{"id":4478,"date":"2017-11-14T11:02:10","date_gmt":"2017-11-14T10:02:10","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=4478"},"modified":"2017-11-18T17:23:34","modified_gmt":"2017-11-18T16:23:34","slug":"4478","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=4478","title":{"rendered":"Guy Debord vu par G\u00e9rard Berr\u00e9by"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecouter?content=6a362ccf-86e7-4818-a8e3-4396bc2a3a70\" width=\"481\" height=\"137\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p>Qui est G\u00e9rard Berr\u00e9by&nbsp;: le fondateur des Editions Allia. Entretien avec Laurent Rigoulet (Lib\u00e9ration, 9 mars 2000)<\/p>\n<p>ALLIA ,\u00abPOUR UNE HISTOIRE SECR\u00c8TE DU XXE SI\u00c8CLE\u00bb. ENTRETIEN AVEC G\u00c9RARD BERR\u00c9BY, FONDATEUR IL Y A QUINZE ANS D&rsquo;UNE MAISON QUI PUBLIE AVEC SOIN ET DISCERNEMENT CE QUE LES AUTRES NE PUBLIENT PAS.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce livre et d&rsquo;autres du m\u00eame genre nous arrivent du pass\u00e9 comme des\u00a0vieux d\u00e9bris de satellites, traduits avec astuce et passion, dans un format g\u00e9nial et une iconographie g\u00e9n\u00e9reuse, gr\u00e2ce \u00e0 des gens dont on ne sait rien\u00bb, \u00e9crivait-on dans ces colonnes, \u00e0 la rubrique rock, pour la sortie de <i>A Wop bop a loo bop<\/i> de Nik Cohn, livre culte des ann\u00e9es rock&rsquo;n roll qui attendait d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9 ici depuis la fin des ann\u00e9es 60. Avec cet ouvrage et <i>Lipstick Traces <\/i>de Greil Marcus, publi\u00e9 en 1998, les amateurs d&rsquo;\u00e9crits sur la musique, habitu\u00e9s \u00e0 fouiller les rayons des librairies \u00e9trang\u00e8res, ont d\u00e9couvert <span style=\"color: #339966;\">Allia<\/span>, une petite maison d&rsquo;\u00e9dition parisienne qui s&rsquo;est fait une sp\u00e9cialit\u00e9 d&rsquo;\u00e9diter avec soin, et une certaine dose de courage, ce que les autres ne publient pas. A la suite de <i>Country<\/i> dont la premi\u00e8re sortie am\u00e9ricaine remonte \u00e0 1977, ils vont lancer la traduction de deux autres ouvrages fameux de Nick Tosches <i>Unsung Heroes of Rock&rsquo;n roll <\/i>et <i>Hellfire<\/i>, la bio d\u00e9mente de Jerry Lee Lewis. Ils ont aussi en projet <i>Dead Elvis<\/i> et <i>Mystery Train <\/i>de Greil Marcus (dont un chapitre sur Sly Stone et le mythe de Stagger Lee est publi\u00e9 ind\u00e9pendamment ces jours-ci) ainsi que le passionnant ouvrage de Peter Guralnick sur la Soul (<i>Sweet Soul Music<\/i>). Il serait stupide de faire comme si tout \u00e7a tombait du ciel. Avant les lecteurs assidus du genre tr\u00e8s particulier des livres rock, nombre d&rsquo;autres se sont enthousiasm\u00e9s pour le travail de fourmi<span style=\"color: #339966;\"> des gens d&rsquo;Allia qui ont publi\u00e9 plus de 200 livres depuis les ann\u00e9es 80<\/span> et men\u00e9 des travaux de longue haleine comme l&rsquo;\u00e9dition des oeuvres de Giacomo Leopardi. Ils n&rsquo;en restent pas moins comme une \u00e9nigme dans le milieu litt\u00e9raire et, dans leur rez-de- chauss\u00e9e du Marais, se plaisent \u00e0 cultiver \u00abun certain myst\u00e8re\u00bb. Qui sont-ils? Comment travaillent-ils et qu&rsquo;est-ce qui guide leur choix? R\u00e9ponses de G\u00e9rard Berr\u00e9by, le fondateur dans un bureau-biblioth\u00e8que sur cour.<\/p>\n<p>Quand avez-vous d\u00e9marr\u00e9 Allia?<\/p>\n<p>J&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 une maison d&rsquo;\u00e9dition il y a plus de quinze ans et publi\u00e9 des livres en dilettante, un ou deux par an, je ne m&rsquo;en occupais pas vraiment &#8230; J&rsquo;\u00e9tais anim\u00e9 par une volont\u00e9 de montrer les choses diff\u00e9remment, j&rsquo;achetais des livres qui ne correspondaient pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que je me faisais de l&rsquo;\u00e9dition. Je ne les trouvais pas habill\u00e9s, pas enrob\u00e9s. \u00c7a n&rsquo;est pas qu&rsquo;une question de maquette de couverture, mais de pr\u00e9face, d&rsquo;annotation, de mise en perspective d&rsquo;un texte. Avoir une bonne id\u00e9e, c&rsquo;est assez facile. Donner vie \u00e0 un texte, c&rsquo;est un autre probl\u00e8me, faire en sorte qu&rsquo;il existe, qu&rsquo;il ait une vie, que les gens s&rsquo;y int\u00e9ressent et en parlent.<\/p>\n<p>Par quoi avez-vous commenc\u00e9?<\/p>\n<p><i>Louis Scutenaire, un surr\u00e9aliste belge<\/i>, deux plaquettes sur la r\u00e9volution russe avec un point de vue diff\u00e9rent, un peu anarchisant, <i>En avant dada<\/i>, et un ouvrage que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 moi-m\u00eame, \u00ab<i>Documents relatifs \u00e0 la fondation de l&rsquo;Internationale situationniste<\/i>\u00bb et o\u00f9 l&rsquo;on trouvait le fil conducteur de notre travail. J&rsquo;avais r\u00e9ussi \u00e0 regrouper toutes les interventions sous forme de tracts, de brochures, de tous les membres de l&rsquo;Internationale situationniste avant la fondation, c&rsquo;\u00e9tait en 1985, bien avant la hype. D&rsquo;ailleurs quand j&rsquo;ai fait une proposition, sans doute ridiculement faible, \u00e0 l&rsquo;agent de Greil Marcus pour <i>Lipstick Traces<\/i>, celui-ci s&rsquo;est renseign\u00e9 et il s&rsquo;est rendu compte que mon ouvrage avait servi de base documentaire pour la r\u00e9daction du sien. Et j&rsquo;ai pu obtenir les droits pour 9000 francs, ce qui est trois fois rien, sans \u00e7a je n&rsquo;aurais pas pu le faire, je n&rsquo;ai aucune possibilit\u00e9 de mener une politique de carnet de ch\u00e8que.<\/p>\n<p>Dans votre catalogue vous utilisez un ton quasi d\u00e9fensif pour pr\u00e9senter votre travail d&rsquo;\u00e9diteur en citant celui qui \u00ad\u00abpeu amical\u00bb \u00ad observait que les \u00e9ditions Allia \u00abpubliaient ce qu&rsquo;elles pouvaient\u00bb. Vous avez le sentiment qu&rsquo;on vous a pris de haut?<\/p>\n<p>Je vois les choses un petit peu comme une guerre. Quand vous annoncez que vous cr\u00e9ez une maison d&rsquo;\u00e9dition, personne ne d\u00e9roule le tapis rouge. On vous laisse vendre quelques exemplaires et ensuite \u00e7a pose probl\u00e8me&#8230; . J&rsquo;ai commenc\u00e9 tr\u00e8s modestement, j&rsquo;ai publi\u00e9 des ouvrages du domaine public qui m&rsquo;ont aid\u00e9. J&rsquo;ai continu\u00e9 tr\u00e8s modestement parce que notre maison d&rsquo;\u00e9dition est ind\u00e9pendante. Je ne suis adoss\u00e9 \u00e0 aucun groupe financier, \u00e0 aucune banque, je ne suis pas fils de famille. Il aurait \u00e9t\u00e9 suicidaire de rentrer en concurrence avec une autre maison d&rsquo;\u00e9dition. J&rsquo;\u00e9tais condamn\u00e9 \u00e0 innover. C&rsquo;est toujours le cas, je suis oblig\u00e9 de m&rsquo;int\u00e9resser aux livres qui n&rsquo;int\u00e9ressent pas les autres. On s&rsquo;\u00e9tonne de voir para\u00eetre enfin ces livres sur la musique, qui sont sign\u00e9s des plus grands rock critiques, Nik Cohn, Nick Toshes, Greil Marcus, mais notre m\u00e9rite n&rsquo;est pas si grand. Il est surtout d\u00fb \u00e0 l&rsquo;incurie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. <i>Lipstick Traces <\/i>est un livre culte et en dix ans personne n&rsquo;a boug\u00e9&#8230; Il y a dans l&rsquo;\u00e9dition un ph\u00e9nom\u00e8ne de terreur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et une surench\u00e8re qui fonctionne de mani\u00e8re artificielle.<\/p>\n<p>Vous \u00eates subventionn\u00e9s?<\/p>\n<p>Non, nous avons publi\u00e9 plus de 200 livres, et nous n&rsquo;avons re\u00e7u qu&rsquo;une subvention, non pas parce que nous sommes pers\u00e9cut\u00e9s mais parce que nous ne l&rsquo;avons pas demand\u00e9. Il y a un \u00e9tat d&rsquo;esprit de d\u00e9fiance dans les livres que nous publions, et notre comportement est li\u00e9 au contenu de nos livres. On ne se cache pas, mais il y a un c\u00f4t\u00e9 myst\u00e9rieux autour de notre maison. On ne sait pas. Or ce que nous d\u00e9pensons n&rsquo;est que le produit de nos ventes. Il est possible de faire des choses difficiles et de se battre pour qu&rsquo;elles existent. Une maison d&rsquo;\u00e9dition peut vivre en publiant 2000 \u00e0 3000 exemplaires de ses titres. Nous travaillons de mani\u00e8re spartiate, nous sommes deux employ\u00e9s \u00e0 plein temps et nous publions <span style=\"color: #339966;\">25 titres par an<\/span>. Un livre comme <i>Country<\/i> co\u00fbte cher \u00e0 \u00e9diter dans la forme qui est la sienne, mais nous faisons tout nous-m\u00eames, je ne suis pas graphiste, mais j&rsquo;aime la page, j&rsquo;aime le blanc, j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 la mise en page en moi-m\u00eame, lanc\u00e9 la recherche iconographique, nous ne rechignons devant aucun travail, c&rsquo;est la condition de notre ind\u00e9pendance. <i>Country<\/i> et <i>A wop Bop <\/i>(?) ont \u00e9t\u00e9 traduits par une jeune femme dont c&rsquo;\u00e9tait le premier travail et que nous avons accompagn\u00e9e, le prochain Nick Toshes sera traduit par une jeune homme qui a \u00e9crit pour nous la pr\u00e9face d&rsquo;une grammaire du XVIIe si\u00e8cle, ces m\u00e9langes me plaisent.<\/p>\n<p>Vous parlez de votre catalogue comme d&rsquo;une biblioth\u00e8que, o\u00f9 tous les choix seraient coh\u00e9rents.<\/p>\n<p>Absolument. A chaque fois qu&rsquo;on publie quelque chose, on pourrait reprendre le sous-titre de <i>Lipstick Traces <\/i>qui est \u00abune histoire secr\u00e8te du XXe si\u00e8cle\u00bb. Ce qui nous int\u00e9resse, ce qui me passionne, c&rsquo;est de remonter aux origines, de trouver d&rsquo;o\u00f9 viennent les choses. Le livre de Nick Toshes traite de la musique country, mais c&rsquo;est aussi, selon Greil Marcus, un assaut en r\u00e8gle contre tout ce qu&rsquo;il y a de sacr\u00e9 dans cette musique et un livre d&rsquo;une grande \u00e9rudition o\u00f9 l&rsquo;on revisite le mythe de Tristan et Iseult. Si c&rsquo;\u00e9tait une monographie sur le rock&rsquo;n roll, nous n&rsquo;aurions pas r\u00e9agi, ce qui nous int\u00e9resse, c&rsquo;est quand un livre sur la musique renvoie \u00e0 des pr\u00e9occupations philologiques, comme quand nous publions les oeuvres de Leopardi ou les 900 conclusions du Pic de la Mirandole. Nick Toshes, ce qui lui a plu et l&rsquo;a attir\u00e9 chez nous, c&rsquo;est que nous avions un livre de po\u00e8mes de Sappho \u00e0 notre catalogue. Il y a lien entre tous les livres que nous publions, ce que nous voulons, c&rsquo;est montrer les sous-entendus, les choses qu&rsquo;on ne nomme pas, les traces secr\u00e8tes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>liens &gt; <a href=\"https:\/\/www.editions-allia.com\/fr\/bibliotheque\/nouveautes\">les Editions Allia<\/a><\/p>\n<p>Guy Debord en 180 secondes\u00a0<a href=\"https:\/\/youtu.be\/96loSvYH-sE\">https:\/\/youtu.be\/96loSvYH-sE<\/a><\/p>\n<p>Bertrand COCHARD repr\u00e9sentait le regroupement Universit\u00e9 C\u00f4te d&rsquo;Azur lors de la finale nationale 2016 de Ma th\u00e8se en 180 secondes. Il a remport\u00e9 le deuxi\u00e8me prix du jury ainsi que le Prix du Public lors de la finale nationale 2016 avec sa th\u00e8se \u00ab\u00a0<span style=\"color: #339966;\">R\u00e9ification, spectacle et imagification<\/span> dans la philosophie de Guy Debord\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui est G\u00e9rard Berr\u00e9by&nbsp;: le fondateur des Editions Allia. Entretien avec Laurent Rigoulet (Lib\u00e9ration, 9 mars 2000) ALLIA ,\u00abPOUR UNE HISTOIRE SECR\u00c8TE DU XXE SI\u00c8CLE\u00bb. 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