parables. <\/span><\/p>\n<p>Notons qu\u2019une telle conception n\u2019est \u00e9trange de prime abord qu\u2019au regard des fondements individualistes de notre pr\u00e9sent syst\u00e8me juridique et politique.<\/p>\n<p><span style=\"color: #008080;\">Car l\u2019ethnologie et l\u2019histoire nous offrent par ailleurs maints exemples de collectifs dans lesquels le statut des humains est d\u00e9riv\u00e9, non des capacit\u00e9s universelles r\u00e9put\u00e9es universellement attach\u00e9es \u00e0 leur personne, mais de leur appartenance \u00e0 un collectif singulier m\u00ealant indissolublement des territoires, des plantes, des montagnes, des animaux, des sites, des divinit\u00e9s et une foule d\u2019autres \u00eatres encore, tous en constante interaction. Dans de tels syst\u00e8mes, les humains ne poss\u00e8dent pas la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb\u00a0; ils sont poss\u00e9d\u00e9s par elle.<\/span><\/p>\n<p>Mon exp\u00e9rience d\u2019anthropologue me permet de penser que ces propositions ne sont pas compl\u00e8tement utopiques.<\/p>\n<p>Des syst\u00e8mes cosmologiques et politiques, des droits d\u2019usage, des modes de savoir et des pratiques techniques ont rendu possible, dans d\u2019autres contextes historiques, le genre d\u2019assemblage \u00e9voqu\u00e9. Ces sources d\u2019inspiration ne sont d\u2019ailleurs pas transposables directement, en particulier du fait que la r\u00e9volution des Lumi\u00e8res, avec la promotion de l\u2019individualisme, a \u00e9galement apport\u00e9 des droits attach\u00e9s \u00e0 la personne auxquels nous ne saurions renoncer ais\u00e9ment.<\/p>\n<p>Ce que permet l\u2019anthropologie, en revanche, c\u2019est d\u2019apporter la preuve que d\u2019autres mani\u00e8res d\u2019habiter le monde sont possibles puisque certaines d\u2019entre elles, aussi improbables qu\u2019elles puissent para\u00eetre, ont \u00e9t\u00e9 explor\u00e9es ailleurs ou jadis, montrer donc que l\u2019avenir n\u2019est pas un simple prolongement lin\u00e9aire du pr\u00e9sent, qu\u2019il est gros de potentialit\u00e9s inou\u00efes dont nous devons imaginer la r\u00e9alisation afin d\u2019\u00e9difier au plus t\u00f4t une v\u00e9ritable maison commune, avant que l\u2019ancienne ne s\u2019\u00e9croule sous l\u2019effet de la d\u00e9vastation d\u00e9sinvolte auquel certains humains l\u2019ont soumise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>* Philippe Descola, Professeur au Coll\u00e8ge de France, dans la chaire d\u2019anthropologie de la nature. Cet article est le texte de la conf\u00e9rence inaugurale du colloque \u00ab\u00a0Comment penser l\u2019anthropoc\u00e8ne\u00a0?\u00a0\u00bb organis\u00e9 par Philippe Descola et Catherine Larr\u00e8re.<br \/>\n* 1. Le passage de la lettre \u00e0 Schiller est cit\u00e9 par Charles Minguet, Alexandre de Humboldt, historien et g\u00e9ographe de l\u2019Am\u00e9rique espagnole, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1969, p.\u00a077.<br \/>\n* 2. Stephen R. Palumbi, \u201cHumans as the World\u2019s Greatest Evolutionary Force\u201d, Science, 293, 2001, p.\u00a01786-1790.<br \/>\n* 3. Pour un point de vue critique sur les causes de l\u2019anthropoc\u00e8ne, voir Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, l\u2019\u00c9v\u00e9nement anthropoc\u00e8ne. La Terre, l\u2019histoire et nous, Paris, Le Seuil, 2013.<br \/>\n* 4. Pour les feux de brousse, voir\u00a0: pour le Br\u00e9sil, James R. Welch et al., \u201cIndigenous Burning as Conservation Practice: Neotropical Savanna Recovery amid Agribusiness Deforestation in Central Brazil\u201d, PLoS One, 8 (12), 2013, p.\u00a01-10\u00a0; pour l\u2019Australie, Peter J. Whitehead et al., \u201cCustomary Use of Fire by Indigenous Peoples in Northern Australia: Its Contemporary Role in Savanna Management\u201d, International Journal of Wildland Fire, 12 (4), 2003, p.\u00a0415-425. Pour ce qui est de l\u2019extinction de la m\u00e9gafaune, on consid\u00e8re que 83\u00a0% des genres de grands mammif\u00e8res ont disparu en Am\u00e9rique du Sud et 88\u00a0% en Australie apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des premi\u00e8res vagues d\u2019occupants humains\u00a0: Anthony D. Barnosky et al., \u201cAssessing the Causes of Late Pleistocene Extinctions on the Continents\u201d, Science, 306 (5693), 2004, p.\u00a070-75.<br \/>\n* 5. Pour une bonne synth\u00e8se sur la co\u00e9volution des humains et de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier en Amazonie, voir William Bal\u00e9e, \u201cThe Culture of Amazonian Forests\u201d, dans Darrell A. Posey et Bal\u00e9e William (sous la dir. de), Resource Management in Amazonia: Indigenous and Folk Strategies, New York, The New York Botanical Garden, 1989, p.\u00a01-21.<br \/>\n* 6. Simon L. Lewis et Mark A. Maslin, \u201cDefining the Anthropocene\u201d, Nature, 519 (2), 2015, p.\u00a0128-146.<br \/>\n* 7. Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer, \u201cThe Anthropocene\u201d, Global Change Newsletter, Igbp, 41, 2000, p.\u00a017-18.<br \/>\n* 8. Sur l\u2019empreinte \u00e9cologique gigantesque qui fut n\u00e9cessaire au d\u00e9marrage de la r\u00e9volution industrielle, voir Alf Hornborg, Global Ecology and Unequal Exchange: Fetishism in a Zero-Sum World, Londres\/New York, Routledge, 2011, et Kenneth Pomeranz, Une grande divergence. La Chine, l\u2019Europe et la construction de l\u2019\u00e9conomie mondiale, Paris, Albin Michel\/Maison des sciences de l\u2019homme, 2010.<br \/>\n* 9. Clive Hamilton, \u201cGetting the Anthropocene so Wrong\u201d, The Anthropocene Review, 2 (2), 2015, p.\u00a0102-107.<br \/>\n* 10. Garret Hardin, \u201cThe Tragedy of the Commons\u201d, Science, 162 (3859), 1968, p.\u00a01243-1248.<br \/>\n* 11. Elinor Ostrom, Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.<br \/>\n* 12. Paola Cavalieri et Peter Singer (sous la dir. de), The Great Ape Project: Equality Beyond Humanity, Londres, Fourth Estate, 1993.<br \/>\n* 13. Crawford Brough Macpherson, la Th\u00e9orie politique de l\u2019individualisme possessif. De Hobbes \u00e0 Locke, trad. Michel Fuchs, Paris, Gallimard, 1971.<br \/>\n* 14. Philippe Descola, Par-del\u00e0 nature et culture, Paris, Gallimard, 2005, p.\u00a0418-419.<\/p>\n<p>Philippe Descola<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru dans la Revue Esprit, d\u00e9cembre 2015, sous le titre \u00ab\u00a0Humain, trop humain\u00a0\u00bb* Notre rapport \u00e0 la nature a atteint un point de rupture qui requiert une mani\u00e8re responsable d\u2019habiter la Terre. 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