{"id":3515,"date":"2017-06-22T21:52:37","date_gmt":"2017-06-22T20:52:37","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=3515"},"modified":"2017-07-19T14:11:06","modified_gmt":"2017-07-19T13:11:06","slug":"3-juin-1946-la-voix-de-bergson","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=3515","title":{"rendered":"3 juin 1936. La voix de Bergson&#8230; la perception du changement"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.ina.fr\/player\/embed\/P12005144\/1\/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21\/460\/259\/1\" width=\"481\" height=\"259\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecouter?content=4eb8fa7c-81a2-4273-b404-1f9267b933da\" width=\"460\" height=\"137\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p>France Culture&nbsp;:<span style=\"color: #ff00ff;\"><b>\u00c9clairages de Paul-Antoine Miquel\u00a0<\/b><\/span>sur Henri Bergson, \u00a0La pens\u00e9e et le mouvant, 1934; \u00ab La perception du changement, conf\u00e9rences faites \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Oxford, le 26 et le 27 mai 1911\u00bb, Garnier Flammarion, pp.177-207.\u00a0Retranscription de l&rsquo;entretien entre Paul-Antoine Miquel et Ad\u00e8le Van Reeth&nbsp;: \u00c0 la recherche de l&rsquo;objet de l&rsquo;art. Quel est l&rsquo;objet de l&rsquo;art &gt; La perception du changement, p. 177-207<br \/>\n<a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-pdf\/bergson-2.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger la version pdf<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-pdf\/bergson-2.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-134\" src=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/pdf.jpg\" alt=\"\" width=\"48\" height=\"48\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"color: #333399;\">\u00ab\u00a0Citation en ouverture de l&rsquo;entretien&nbsp;: \u00abVoici d\u2019abord un point sur lequel tout le monde s\u2019accordera. Si les sens et la conscience avaient une port\u00e9e illimit\u00e9s, si, dans la double direction de la mati\u00e8re et de l\u2019esprit, la facult\u00e9 de percevoir \u00e9tait ind\u00e9finie, on n\u2019aurait plus besoin de concevoir, non plus que de raisonner. Concevoir est un pis-aller quand il n\u2019est pas donn\u00e9 de percevoir, et le raisonnement est fait pour combler les vides de la perception ou pour en \u00e9tendre la port\u00e9e. Je ne nie pas l\u2019utilit\u00e9 des id\u00e9es abstraites et g\u00e9n\u00e9rales, \u2014pas plus que je ne conteste la valeur des billets de banque. Mais de m\u00eame que le billet n\u2019est qu\u2019une promesse d\u2019or, ainsi une conception ne vaut que par les perceptions \u00e9ventuelles qu\u2019elle repr\u00e9sente.\u00bb p. 179<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: Une premi\u00e8re chose, Bergson dit que ce qui a manqu\u00e9 \u00e0 la philosophie c&rsquo;est la pr\u00e9cision. Pourquoi la philosophie devient impr\u00e9cise, elle devient impr\u00e9cise quand elle devient abstraite, quand \u00e7a devient une pens\u00e9e des syst\u00e8mes&#8230; elle est \u00e0 ce moment-l\u00e0 comme quand on porte des v\u00eatements trop larges elle n&rsquo;atteint plus la r\u00e9alit\u00e9 et donc pour atteindre la r\u00e9alit\u00e9 et d&rsquo;ailleurs \u00e0 ce moment l\u00e0 il compare la philo \u00e0 la science parce qu&rsquo;il dit qu&rsquo;il y a une pr\u00e9cision qu&rsquo;on atteint imm\u00e9diatement dans la pens\u00e9e scientifique parce qu&rsquo;elle a ce caract\u00e8re exp\u00e9rimental. Ce qui fait qu&rsquo;on atteint la r\u00e9alit\u00e9 c&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience, <span style=\"color: #00ccff;\">Bergson est un philosophe de l&rsquo;exp\u00e9rience<\/span>. Dans ce texte il d\u00e9valorise le concept et au contraire il revalorise la perception mais pas n&rsquo;importe comment. Il revalorise la perception, parce que ce sur quoi il r\u00e9fl\u00e9chit c&rsquo;est ce qu&rsquo;il appelle <span style=\"color: #00ccff;\">un \u00e9largissement de la perception<\/span>. Comment \u00e9largir la perception et qui \u00e9largit la perception; \u00e7a pose deux questions&nbsp;: qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que la perception et puis qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e9largir la perception et une troisi\u00e8me question parce qu&rsquo;il y a toujours des personnages derri\u00e8re les questions&nbsp;: qui \u00e9largit la perception, qui pratique l&rsquo;\u00e9largissement de la perception.\u00a0Il y a cette dimension d&rsquo;exp\u00e9rience mais d\u2019exp\u00e9rience \u00e9largie qui appara\u00eet avec le travail de l&rsquo;artiste. Pourquoi cette exp\u00e9rience \u00e9largie et qu&rsquo;est-ce qu\u2019atteint l\u2019artiste \u00e0 travers cet \u00e9largissement et quel est le rapport entre ce qu&rsquo;il atteint et la th\u00e9matique du changement des deux conf\u00e9rences d&rsquo;Oxford. 7:39<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\"><span style=\"color: #99cc00;\"><span style=\"color: #333399;\">Citation: \u00abIl y a, en effet, depuis des si\u00e8cles des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n\u2019apercevons pas naturellement. Ce sont des artistes. A quoi vise l\u2019art, sinon \u00e0 nous montrer dans la nature et dans l\u2019esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience, [&#8230;] Les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certaine vision de choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. Un Corot, un Turner, pour ne citer que ceux-l\u00e0, ont aper\u00e7u dans la nature bien des aspects que nous ne remarquions pas. \u2014Dira-t-on qu\u2019ils n\u2019ont pas vu, mais cr\u00e9\u00e9, qu\u2019ils nous ont livr\u00e9 des produits de leur imagination, que nous adoptons leurs inventions parce qu\u2019elles nous plaisent, et que nous nous amusons simplement \u00e0 regarder la nature \u00e0 travers l\u2019image que les grands peintres nous en ont trac\u00e9e? \u2014C\u2019est vrai dans une certaine mesure; mais, s\u2019il en \u00e9tait uniquement ainsi, pourquoi dirions-nous de certaines \u0153uvres \u2014celles des ma\u00eetres\u2014 qu\u2019elles sont vraies? o\u00f9 serait la diff\u00e9rence entre le grand art et la pure fantaisie? Approfondissons ce que nous \u00e9prouvons devant un Turner ou un Corot: nous trouverons que, si nous les acceptons et les admirons, c\u2019est que nous avions d\u00e9j\u00e0 per\u00e7u quelques chose de ce qu\u2019ils nous montrent. Mais nous avions per\u00e7u sans apercevoir. C\u2019\u00e9tait, pour nous, une vision brillante et \u00e9vanouissante, perdue dans la foule de ces visions \u00e9galement brillantes, \u00e9galement \u00e9vanouissantes, qui se recouvrent dans notre exp\u00e9rience usuelle comme des \u00abdissolving views\u00bb, et qui constituent, par leur interf\u00e9rence r\u00e9ciproque, la vision p\u00e2le et d\u00e9color\u00e9e que nous avons habituellement des choses. Le peintre l\u2019a isol\u00e9e; il l\u2019a si bien fix\u00e9e sur la toile que, d\u00e9sormais, nous ne pourrons plus nous emp\u00eacher d\u2019apercevoir dans la r\u00e9alit\u00e9 ce qu\u2019il y a vu lui-m\u00eame.\u00bb pp. 182, 184<\/span> <\/span><br \/>\nPaul-Antoine Miquel<\/span>: En quoi consiste cet \u00e9largissement de la perception? La premi\u00e8re interpr\u00e9tation toute b\u00eate c&rsquo;est que le peintre va ajouter sa vision. Il va nous proposer sa vision, il va nous la communiquer. On ne va pas voir la pomme, on va voir en m\u00eame temps la vision que C\u00e9zanne propose de la pomme. Et si c&rsquo;est \u00e7a, si on comprend les choses simplement comme \u00e7a, alors \u00e7a donne un tour subjectiviste \u00e0 l&rsquo;art. Et on pourrait imaginer que c&rsquo;est ce que Bergson vise, puisque les deux peintres qu&rsquo;il vise Turner et Corot sont des peintres pr\u00e9-impressionnistes. Les <em>dissolving views<\/em>: Turner, au lieu de peindre l&rsquo;objet, le paysage, peint les impressions qu&rsquo;il a du paysage. C\u2019est la premi\u00e8re interpr\u00e9tation, on peut lire \u00e7a comme \u00e7a. Si on lit \u00e7a simplement comme \u00e7a, l&rsquo;\u00e9largissement c&rsquo;est \u00e7a, le peintre nous propose sa vision, on se trompe compl\u00e8tement sur le sens du texte. C\u2019est tr\u00e8s subtil Bergson. Pourquoi on se trompe compl\u00e8tement sur le sens du texte. Il le dit d\u00e8s le d\u00e9but: \u00e0 quoi vise l&rsquo;art? Il nous donne plusieurs signes. Premier signe: \u00e0 quoi vise l&rsquo;art sinon \u00e0 nous montrer dans la nature et dans l&rsquo;esprit hors de nous et en nous des choses qui ne frappaient pas explicitement\u00a0 nos sens. Ce que vise l&rsquo;art c&rsquo;est pas simplement \u00e0 restituer un v\u00e9cu. Ce qu&rsquo;il cherche ce n&rsquo;est pas simplement \u00e0 restituer ce qui se passe en nous, notre dimension int\u00e9rieure, ce qu&rsquo;il cherche c&rsquo;est la communication entre ce qu&rsquo;il y a en nous et ce qu&rsquo;il y a hors de nous. Ce qui est hors de nous, c&rsquo;est ce qui fait que nous participons de quelque chose qui n&rsquo;est pas tout que nous sommes dans un monde qui n&rsquo;est pas simplement le n\u00f4tre, c&rsquo;est \u00e0 dire dans un monde naturel. Il y a une dimension de l&rsquo;art qu&rsquo;on ne peut pas comprendre si on reste enferm\u00e9 dans la dimension v\u00e9cue, la dimension de la conscience comme si on faisait de Bergson simplement un philosophe de la conscience qui est \u00e0 mon avis une erreur capitale, non il y a <span style=\"color: #00ccff;\">une dimension cosmique<\/span>.<span style=\"color: #ff00ff;\"><br \/>\nAd\u00e8le<\/span>: Le geste de l&rsquo;artiste d\u00e9subjectivise la perception?<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: Absolument, en tout cas, il y a de la communication entre le dedans et le dehors \u00e0 travers l&rsquo;art, pour l&rsquo;artiste et pour le regardeur. On peut regarder des grands peintres, ils ont aper\u00e7u dans la nature bien des choses que nous ne remarquions pas. ll pr\u00e9pare une th\u00e9matique qui va \u00eatre celle de tout l\u2019article. C\u2019est que, attention, en fait, <span style=\"color: #00ccff;\">on parle du changement<\/span>, <span style=\"color: #00ccff;\">du mouvement<\/span>, on ne parle pas de la dur\u00e9e. Corot et Turner mettent en figure le changement. Dans les <em>Dissolving views<\/em>, vous voyez la mobilit\u00e9 des choses. Le fondu, c\u2019est \u00e7a le <em>dissolving view<\/em>, vous voyez la mobilit\u00e9 des choses, la mobilit\u00e9 dans les choses. Ce n\u2019est pas simplement dans ma vision, en moi, dans mon v\u00e9cu, c&rsquo;est dans les choses et c&rsquo;est ce passage du dedans au dehors. C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;artiste intervient, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9largissement, c&rsquo;est une esp\u00e8ce de trait d&rsquo;union, de <span style=\"color: #00ccff;\">t\u00e9moin qui nous fait passer du dedans au dehors<\/span>, qui nous fait voyager depuis le dedans depuis la dur\u00e9e immanente au v\u00e9cu de conscience, \u00e0 la dur\u00e9e immanente au tout de l&rsquo;univers.<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Ad\u00e8le<\/span>: L\u2019art nous met au contact avec la v\u00e9rit\u00e9, dit Bergson.<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel:<\/span> C\u2019est la m\u00eame chose, si vous regardez Corot et Courbet, ils \u00e9taient r\u00e9pertori\u00e9s dans le courant r\u00e9aliste. En 1911, les Impressionnistes sont connus, pourquoi Bergson ne cite-t-il pas les Impressionnistes? La v\u00e9rit\u00e9 pour lui: l\u2019art ce n&rsquo;est pas la fantaisie, \u00e7a dit quelque chose de vrai, pas simplement quelque chose de l&rsquo;imagination de l&rsquo;artiste. Il y a cette <span style=\"color: #00ccff;\">fonction de communication<\/span> qui appara\u00eet et du coup derri\u00e8re cette fonction de communication il y a <span style=\"color: #00ccff;\">un sens m\u00e9taphysique de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art<\/span>, il y a un sens qui n&rsquo;est pas simplement esth\u00e9tique mais m\u00e9taphysique de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art. 16:00. \u00c7a ne veut pas dire que l&rsquo;artiste\u00a0 est quelqu&rsquo;un qui est l&rsquo;\u00e9quivalent du philosophe. Ce n&rsquo;est pas du tout cela,\u00a0 il y a m\u00eame chez Bergson un certain d\u00e9dain pour l&rsquo;artiste. Si l&rsquo;on suit la conf\u00e9rence, vous verrez que c&rsquo;est le philosophe qui prend le relais quand il faudra parler du changement et on laissera l&rsquo;artiste compl\u00e8tement de c\u00f4t\u00e9.<br \/>\n<span style=\"color: #333399;\">Citation: \u00abL\u2019art suffirait donc \u00e0 montrer qu\u2019une extension des facult\u00e9s de percevoir est possible. Mais comment s\u2019op\u00e8re-t-elle? \u2014Remarquons que l\u2019artiste a toujours pass\u00e9 pour un \u00abid\u00e9aliste\u00bb. On entend par l\u00e0 qu\u2019il est moins pr\u00e9occup\u00e9 que nous du c\u00f4t\u00e9 positif et mat\u00e9riel de la vie. C\u2019est au sens propre du mot, un \u00abdistrait\u00bb. Pourquoi alors \u00e9tant plus d\u00e9tach\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9, arrive-t-il \u00e0 y voir plus de choses?\u00bb p. 184<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: L&rsquo;artiste est un id\u00e9aliste (un distrait) l&rsquo;\u00e9largissement de la perception ce n&rsquo;est pas la perception, telle qu&rsquo;elle est pr\u00e9sent\u00e9e dans <em>Mati\u00e8re et m\u00e9moire<\/em>. L&rsquo;artiste est un id\u00e9aliste \u00e7a veut dire que sa fonction est de nous d\u00e9tacher des besoins naturels, des besoins adaptatifs de l&rsquo;humain. Alors que La fonction de la perception au contraire c&rsquo;est de nous attacher aux besoins. Une des fonctions de la perception: un des \u00e9l\u00e9ments est que la perception elle est li\u00e9e au cerveau comme organe de <span style=\"color: #00ccff;\">l&rsquo;attention<\/span> \u00e0 la vie et donc elle est li\u00e9e aux besoins. La perception n&rsquo;\u00e9largit pas, elle retranche, elle est restrictive. Elle n&rsquo;est pas extensive. Dans la perception courante, la fonction remplie par la perception courante c&rsquo;est une fonction simplement biologique. La perception ce n&rsquo;est pas propre \u00e0 l&rsquo;humain. Tout \u00eatre vivant per\u00e7oit. M\u00eame la param\u00e9cie a des besoins et li\u00e9e \u00e0 ces besoins, il y a une relation entre perception et action. Pour tout \u00eatre vivant, pas besoin d&rsquo;un cerveau pour \u00e7a. Chez l&rsquo;homme, \u00e7a passe par le cerveau, l&rsquo;organe de <span style=\"color: #00ccff;\">l&rsquo;attention<\/span> et de l&rsquo;action.. mais chez tout \u00eatre vivant\u00a0 c&rsquo;est comme \u00e7a. <span style=\"color: #00ccff;\"><span style=\"color: #333333;\">Alors que l&rsquo;art c&rsquo;est tout \u00e0 fait autre chose. C&rsquo;est quelque chose qui de mani\u00e8re figur\u00e9e, de mani\u00e8re figurative, change la direction, nous met en direction du <span style=\"color: #00ccff;\">r\u00e9el<\/span> et essaie de nous \u00e9carter de cette direction biologique et adaptative qui est d&rsquo;abord la n\u00f4tre. C&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;il pratique<\/span> un \u00e9largissement de la perception<\/span>.\u00a0Ce n&rsquo;est pas juste percevoir.<br \/>\n<span style=\"color: #333399;\">Citation: \u00abAvant de philosopher, il faut vivre: et la vie exige que nous nous mettions des \u0153ill\u00e8res, que nous regardions non pas \u00e0 droite, \u00e0 gauche ou en arri\u00e8re, mais droit devant nous dans la direction o\u00f9 nous avons march\u00e9. Notre connaissance, bien loin de se constituer par une association graduelle d\u2019\u00e9l\u00e9ments simples, est l\u2019effet d\u2019une <span style=\"color: #00ccff;\">dissociation brusque<\/span>: dans le champ immens\u00e9ment vaste de notre <span style=\"color: #00ccff;\">connaissance virtuelle<\/span> nous avons cueilli, pour en faire une <span style=\"color: #00ccff;\">connaissance actuelle<\/span>, tout ce qui int\u00e9resse notre action sur les choses; nous avons n\u00e9glig\u00e9 le reste.\u00bb p. 185<\/span><span style=\"color: #ff00ff;\"><br \/>\nPaul-Antoine Miquel<\/span>: L\u00e0 on entre dans une autre tarte \u00e0 la cr\u00e8me sur Bergson. Qui consiste \u00e0 dire: donc la connaissance et donc la science n&rsquo;a qu&rsquo;un regard relatif sur son objet et ce qui atteint \u00e0 l&rsquo;absolu c&rsquo;est l&rsquo;artiste et le philosophe. Et \u00e7a c\u2019est compl\u00e8tement faux. C\u2019est un des poncifs de la pens\u00e9e bergsonnienne. La science est pr\u00e9cise. La tendance de fond c&rsquo;est de dire qu&rsquo;il y a une dimension de la connaissance, une dimension de la science qui touche quelque chose de la r\u00e9alit\u00e9. Et m\u00eame, en fait, de la perception. La perception n&rsquo;est pas simplement quelque chose qui a une fonction biologique, il y a d\u00e9j\u00e0 dans la perception quelque chose qui touche une dimension de la r\u00e9alit\u00e9. Parce qu&rsquo;en fait il y a d\u00e9j\u00e0 une forme d&rsquo;\u00e9largissement dans la science; simplement la forme d&rsquo;\u00e9largissement qui est dans la science n&rsquo;est pas de m\u00eame nature que celle qui est dans l&rsquo;art.\u00a025:19<br \/>\n<span style=\"color: #333399;\">Citation: \u00abLe cerveau para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 construit en vue de ce travail de s\u00e9lection. On le montrerait sans peine pour les op\u00e9rations de la m\u00e9moire. <span style=\"color: #00ccff;\">Notre pass\u00e9<\/span>, ainsi que nous le verrons dans une prochaine conf\u00e9rence, se conserve n\u00e9cessairement, automatiquement. Il <span style=\"color: #00ccff;\">survit tout entier<\/span>, mais notre int\u00e9r\u00eat pratique est de l\u2019\u00e9carter, ou du moins de n\u2019en accepter que ce qui peut \u00e9clairer et compl\u00e9ter plus ou moins utilement la situation pr\u00e9sente.\u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: C\u2019est vrai et c\u2019est faux en m\u00eame temps et pour la perception. Je lis \u00e0 la fin du chapitre premier de <i>Mati\u00e8re et M\u00e9moire<\/i> 1896&nbsp;: sur la perception&nbsp;: \u00abresterait alors cette seconde conclusion d\u2019ordre plut\u00f4t m\u00e9taphysique que nous sommes v\u00e9ritablement plac\u00e9s hors de nous dans la perception pure, que nous touchons alors la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019objet, dans <span style=\"color: #00ccff;\">une intuition imm\u00e9diate<\/span>.\u00bb 26:38 Il y a une intuition dans la perception pure. Comment expliquer un tel ph\u00e9nom\u00e8ne si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ce que dit normalement Bergson: Normalement au contraire c\u2019est quand je rentre en moi, quand je retrouve les v\u00e9cus de conscience que j\u2019atteins la dimension de l\u2019intuition philosophique. Et l\u00e0, c\u2019est en \u00e9tant plac\u00e9 hors de moi, que j\u2019atteins la dimension de l\u2019intuition qui est une dimension m\u00e9taphysique. Il y a quelque chose dans la perception qui n\u2019est pas simplement organique il y a d\u00e9j\u00e0 quelque chose dans la perception qui a une dimension m\u00e9taphysique. Et \u00e7a sera pareil pour la science, il y a quelque chose dans la science, qui n\u2019a pas simplement une dimension symbolique et relative. Il y aussi quelque chose dans la science qui a une dimension m\u00e9taphysique. <span style=\"color: #00ccff;\">Une dimension m\u00e9taphysique, \u00e7a veut dire qu\u2019on touche le r\u00e9el.<\/span> 27:34 Pourquoi? C\u2019est tr\u00e8s simple parce que dans la perception vous avez deux choses, la premi\u00e8re chose que beaucoup de gens ont eu beaucoup de mal \u00e0 comprendre, et d\u2019ailleurs il y en a qui font comme si \u00e7a n\u2019existait pas: il y a <span style=\"color: #00ccff;\">une th\u00e9orie de la r\u00e9flexion<\/span>, la perception nous place hors de nous, la perception c\u2019est comme si les choses se r\u00e9fl\u00e9chissaient en nous 27:57, donc elle nous d\u00e9personnalise compl\u00e8tement, elle nous place hors de nous, c\u2019est comme si les choses se r\u00e9fl\u00e9chissaient en nous. Et en m\u00eame temps, \u00e0 travers la perception, il y a une deuxi\u00e8me dimension, et les deux s\u2019entrecroisent d\u00e8s le d\u00e9but, cette deuxi\u00e8me dimension, ces choses qui se r\u00e9fl\u00e9chissent en nous, il y a quelque chose en nous qui est organique, biologique, c\u2019est le cerveau. C\u2019est l\u2019organe de <span style=\"color: #00ccff;\">l\u2019attention<\/span> qui trie, parmi ces choses qui se r\u00e9fl\u00e9chissent en nous, celles qui nous int\u00e9resse. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est la fonction biologique. Dans la perception, il y a aussi cette dimension qui fait que nous sommes plac\u00e9s hors de nous et pourquoi, parce que vous voyez, je vous regarde, et vous allez comprendre tout de suite ce que veut dire Bergson, c\u2019est tr\u00e8s b\u00eate: je vous regarde et je sais que vous \u00eates l\u00e0, c\u2019est aussi b\u00eate que \u00e7a: j\u2019ai beau me dire, mais bien entendu quand je sais toutes les choses qui font que vous \u00eates l\u00e0, je suis ramen\u00e9 \u00e0 mes sensations. Je suis donc ramen\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame, \u00e0 ma vision, \u00e0 mon ou\u00efe, \u00e0 mon toucher, \u00e0 mon odorat, et finalement si je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 tout ce qui fait que je sais que vous \u00eates l\u00e0, je retourne vers moi-m\u00eame, je suis enferm\u00e9 en moi-m\u00eame \u00e0 nouveau. Finalement je n\u2019ai aucune r\u00e9elle preuve tangible de votre existence et pourtant dans la perception je sais directement que vous \u00eates l\u00e0. Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette intuition? 29:22 Cette intuition sp\u00e9ciale qui fait que <span style=\"color: #00ccff;\">en m\u00eame temps<\/span>, \u2014c\u2019est le paradoxe de la perception, que reprendra Merleau Ponty apr\u00e8s, <span style=\"color: #00ccff;\">en m\u00eame temps<\/span>\u2014 je sais que vous \u00eates l\u00e0 et pourtant tous les \u00e9l\u00e9ments qui me permettent de savoir que vous \u00eates l\u00e0 viennent de moi et non pas de vous. Qu\u2019est-ce que c\u2019est&#8230;. eh bien parce qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 dans la perception, il n\u2019y a pas que des choses qui viennent de moi, il y a aussi des choses qui viennent de mon rapport \u00e0 l\u2019univers, de <span style=\"color: #00ccff;\">mon rapport \u00e0 la nature<\/span> 29:46. <span style=\"color: #00ccff;\">En m\u00eame temps<\/span> le message m\u00e9taphysique qui est contenu dans la perception d\u00e8s le d\u00e9part, c\u2019est \u00e7a, le message de la perception, c\u2019est: je ne suis pas simplement dans mon monde de v\u00e9cu de pens\u00e9e, dans le monde de la conscience, <span style=\"color: #00ccff;\">en m\u00eame temps<\/span> je vis dans un monde qui n\u2019est pas le mien. 30:03 Je suis <span style=\"color: #00ccff;\">dans deux mondes en m\u00eame temps<\/span>: c\u2019est <span style=\"color: #00ccff;\">le redoublement d\u2019immanence<\/span>, <span style=\"color: #00ccff;\">en m\u00eame temps<\/span> je suis en moi, et donc je le suis parce que je ressens depuis le dedans, de l\u2019int\u00e9rieur, la dur\u00e9e v\u00e9cue par moi-m\u00eame, et en m\u00eame temps par la perception, je suis plac\u00e9 hors de moi, c\u2019est \u00e0 dire que je fais partie d\u2019un tout qui n\u2019est pas moi, le tout dont je fais partie n\u2019est pas moi. Et bien le message de la science, c\u2019est d\u2019analyser ce tout dont je fais partie et qui n\u2019est pas moi, c\u2019est un message d\u2019objectivation, mais ce n\u2019est pas du tout un message simplement symbolique et artificiel, c\u2019est un message m\u00e9taphysique, il a un sens m\u00e9taphysique parce qu\u2019il nous dit vous faites partie d\u2019un univers qui n\u2019est pas simplement vous. Apr\u00e8s il faut arriver \u00e0 comprendre: c\u2019est pourquoi la science n\u2019est pas l\u2019art et pourquoi l\u2019art n\u2019est pas la science. 30:52<br \/>\n<span style=\"color: #333399;\">Citation: \u00ab<span style=\"color: #00ccff;\">Une attention<\/span> \u00e0 la vie qui serait suffisamment puissante, et suffisamment d\u00e9gag\u00e9e de tout int\u00e9r\u00eat pratique, embrasserait ainsi dans un pr\u00e9sent indivis\u00e9 l\u2019histoire pass\u00e9e tout enti\u00e8re de la personne consciente, \u2014non pas comme de l\u2019instantan\u00e9, non pas comme un ensemble de parties simultan\u00e9es, mais comme du <span style=\"color: #00ccff;\">continuellement pr\u00e9sent<\/span> qui serait aussi du <span style=\"color: #00ccff;\">continuellement mouvant<\/span>: telle, je le r\u00e9p\u00e8te, la m\u00e9lodie qu\u2019on per\u00e7oit indivisible, et qui constitue d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, si l\u2019on veut \u00e9tendre le sens du mot, un perp\u00e9tuel pr\u00e9sent, quoique cette perp\u00e9tuit\u00e9 n\u2019ait rien de commun avec l\u2019immutabilit\u00e9, ni cette indivisibilit\u00e9 avec l\u2019instantan\u00e9it\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019un pr\u00e9sent qui dure.\u2028 Ce n\u2019est pas l\u00e0 une hypoth\u00e8se. Il arrive, dans des cas exceptionnels, que <span style=\"color: #00ccff;\">l\u2019attention<\/span> renonce tout \u00e0 coup \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle prenait \u00e0 la vie: aussit\u00f4t, comme par enchantement, le pass\u00e9 redevient pr\u00e9sent. Chez des personnes qui voient surgir devant elles, \u00e0 l\u2019improviste, la menace d\u2019une mort soudaine, chez l\u2019alpiniste qui glisse au fond d\u2019un pr\u00e9cipice, chez des noy\u00e9s et chez des pendus, il semble qu\u2019<span style=\"color: #00ccff;\">une conversion brusque de l\u2019attention<\/span> puisse se produire, \u2014quelque chose comme un changement d\u2019orientation de la conscience qui, jusqu\u2019alors tourn\u00e9e vers l\u2019avenir et absorb\u00e9e par les n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019action, subitement s\u2019en d\u00e9sint\u00e9resse. Cela suffit pour que mille et mille d\u00e9tails \u00aboubli\u00e9s\u00bb soient rem\u00e9mor\u00e9s, pour que l\u2019histoire enti\u00e8re de la personne se d\u00e9roule devant elle en <span style=\"color: #00ccff;\">un mouvant panorama<\/span>.\u00bb p.201<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: Je voudrais revenir pour \u00eatre clair, sur les probl\u00e8mes qu\u2019on va poser l\u00e0, revenir sur qu\u2019est-ce qui fait la diff\u00e9rence entre le savant et l\u2019artiste. On a <span style=\"color: #00ccff;\">deux personnages<\/span>, et on a vu qu\u2019il ne faut pas d\u00e9valoriser le savant. Le savant n\u2019est pas un imb\u00e9cile, c\u2019est tr\u00e8s important, parce qu\u2019il y a toute une partie de la culture philosophique fran\u00e7aise qui va tomber dans le panneau, qui va penser qu\u2019on peut faire de la philosophie sans interroger la science. Et \u00e7a c\u2019est une grave erreur. Et ce n\u2019est pas l\u2019erreur que faisait Bergson. Qu\u2019est-ce qui manque dans la perspective scientifique, dans la perspective explicative de la science qui fait qu\u2019on n\u2019atteint pas la dimension expressive de l\u2019art? Ce qui manque c\u2019est une pens\u00e9e du changement, c\u2019est une exp\u00e9rience du changement, 35:19 parce que quand vous regardez, et c\u2019est comme \u00e7a que Bergson le lit et avec une certaine r\u00e9ussite, quand vous regardez ce que c\u2019est que le travail du savant, il nous parle de l\u2019univers. C\u2019est extraordinaire, d\u00e9j\u00e0 de faire \u00e7a, il nous fait sortir de nous-m\u00eame, de notre coquille. C\u2019est \u00e7a la grande r\u00e9ussite <span style=\"color: #00ccff;\">du savant<\/span>. <span style=\"color: #00ccff;\">Il nous parle de l\u2019univers<\/span>, il nous dit des choses de nous mais il nous dit bien plus que des choses de nous, il nous dit des choses de nous en tant que nous faisons partie de quelque chose de plus large que nous, de plus important que nous d\u2019une certaine fa\u00e7on, qui s\u2019appelle l\u2019univers. Et finalement, nous ne sommes plus grand chose dans cet univers, dont il parle, le savant. Comment fait-il pour parler de l\u2019univers? Toujours de la m\u00eame mani\u00e8re, il analyse ce qui change \u00e0 partir de ce qui ne change pas. Il analyse ce qui bouge \u00e0 partir de ce qui ne bouge pas. Pour arriver \u00e0 \u00e9crire des \u00e9quations, d\u00e9gager une structure, un syst\u00e8me th\u00e9orique, sans entrer dans les d\u00e9tails, il faut toujours proc\u00e9der de cette fa\u00e7on. <span style=\"color: #00ccff;\">Partir de ce qui change et expliquer ce qui change par ce qui ne change pas<\/span>. Voyez qu\u2019il y a un engagement philosophique derri\u00e8re cette m\u00e9thode. C\u2019est un engagement qui vise \u00e0 valoriser l\u2019\u00eatre&#8230;.<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Ad\u00e8le<\/span>: Qu\u2019est-ce qui change et qu\u2019est-ce qui ne change pas?<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: Prenez par exemple une plan\u00e8te qui tourne autour du soleil, \u00e7a bouge, \u00e7a change, la fl\u00e8che d\u2019Achille, \u00e7a bouge, \u00e7a change. Si vous prenez la plan\u00e8te qui tourne autour du soleil, vous allez expliquer ce mouvement \u00e0 partir de quelque chose, la structure du mouvement qui est compl\u00e8tement \u00e9ternel. La structure du mouvement est donn\u00e9 par des \u00e9quations, par une formule, qui vont montrer qu\u2019il y a des sym\u00e9tries derri\u00e8re le mouvement de la plan\u00e8te et que ces sym\u00e9tries sont toujours les m\u00eames. Elles vont permettre d\u2019expliquer et de calculer la trajectoire de la plan\u00e8te, donc vous voyez j\u2019explique ce qui bouge, \u00e0 partir de ce qui ne bouge pas, et finalement du coup forc\u00e9ment, ce qui bouge, \u00e7a n\u2019a pas beaucoup d\u2019importance, c\u2019est le ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019il faut expliquer et pour l\u2019expliquer on atteint le niveau du r\u00e9el et le niveau du r\u00e9el, c\u2019est ce qui ne bouge pas. La tentation est tr\u00e8s grande, quand on se place dans la logique du savant de penser qu\u2019il faut comprendre le devenir \u00e0 partir de l\u2019\u00eatre et non l\u2019\u00eatre \u00e0 partir du devenir. 37:34\u2028 L\u2019artiste inverse exactement cette position. C\u2019est pour \u00e7a que <span style=\"color: #00ccff;\">le probl\u00e8me du changement arrive<\/span>, et que l\u2019artiste se retrouve d\u2019un seul coup plus pr\u00e8s du philosophe, parce que le philosophe dont il est question \u00e0 travers la pens\u00e9e de Bergson, et c\u2019est une curiosit\u00e9 dans la pens\u00e9e occidentale, c\u2019est <span style=\"color: #00ccff;\">un philosophe du devenir<\/span>, et ce n\u2019est pas un philosophe de l\u2019\u00eatre. Il renverse la hi\u00e9rarchie m\u00e9taphysique traditionnelle. Il y a une m\u00e9taphysique spontan\u00e9e dans la science classique qui est cette m\u00e9taphysique qui dit: je vais expliquer ce qui change \u00e0 partir de ce qui ne change pas et pas l\u2019inverse. Et donc l\u00e0 il renverse la hi\u00e9rarchie et c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il a besoin d\u2019un personnage pour l\u2019aider \u00e0 changer cette hi\u00e9rarchie. Et ce personnage qui l\u2019aide, c\u2019est l\u2019artiste. L\u2019artiste voit le changement dans les choses. Il le voit aussi en nous et il le voit en m\u00eame temps dans les choses et puisque vous avez lu ce passage de Van Gogh, vous voyez bien: qu\u2019est-ce qu\u2019il voit dans la robe, des tourbillons, qu\u2019est-ce que c\u2019est ces tourbillons, c\u2019est des rivi\u00e8res, \u00e7a communique, ce qu\u2019il voit et la nature, \u00e7a communique, il y a une esp\u00e8ce de <span style=\"color: #00ccff;\">violence de la nature<\/span>, qu\u2019on voit \u00e0 travers les tableaux de <span style=\"color: #00ccff;\">Van Gogh<\/span>, c\u2019est aussi la <span style=\"color: #00ccff;\">violence de l\u2019esprit<\/span>, mais c\u2019est <span style=\"color: #00ccff;\">en m\u00eame temps<\/span> la violence de la nature, les deux choses communiquent. C\u2019est cette expressivit\u00e9 cosmique, c\u2019est \u00e7a que l\u2019artiste voit.<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Ad\u00e8le<\/span>:&#8230; et pourtant, quand on lit les deux conf\u00e9rences sur le changement, on voit que Bergson apr\u00e8s avoir pris le personnage de l\u2019artiste, et du savant en revient au philosophe. La philosophie a quelque chose de plus que n\u2019a pas l\u2019art ni la science.<br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: Le philosophe remet avec des mots, et retrouve des sch\u00e8mes conceptuels, parce que tout \u00e0 l\u2019heure, on a d\u00e9valoris\u00e9 le concept, mais il faut quand m\u00eame le revaloriser un peu. Le philosophe, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait le titre de mon premier livre, n\u2019est pas simplement un homme qui a de l\u2019imagination, c\u2019est aussi une pens\u00e9e qui s\u2019exprime \u00e0 travers des concepts, la pens\u00e9e philosophique, ils disent souvent \u00e0 partir de l\u2019<em>\u00c9volution cr\u00e9atrice<\/em>, l\u2019intuition chevauche l\u2019intelligence. Et dieu sait qu\u2019il y a aussi une dimension dialectique dans l\u2019intuition dans l\u2019<em>\u00c9volution cr\u00e9atrice<\/em>, ce ne sont pas des concepts au sens traditionnel, ce ne sont pas des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, c\u2019est des <span style=\"color: #00ccff;\">sch\u00e8mes conceptuels<\/span>. Il y a toujours un lien entre le concept et l\u2019image, \u00e0 travers les concepts philosophiques: regardez la dur\u00e9e, l\u2019\u00e9lan vital, vous avez toujours un lien, \u00e7a donne \u00e0 penser, ce n\u2019est jamais explicite le sens d\u2019un concept philosophique, chez Bergson. Le philosophe va ressaisir cela, puisque c\u2019est lui qui va donner finalement, d\u00e9gager <span style=\"color: #00ccff;\">une vision du r\u00e9el<\/span> v\u00e9ritablement. Le peintre ne fait que la figurer sur l\u2019instant en regardant quelque chose, <span style=\"color: #00ccff;\">il va figurer<\/span>, il va exprimer <span style=\"color: #00ccff;\">quelque chose du changement<\/span>, mais le philosophe va donner une vision du r\u00e9el, il va dire ce qui est devant, ce n\u2019est pas l\u2019\u00eatre, ce qui est devant, <span style=\"color: #00ccff;\">c\u2019est le changement, \u00e7a c\u2019est une vision du r\u00e9el, c\u2019est une m\u00e9taphysique<\/span>.<br \/>\n<span style=\"color: #333399;\">Citation: \u00abce qu\u2019il y avait d\u2019immobile et de glac\u00e9 dans notre perception se r\u00e9chauffe et se met en mouvement. Tout s\u2019anime autour de nous, tout se revivifie en nous. Un grand \u00e9lan emporte les \u00eatres et les choses. Par lui nous nous sentons soulev\u00e9s, entra\u00een\u00e9s, port\u00e9s. Nous vivons davantage, et ce surcro\u00eet de vie am\u00e8ne avec lui la conviction que de graves \u00e9nigmes philosophiques pourront se r\u00e9soudre ou m\u00eame peut-\u00eatre qu\u2019elles ne doivent pas se poser, \u00e9tant n\u00e9es d\u2019une vision fig\u00e9e du r\u00e9el et n\u2019\u00e9tant que la traduction, en termes de pens\u00e9e, d\u2019un certain affaiblissement artificiel de notre vitalit\u00e9. Plus, en effet, nous nous habituons \u00e0 penser et \u00e0 percevoir toutes choses <em>sub specie durationis<\/em>, plus nous nous enfon\u00e7ons dans la dur\u00e9e r\u00e9el. Et plus nous nous y enfon\u00e7ons, plus nous nous repla\u00e7ons dans la direction du principe, pourtant transcendant, dont nous participons et dont l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ne doit pas \u00eatre une \u00e9ternit\u00e9 d\u2019immutabilit\u00e9, mais une \u00e9ternit\u00e9 de vie: comment, autrement, pourrions-nous vivre et nous mouvoir en elle? In <em>ea vivimus et movemus et sumus<\/em>.\u00bb [formule de Saint Paul: \u00abc\u2019est en lui [Dieu] que nous vivons, que nous nous mouvons, et que nous trouvons ce que nous sommes\u00bb. Bergson la modifie en substituant \u00e0 Dieu \u00abune \u00e9ternit\u00e9 de vie\u00bb.] p. 207<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\">Paul-Antoine Miquel<\/span>: [Ainsi s\u2019ach\u00e8ve cette conf\u00e9rence] Bergson reprend la formule de Spinoza, <em>sub specie aeternitatis<\/em> il la transforme, \u00e7a devient <em>sub specie durationis<\/em>. Cette dur\u00e9e n\u2019est plus simplement \u00e0 nous, elle est en m\u00eame temps dans les choses. C\u2019est \u00e7a en fait qu\u2019on voit appara\u00eetre l\u00e0 et c\u2019est l\u2019un des messages forts qu\u2019il y a dans cette conf\u00e9rence. C\u2019est de bien comprendre qu\u2019on sort de nous, qu\u2019on n\u2019analyse plus simplement la dur\u00e9e v\u00e9cue par la conscience, mais qu\u2019on tombe dans <span style=\"color: #00ccff;\">la dur\u00e9e immanente<\/span>, au tout de l\u2019univers et que c\u2019est cette communication, ce voyage, cette communication entre les deux qu\u2019il faut faire. Ensuite on a juste un petit peu vogu\u00e9 dans cette direction parce qu\u2019apr\u00e8s il faudrait approfondir, comprendre pourquoi est-ce que Bergson, qu\u2019est-ce qui justifie dans la construction de la vision du r\u00e9el de Bergson, cette m\u00e9taphysique du devenir qu\u2019il veut nous pr\u00e9senter, l\u00e0 on sugg\u00e8re simplement. Voyez, l\u2019artiste nous montre le changement alors que le savant ne peut pas le faire. Mais il faut faire plus que sugg\u00e9rer, il faut construire, il faut qu\u2019il y ait une vision construite qui passe par des sch\u00e8mes conceptuels. On le voit dans <em>Mati\u00e8re et M\u00e9moire<\/em>, dans <em>l\u2019Evolution cr\u00e9atrice<\/em>. Par exemple, <span style=\"color: #00ccff;\">la th\u00e9orie des deux ordres<\/span>, c\u2019est un point essentiel de <span style=\"color: #00ccff;\">cette m\u00e9taphysique du devenir<\/span>, c\u2019est la th\u00e9orie des deux ordres: je ne peux jamais dire ce qu\u2019est le r\u00e9el, je ne peux pas dire le r\u00e9el c\u2019est l\u2019esprit, le r\u00e9el c\u2019est l\u2019esprit en un certain sens, si je me place d\u2019un certain point de vue mais il y a toujours l\u2019autre point de vue, qui est pr\u00e9sent <span style=\"color: #00ccff;\">en m\u00eame temps<\/span> et qui fait qu\u2019il faut que je dise aussi le r\u00e9el c\u2019est la mati\u00e8re. Donc il y a ce glissement permanent d\u2019un point de vue \u00e0 un autre point de vue, qui fait que justement si j\u2019analyse finalement ce qu\u2019est <span style=\"color: #00ccff;\">le r\u00e9el<\/span> je ne peux jamais m\u2019arr\u00eater simplement \u00e0 un point de vue, il faut que j\u2019embrasse <span style=\"color: #00ccff;\">la pluralit\u00e9 des points de vue<\/span> et derri\u00e8re cette pluralit\u00e9 des points de vue, l\u00e0 appara\u00eet clairement <span style=\"color: #00ccff;\">la th\u00e9matique du devenir<\/span>, l\u00e0 appara\u00eet clairement le fait que je n\u2019ai pas de structures de substantialit\u00e9 arr\u00eat\u00e9s du r\u00e9el que je peux d\u00e9finir une fois pour toutes, c\u2019est un des outils dont se sert Bergson pour d\u00e9velopper sa m\u00e9taphysique du devenir. Il y en a d\u2019autres dans <em>Mati\u00e8re et M\u00e9moire<\/em>. \u2028Je vais souvent en Extr\u00eame Orient, quand on discute de Bergson avec des Cor\u00e9ens ou des Japonais ou des Chinois, imm\u00e9diatement pour eux c\u2019est leur culture, ils voient le lien entre une pens\u00e9e du devenir et une pens\u00e9e de la vie. Le lien est presque direct.. si vous inversez l\u2019ordre des choses, vous dites que ce qui est au fond, ce n\u2019est pas l\u2019\u00eatre, c\u2019est le devenir, vous posez tout de suite le probl\u00e8me de savoir, est-ce que je ne vais pas tomber dans une approche vitaliste de la r\u00e9alit\u00e9. On peut citer Lao Tse. Bergson est l\u2019h\u00e9ritier d\u2019une tradition qui a peu de repr\u00e9sentants dans le monde occidental.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>France Culture&nbsp;:\u00c9clairages de Paul-Antoine Miquel\u00a0sur Henri Bergson, \u00a0La pens\u00e9e et le mouvant, 1934; \u00ab La perception du changement, conf\u00e9rences faites \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Oxford, le 26 et le 27 mai 1911\u00bb, Garnier Flammarion, pp.177-207.\u00a0Retranscription de l&rsquo;entretien entre Paul-Antoine Miquel et Ad\u00e8le Van Reeth&nbsp;: \u00c0 la recherche de l&rsquo;objet de l&rsquo;art. Quel est l&rsquo;objet de l&rsquo;art &gt; &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=3515\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">3 juin 1936. 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