{"id":2004,"date":"2016-09-08T11:30:38","date_gmt":"2016-09-08T10:30:38","guid":{"rendered":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=2004"},"modified":"2016-09-15T07:42:46","modified_gmt":"2016-09-15T06:42:46","slug":"karl-jaspers-van-gogh","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=2004","title":{"rendered":"Karl Jaspers. Van Gogh"},"content":{"rendered":"<div class=\"one_third\">\n<p>in <a href=\"http:\/\/www.leseditionsdeminuit.fr\/livre-Strindberg_et_Van_Gogh-2144-1-1-0-1.html\">Karl Jaspers, <em>Strindberg et Van Gogh, Swedenborg \u2013 H\u00f6lderlin<\/em><\/a>. Traduit de l\u2019allemand par H\u00e9l\u00e8ne Naef pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de \u00abLa folie par excellence\u00bb par Maurice Blanchot, collection Arguments, \u00e9dition de 1970, 244 pages. L\u2019\u00e9tude, elle, para\u00eet en 1922. R\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 1949, avec une nouvelle introduction par Karl Jaspers: \u00abLa philosophie n\u2019a pas un champ d\u2019\u00e9tude qui lui soit propre, mais les recherches scientifiques concr\u00e8tes deviennent philosophiques si elles remontent consciemment jusqu\u2019aux limites et aux sources de notre \u00eatre. [\u2026] cette analyse \u00e9tait simplement le moyen de trouver les points de vue o\u00f9 l\u2019on doit se placer pour apercevoir les \u00e9nigmes v\u00e9ritables et en prendre conscience.\u00bb La Deuxi\u00e8me partie du livre, \u00abComparaison entre Strindberg et d&rsquo;autres <span style=\"color: #00ccff;\">schizophr\u00e8nes d&rsquo;un niveau spirituel \u00e9lev\u00e9<\/span>\u00bb, comporte le chapitre IV pp.187-219, intitul\u00e9 \u00abVAN GOGH, expos\u00e9 biographique et pathologique\u00bb. Mais on peut lire le dit expos\u00e9 comme un simple et magnifique essai de th\u00e9orie de l&rsquo;art \u00e0 propos de Van Gogh. C\u2019est \u00abl\u2019originalit\u00e9, le c\u00f4t\u00e9 exceptionnel\u00bb de l\u2019art de Van Gogh qui est mis \u00e0 nu. Il reste \u00e0 faire un travail de reprise du corpus chronologique (impossible semble-t-il) de toute son \u0153uvre au regard de ses lettres qui, elles, \u00e9tablissent sa biographie \u00ab\u00a0\u00e0 la lettre\u00a0\u00bb. Le parall\u00e8le avec H\u00f6lderlin est particuli\u00e8rement s\u00e9duisant, la qualit\u00e9 de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre trouvant une belle \u00e9quivalence. [Les mots en <span style=\"color: #ff00ff;\">rose<\/span> signalent les d\u00e9buts de paragraphe. Les mots en <span style=\"color: #ff6600;\"><span style=\"color: #00ccff;\">bleu<\/span><\/span> les mots et expressions que nous soulignons.]<\/p>\n<p>\u00abOn ne poss\u00e8de pas, pour la maladie de Van Gogh comme pour celle de H\u00f6lderlin, une pathologie d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie. Je tenterai donc de faire tout d\u2019abord un portrait, une description de la vie de l\u2019homme d\u2019apr\u00e8s les documents dont je dispose. (lettres de Van Gogh \u00e0 son fr\u00e8re Th\u00e9o).\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">La nature de Van Gogh<\/span> (n\u00e9 en 1853) n\u2019est pas de celles que l\u2019on rencontre couramment. Il a une disposition \u00e0 s\u2019isoler, il peut passer pour sauvage malgr\u00e9 les aspirations contraires qui lui font rechercher la compagnie et l\u2019amiti\u00e9. Pour la plupart de ceux qui l\u2019entourent \u2014pas pour tous\u2014, la vie commune avec lui est difficile; il a peu de succ\u00e8s dans ses relations avec autrui. On nous dit que \u00abVan Gogh pr\u00eatait \u00e0 rire par sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et de se comporter, car il agissait, pensait, sentait et vivait autrement que les jeunes gens de son \u00e2ge&#8230; Il avait toujours une expression absente, m\u00e9ditative, grave ou m\u00e9lancolique. Mais lorsqu\u2019il riait, c\u2019\u00e9tait de bon c\u0153ur, avec jovialit\u00e9, et tout son visage s\u2019\u00e9clairait\u00bb. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Il s\u2019adapte<\/span> difficilement ou pas du tout; il semble n\u2019avoir aucun but, et pourtant il est anim\u00e9 d\u2019un sentiment qu\u2019il faut bien nommer foi. Quoiqu\u2019il soit demeur\u00e9 longtemps inoccup\u00e9 et sans but pr\u00e9cis, il reste toujours persuad\u00e9 d\u2019\u00eatre port\u00e9 par le destin. Tr\u00e8s religieux d\u00e8s sa jeunesse, il est jusqu\u2019\u00e0 la fin soutenu dans toute son activit\u00e9 par une pi\u00e9t\u00e9 consciente qui ne doit rien \u00e0 l\u2019\u00c9glise ou aux dogmes.\u00a0De tout temps, il va au substantiel, \u00e0 l\u2019essentiel, au sens profond de l\u2019existence; alors qu\u2019il est employ\u00e9 chez le marchand de tableaux Goupil, il ne parvient pas \u00e0 fournir le travail qu\u2019on attend de lui, parce qu\u2019il place la valeur artistique, la qualit\u00e9 de la marchandise au-dessus des int\u00e9r\u00eats de la maison; il n\u2019a pas plus de chance comme r\u00e9p\u00e9titeur en Angleterre, car il poursuit des objets tout \u00e0 fait \u00e9trangers \u00e0 ses fonctions. De m\u00eame, quand il se lance dans la th\u00e9ologie, les \u00e9tudes l\u2019\u00e9loignent du sens de sa vocation qui est d\u2019apporter l\u2019\u00e9vangile aux hommes, et il consid\u00e8re \u00abtoute l\u2019universit\u00e9, du moins en ce qui concerne la th\u00e9ologie comme une in\u00e9narrable \u00e9cole de fausset\u00e9 et de pharisa\u00efsme.\u00bb Finalement, il \u00e9vang\u00e9lise les mineurs du Borinage en qualit\u00e9 d\u2019assistant volontaire, mais il tombe dans une d\u00e9ch\u00e9ance telle qu\u2019un beau jour son p\u00e8re vient le chercher et le ram\u00e8ne \u00e0 la maison. Il a environ 26 ans.<!--more--><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\">A cette \u00e9poque<\/span>, Van Gogh est terriblement tourment\u00e9: \u00abJe n\u2019ai qu\u2019un souci: \u00e0 quoi pourrai-je \u00eatre bon? Ne pourrais-je pas servir, me rendre utile d\u2019une fa\u00e7on quelconque?\u00bb C\u2019est alors que le sentiment d\u2019une vocation va enfin remplir sa vie: \u00abJe me suis dit: je reprendrai mon crayon et je me remettrai au dessin, et d\u00e8s lors tout a chang\u00e9 pour moi.\u00bb D\u00e9sormais, il se voue \u00e0 l\u2019art. Il se cultive d\u2019abord en autodidacte chez ses parents, puis \u00e0 la Haye, devant les grands ma\u00eetres de l\u2019\u00c9cole hollandaise, \u00e0 Anvers, en maints s\u00e9jours \u00e0 la campagne. <span style=\"color: #ff00ff;\">\u2028En 1881<\/span>, Van Gogh s\u2019\u00e9prend d\u2019une jeune veuve; il se heurte \u00e0 un refus, comme en 1873 d\u00e9j\u00e0, lors d\u2019un premier amour pour une jeune fille. Peu apr\u00e8s, il recueille une malheureuse, enceinte, et met dans cette aventure toute sa soif de tendresse, jusqu\u2019au jour o\u00f9, malgr\u00e9 lui et d\u00e9sol\u00e9 par la tristesse de la vie, il se laisse s\u00e9parer de la mis\u00e9rable cr\u00e9ature, qui n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs qu\u2019une intrigante.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Du d\u00e9but de 1886 au printemps de 1888,<\/span> Van Gogh est chez son fr\u00e8re Th\u00e9o \u00e0 Paris et il d\u00e9couvre les impressionnistes. Son existence mat\u00e9rielle est assur\u00e9e uniquement par son fr\u00e8re, et le sera jusqu\u2019\u00e0 la fin. Cette relation fraternelle, faite de compr\u00e9hension profonde et d\u2019amour g\u00e9n\u00e9reux, est un des \u00e9l\u00e9ments essentiels de la vie affective de Vincent Van Gogh. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Si l\u2019on parcourt ses lettres<\/span> dans l\u2019ordre o\u00f9 il les \u00e9crivit pour y trouver les premiers indices de la psychose qui se manifesta plus tard, on voit qu\u2019\u00e0 partir de d\u00e9cembre 1885, il parle constamment de malaises psychiques, chose qui s\u2019explique ais\u00e9ment: ses ressources sont tr\u00e8s modiques \u2014il emploie presque tout son argent \u00e0 acheter des toiles et des couleurs\u2014, il ne mange que rarement des mets chauds, se nourrit de pain, fume beaucoup pour tromper le vide de son estomac, et cela, durant de longues p\u00e9riodes. Il se sent souvent \u00abfaible\u00bb, \u00e9prouve apr\u00e8s un effort \u00abun sentiment de faiblesse dans tout le corps\u00bb. Il fait des r\u00e9flexions sur sa constitution et se r\u00e9jouit du fait qu\u2019un docteur l\u2019a pris pour un forgeron. Mais finalement il souffre de l\u2019estomac, se met \u00e0 tousser et se d\u00e9clare litt\u00e9ralement \u00e9puis\u00e9. Enfin il est presque surpris, au d\u00e9but de 1886, de se sentir faible et fi\u00e9vreux. Quoique le coffre soit encore bon, pense-t-il, il n\u2019est plus que l\u2019ombre de ce qu\u2019il aurait pu \u00eatre. Il va mieux ensuite, puis ce sont des rechutes et, dans les ann\u00e9es de Paris (1886 et 1887), son \u00e9tat para\u00eet \u00eatre rest\u00e9 peu satisfaisant. <span style=\"color: #ff00ff;\">Quand il part pour Arles, en f\u00e9vrier 1888<\/span> \u2014la correspondance reprend\u00a0 alors\u2014, il se sent bient\u00f4t mieux que vers la fin de son s\u00e9jour \u00e0 Paris. \u00abJe n\u2019en pouvais v\u00e9ritablement plus.\u00bb \u00abQuand je t\u2019ai quitt\u00e9, \u00e0 la gare du Midi, bien navr\u00e9 et presque malade et presque alcoolique, \u00e0 force de me monter le cou [&#8230;]\u00bb. \u00abJ\u2019\u00e9tais s\u00fbrement sur le droit chemin d\u2019attraper une paralysie quand j\u2019ai quitt\u00e9 Paris. \u00e7a m\u2019a joliment pris apr\u00e8s! Quand j\u2019ai cess\u00e9 de boire, quand j\u2019ai cess\u00e9 de tant fumer, quand j\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au lieu de chercher \u00e0\u00a0 ne pas penser, mon Dieu! quelles m\u00e9lancolies et quel abattement!\u00bb Il va bient\u00f4t beaucoup mieux mais il ne cesse pas pour autant de donner des nouvelles de sa sant\u00e9. Ses lettres fournissent toujours plus de renseignements et abondent en allusions \u00e0 des anomalies psychiques. On voit que Van Gogh, en f\u00e9vrier 1888, parle comme d\u2019une chose pass\u00e9e d\u2019un \u00e9tat o\u00f9, dit-il, son cerveau \u00e9tait \u00abpresque ruin\u00e9\u00bb. Mais en m\u00eame temps qu\u2019une am\u00e9lioration physique, un changement psychique se r\u00e9v\u00e8le. Nous continuons \u00e0 suivre l\u2019ordre des dates, partant des malaises purement physiques, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparition des ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques. <span style=\"color: #ff00ff;\">Van Gogh dit \u00ab\u00eatre furieux contre lui-m\u00eame\u00bb<\/span> et voudrait avoir un \u00abtemp\u00e9rament fort et un vrai bon sang\u00bb. \u00abEtant trait\u00e9 avec un peu de douceur, mon corps ne me refuse pas ses services.\u00bb \u00abUn seul petit verre de cognac me grise, ici [&#8230;]. Seulement, j\u2019ai l\u2019estomac terriblement faible.\u00bb Il souffre de \u00abmalaises\u00bb; il y a bien des jours \u00abo\u00f9 il souffre beaucoup\u00bb. Il se plaint de la nourriture, mauvaise et mal pr\u00e9par\u00e9e. En mai, il voudrait d\u2019abord \u00abavoir son organisme nerveux tranquillis\u00e9\u00bb. Avec un peu de calme, il esp\u00e8re \u00abne pas tomber essouffl\u00e9 avant le temps\u00bb. Apr\u00e8s un travail intensif, il est \u00absi \u00e9reint\u00e9 et si malade qu\u2019il ne se sentait pas la force de rester seul et qu\u2019il s\u2019est trop laiss\u00e9 faire\u00bb. \u00abC\u2019\u00e9tait surtout leur mauvaise nourriture qui faisait que cela tra\u00eenait.\u00bb Bient\u00f4t apr\u00e8s, il dit que son estomac va mieux. Puis, de nouveau&nbsp;: \u00abOn est malade et cela ne passera point et on n\u2019y peut pr\u00e9cis\u00e9ment y rem\u00e9dier.\u00bb L\u2019espoir lui revient: \u00abJe me refais d\u00e9cid\u00e9ment, et l\u2019estomac depuis le mois \u00e9coul\u00e9 a gagn\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment. <em>Je souffre encore d\u2019\u00e9motions mal motiv\u00e9es mais involontaires et d\u2019h\u00e9b\u00e9tement<\/em>.\u00bb Il r\u00e9sume: \u00ab\u00e7a ne m\u2019a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 moi que ma carcasse bien d\u00e9molie, mon cerveau bien toqu\u00e9, pour ce qui est de vivre comme je pourrais et devrais vivre: en philanthrope.\u00bb \u00abLa bonne chaleur me rend mes forces [&#8230;]. Oui, je me porte aussi bien que les autres hommes maintenant.\u00bb \u00abJe suis plus heureux de me sentir d\u2019anciennes forces revenir que je n\u2019aurais pens\u00e9 pouvoir l\u2019\u00eatre.\u00bb Simultan\u00e9ment, ses d\u00e9sirs sexuels s\u2019att\u00e9nuent: \u00abOn voit ce d\u00e9sir dispara\u00eetre justement au moment o\u00f9 on se refait.\u00bb Pourtant, il se sent toujours encore \u00absur un volcan\u00bb: \u00abJe sens aussi la possibilit\u00e9 de m\u2019abrutir et de voir passer l\u2019heure de la puissance de production artistique, comme dans le cours de la vie on perd ses couilles [&#8230;]. Aussi je me morfonds tr\u00e8s souvent.\u00bb Il troue sa vie \u00abagit\u00e9e et inqui\u00e8te\u00bb et ignore \u00absi la puissance de travailler se maintiendra demain [&#8230;]. Tout de m\u00eame, plut\u00f4t que de perdre des forces physiques, j\u2019en reprends et surtout l\u2019estomac est plus fort\u00bb. \u00abJe n\u2019ai pas mal \u00e0 l\u2019estomac actuellement. Et cons\u00e9quemment, je me sens la t\u00eate plus libre.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">En octobre,<\/span> il se plaint d\u2019avoir \u00abla vue fatigu\u00e9e\u00bb et \u00abla caboche vide\u00bb. \u00abJe ne suis pas malade, mais je le deviendrai sans le moindre doute si je ne prenais pas une forte nourriture et si je ne cessais pas de peindre pour quelques jours. Enfin, je suis encore une fois \u00e0 peu pr\u00e8s r\u00e9duit au cas de la folie d\u2019Hugue van der Goes dans le tableau d\u2019Emile Wauters. Et si ce n\u2019\u00e9tait que j\u2019eusse une nature un peu double comme serait celle et d\u2019un moine et d\u2019un peintre, je serais, et cela depuis longtemps, enti\u00e8rement et en plein, r\u00e9duit au cas susmentionn\u00e9. Enfin m\u00eame alors, je ne crois pas que ma folie serait [celle] de la pers\u00e9cution, puisque <em>mes sentiments \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019exaltation donnent plut\u00f4t dans les pr\u00e9occupations d\u2019\u00e9ternit\u00e9 et de vie \u00e9ternelle.<\/em> Mais quand m\u00eame, il faut que je m\u00e9fie de mes nerfs.\u00bb C\u2019est justement \u00e0 ce moment o\u00f9 la crise se rapproche que Gauguin vient le rejoindre. \u00abJ\u2019ai eu un moment un peu <em>le sentiment que j\u2019allais \u00eatre malade<\/em>, mais la venue de Gauguin m\u2019a tellement distrait que je suis s\u00fbr que cela passera.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Si, d\u2019apr\u00e8s ces dates<\/span>, nous cherchons \u00e0 situer \u00e0 situer le d\u00e9but de la maladie qui devait, en d\u00e9cembre 1888, aboutir \u00e0 une psychose aigu\u00eb, nous arrivons \u00e0 cette conclusion: les premiers troubles psychiques semblent s\u2019expliquer amplement par les conditions d\u2019existence de l\u2019artiste. Ce qui se passait \u00e0 Paris ne nous est pas connu, faute de lettres durant cette p\u00e9riode; les malaises psychiques que l\u2019alcool et le tabac devaient apaiser s\u2019accroissent notablement vers la fin du s\u00e9jour \u00e0 Paris, malgr\u00e9 les meilleures conditions mat\u00e9rielles qu\u2019avait procur\u00e9es \u00e0 Van Gogh la cohabitation avec son fr\u00e8re; frappante aussi l\u2019am\u00e9lioration qui succ\u00e8de et co\u00efncide avec l\u2019apparition d\u2019anomalies indiquant le d\u00e9but possible d\u2019une psychose; nous qui les consid\u00e9rons avec un certain recul, nous pouvons certainement les y rapporter. Ce qui me para\u00eet vraisemblable, c\u2019est que <em>le processus pathologique commen\u00e7a vers les derniers jours de l\u2019ann\u00e9e 1887<\/em> et les premiers de 1888 et je tiens pour certain que le mal existait au printemps de 1888. <span style=\"color: #ff00ff;\">\u2028Van Gogh avait retrouv\u00e9 aupr\u00e8s de Gauguin<\/span>, arriv\u00e9 \u00e0 la fin octobre 1888, un nouvel entrain. Cette pr\u00e9sence lui faisait un bien immense. Les relations, cependant, manquaient de calme de la part de Van Gogh: \u00abLa discussion est d\u2019une \u00e9lectricit\u00e9 excessive, nous en sortons parfois la t\u00eate fatigu\u00e9e comme une batterie \u00e9lectrique apr\u00e8s la d\u00e9charge.\u00bb Et encore: \u00abJe crois, moi, que Gauguin s\u2019\u00e9tait un peu d\u00e9courag\u00e9 de la bonne ville d\u2019Arles, de la petite maison jaune o\u00f9 nous travaillions, et surtout de moi.\u00bb Gauguin \u00e9crit dans le m\u00eame sens \u00e0 Th\u00e9o Van Gogh, puis les deux artistes se raccommodent et Gauguin reste. Mais il s\u2019en va brusquement au moment o\u00f9 son ami a sa premi\u00e8re crise, la veille de No\u00ebl 1888. Il raconta plus tard les faits: \u00abDans les derniers temps de mon s\u00e9jour, Vincent devint excessivement brusque et bruyant, puis silencieux. Quelques soirs, je surpris Vincent qui, lev\u00e9, s\u2019approchait de mon lit [&#8230;]. Il suffisait de lui dire tr\u00e8s gravement: \u00abQu\u2019avez-vous, Vincent?\u00bb pour que sans mot dire il se rem\u00eet au lit, pour dormir d\u2019un sommeil d\u2019un plomb [&#8230;]. Le soir m\u00eame, nous all\u00e2mes au caf\u00e9: il prit une l\u00e9g\u00e8re absinthe. Soudainement, il me jeta \u00e0 la t\u00eate le verre et son contenu.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Le lendemain soir<\/span>, Gauguin rencontra son camarade dans la rue, un rasoir ouvert \u00e0 la main et pr\u00eat \u00e0 se jeter sur lui. Quand Gauguin le regarda, Van Gogh fit demi-tour. Il se coupa ensuite un morceau de l\u2019oreille et le porta, bien envelopp\u00e9, \u00e0 une fille dans une maison close. On le trouva au lit, tout sanglant, inconscient, et on le mena \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Son fr\u00e8re vint le voir. Au milieu de ses divagations philosophiques et th\u00e9ologiques, il y avait des moments \u00abo\u00f9 il \u00e9tait normal\u00bb. Son \u00e9tat s\u2019am\u00e9liorant rapidement, il put quitter l\u2019h\u00f4pital le 7 janvier d\u00e9j\u00e0. Mais d\u00e8s lors, les crises se reproduisent assez fr\u00e9quemment, et dans les intervalles, s\u2019il redevient compl\u00e8tement conscient, il n\u2019est cependant plus tout \u00e0 fait le m\u00eame. <span style=\"color: #ff00ff;\">\u2028A propos de cette premi\u00e8re crise<\/span> qui dura plusieurs jours, Van Gogh \u00e9crit lui-m\u00eame qu\u2019il souffrait terriblement, mais que le pire, c\u2019\u00e9tait les insomnies. \u00abPendant ma maladie, j\u2019ai revu chaque chambre de la maison \u00e0 Zundert, chaque sentier, chaque plante dans le jardin, les aspects d\u2019alentour, les champs, les voisins, le cimeti\u00e8re, l\u2019\u00e9glise, notre jardin potager derri\u00e8re \u2014jusqu\u2019au nide de pie dans un haut acacia dansle cimeti\u00e8re.\u00bb Il \u00e9crit, \u00e0 la fin de janvier: \u00abLes hallucinations intol\u00e9rables ont cependant cess\u00e9, actuellement se r\u00e9duisant \u00e0 un simple cauchemar.\u00bb D\u2019abord, les crises se reproduisent souvent, puis avec des intervalles de quelques mois; entre-temps, on assiste \u00e0 des acc\u00e8s plus l\u00e9gers. \u00abDans les crises m\u00eames, il me semblait que tout ce que j\u2019imaginais \u00e9tait de la r\u00e9alit\u00e9.\u00bb <span style=\"color: #00ccff;\">Son projet ant\u00e9rieur de fonder un atelier, une communaut\u00e9 d\u2019artistes avait donc compl\u00e8tement \u00e9chou\u00e9<\/span>. \u00abIl m\u2019en demeure des remords graves, difficiles \u00e0 d\u00e9finir. Je crois que cela a \u00e9t\u00e9 cause que j\u2019ai tant cri\u00e9 dans les crises, que je voulais me d\u00e9fendre et n\u2019y parvenais plus.\u00bb \u00abD\u2019ailleurs, j\u2019ai en grande partie absolument <em>perdu la m\u00e9moire<\/em> de ces jours en question et je ne peux rien reconstituer.\u00bb En ao\u00fbt 1889, il souffre beaucoup des attaques qui se r\u00e9p\u00e8tent: \u00abDurant bien des jours, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 absolument \u00e9gar\u00e9 [&#8230;]. Cette crise nouvelle, mon cher fr\u00e8re, m\u2019a pris dans les champs et lorsque j\u2019\u00e9tais en train de peindre par une journ\u00e9e de vent.\u00bb \u00abJe me sens dans les crises l\u00e2che devant l\u2019angoisse et la souffrance \u2014plus l\u00e2che que de juste.\u00bb \u00abJ\u2019ai horreur de toute exag\u00e9ration religieuse.\u00bb Ses crises \u00abtendent \u00e0 prendre une tournure religieuse absurde\u00bb. \u00abJe suis \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019avec les id\u00e9es modernes que j\u2019ai, moi si ardent admirateur de Zola et des Goncourt et des choses artistiques&#8230; j\u2019aie des crises comme en aurait un superstitieux et qu\u2019il me vient <em>des id\u00e9es religieuses embrouill\u00e9es et atroces<\/em>. En d\u00e9cembre, il a encore une fois la t\u00eate\u00a0 \u00ab\u00e9gar\u00e9e\u00bb. En m\u00eame temps, il est tr\u00e8s impressionnable: \u00abAh! pendant que j\u2019\u00e9tais malade, il tombait de la neige humide et fondante, je me suis lev\u00e9 la nuit pour regarder le paysage. <em>Jamais, jamais la nature ne m\u2019a paru si touchante et si sensitive<\/em>.\u00bb Une autre fois: \u00abAlors, je ne sais plus o\u00f9 j\u2019en suis et ai la t\u00eate \u00e9gar\u00e9e.\u00bb \u00abLa crise passe comme un orage\u00bb, apr\u00e8s lequel il est \u00e9puis\u00e9 ou vague, sans souffrance, mais compl\u00e8tement h\u00e9b\u00e9t\u00e9. Il a des moments plus courts de transport, sans confusion de pens\u00e9e: \u00abJ\u2019ai des moments o\u00f9 je suis tordu par l\u2019enthousiasme ou la folie ou la proph\u00e9tie comme un oracle grec sur son tr\u00e9pied. J\u2019ai alors un grande pr\u00e9sence d\u2019esprit.\u00bb \u00abComme ces trois derniers mois me paraissent \u00e9tranges. Tant\u00f4t des angoisses morales sans nom, <em>puis des moments o\u00f9 le voile du temps et de la fatalit\u00e9 des circonstances, pour l\u2019espace d\u2019un clin d\u2019\u0153il, semblait s\u2019entr\u2019ouvrir.<\/em>\u00bb <span style=\"color: #ff00ff;\">Quoiqu\u2019il y ait toute sorte de gradations<\/span>, de l\u2019attaque la plus violente \u00e0 de l\u00e9g\u00e8res alt\u00e9rations psychiques, on peut quand m\u00eame discerner les crises des <em>intervalles<\/em> presque r\u00e9guliers qui les s\u00e9parent; Van Gogh fait souvent de br\u00e8ves remarques \u00e0 propos de ces p\u00e9riodes de r\u00e9pit. Son \u00e9tat psychique est tr\u00e8s variable. Il se sent \u00abfaible, un peu inquiet et craintif\u00bb, \u00abincapable d\u2019\u00e9crire\u00bb. \u00abToutes mes journ\u00e9es ne sont pas assez claires pour \u00e9crire un peu logiquement.\u00bb \u00abApr\u00e8s ma maladie, j\u2019ai eu naturellement l\u2019\u0153il, tr\u00e8s, tr\u00e8s sensible.\u00bb \u00abA ce qu\u2019on raconte, je me porte visiblement mieux; int\u00e9rieurement, j\u2019ai le c\u0153ur un peu trop plein de tant d\u2019\u00e9motions et esp\u00e9rances diverses, car cela m\u2019\u00e9tonne de gu\u00e9rir.\u00bb Par moments, il se sent \u00abtout \u00e0 fait normal\u00bb. Il a souvent \u00abun fond de tristesse vague, difficile \u00e0 d\u00e9finir\u00bb. \u00abCependant, la m\u00e9lancolie me prend avec une grande force\u00bb; \u00ab&#8230; tellement je me sens m\u00e9lancolique.\u00bb \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\"><em>Il ne se rem\u00e9more pas volontiers ses moments de crise<\/em><\/span>: \u00abJe m\u2019arr\u00eate court de peur de retomber et je passe \u00e0 autre chose.\u00bb \u00abIl est mieux que je ne cherche pas \u00e0 r\u00e9tablir tout ce qui m\u2019a pass\u00e9 dans la t\u00eate alors.\u00bb \u00abJe ne veux pas y penser ni en causer.\u00bb <span style=\"color: #ff00ff;\">D\u2019autres passages<\/span> d\u00e9notent <em>un \u00e9tat psychique labile<\/em>. \u00abLa pens\u00e9e revient graduellement, mais encore beaucoup, beaucoup moins qu\u2019auparavant; je ne puis agir pratiquement. Je suis abstrait et ne saurais pour le moment r\u00e9gler ma vie.\u00bb \u00abD\u2019ailleurs, je n\u2019ai aucun d\u00e9sir vif ni regret vif la plupart du temps. Par moments, ainsi contre les sourdes falaises d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es s\u2019\u00e9crasent les vagues, un orage de d\u00e9sir, d\u2019embrasser quelque chose, une femme genre poule domestique.\u00bb Il dit souvent combien il se sent remis physiquement: \u00abPhysiquement, c\u2019est \u00e9patant comme je me porte bien\u00bb; \u00abphysiquement, je me porte mieux que depuis des ann\u00e9es\u00bb. Il remarque m\u00eame: \u00abLes forces me reviennent de jour en jour et il me para\u00eet de nouveau que j\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 de trop, presque.\u00bb Une autre fois: \u00abNe voyant aucun bien pour moi dans des forces physiques bien \u00e9normes [&#8230;]. <em>Mais de la volont\u00e9, je n\u2019en ai encore aucune<\/em>, des d\u00e9sirs gu\u00e8re ou pas, et tout ce qui est de la vie ordinaire, le d\u00e9sir par exemple de revoir les amis [est] presque nul [&#8230;]. J\u2019aurais de la m\u00e9lancolie partout encore.\u00bb Il parle de sa l\u00e2chet\u00e9, de son indiff\u00e9rence, dit que sa maladie lui a enseign\u00e9 la patience, qu\u2019il n\u2019est plus aussi violent et qu\u2019il se sent int\u00e9rieurement plus tranquille. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Parlant de l\u2019expression de sa physionomie<\/span>, il remarque qu\u2019il a \u00abl\u2019air plus sain\u00bb. Il compare son portrait par Gauguin avec un autre qu\u2019il vient de faire: \u00abMa figure s\u2019est apr\u00e8s tout bien \u00e9clair\u00e9e depuis, mais c\u2019\u00e9tait bien moi, extr\u00eamement fatigu\u00e9 et charg\u00e9 d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 comme j\u2019\u00e9tais alors.\u00bb \u00abJe t\u2019envoie aujourd\u2019hui mon portrait \u00e0 moi [&#8230;]. Tu verras, j\u2019esp\u00e8re, que ma physionomie s\u2019est bien calm\u00e9e, quoique le regard soit vague davantage qu\u2019auparavant.\u00bb \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Cet \u00e9tat variable<\/span> interrompu par des crises durait depuis 1888. Van Gogh v\u00e9cut d\u2019abord \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Arles, puis, de mai 1889 \u00e0 mai 1890, \u00e0 l\u2019asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s de Saint-R\u00e9my pr\u00e8s d\u2019Arles; ensuite \u00e0 Auvers-sur-Oise, pr\u00e8s de Paris, en libert\u00e9 sous l\u2019amicale surveillance du docteur Gachet. Le 27 juillet au soir, il se tira un coup de feu; atteint \u00e0 l\u2019aine, il ne mourut que le 29. Durant ces deux jours, il fut lucide, causant avec le docteur Gachet et fumant la pipe. Il n\u2019expliqua pas le motif de son geste, haussant les \u00e9paules en r\u00e9ponse aux questions du docteur. Le 23 juillet, il avait \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re: \u00abJe voudrais peut-\u00eatre t\u2019\u00e9crire sur bien des choses, mais d\u2019abord l\u2019envie m\u2019en a tellement pass\u00e9, puis j\u2019en sens de l\u2019inutilit\u00e9.\u00bb <span style=\"color: #ff00ff;\">\u2028Le 27, il avait sur lui une lettre<\/span> qui ne fut ni termin\u00e9e ni envoy\u00e9e. Il s\u2019y exprimait avec une solennit\u00e9 qui ne lui \u00e9tait gu\u00e8re habituelle: \u00abEh bien! vraiment, nous ne pouvons faire parler que nos tableaux. Mais pourtant, mon cher fr\u00e8re, il y a ceci que toujours je t\u2019ai dit et je te le redis encore une fois avec toute la gravit\u00e9 que puissent donner les efforts de pens\u00e9es assidument fix\u00e9e pour chercher \u00e0 faire aussi bien qu\u2019on peut \u2014je te redis encore que je consid\u00e9rerai toujours que tu es autre chose qu\u2019un simple marchand de Corot, que par mon interm\u00e9diaire, tu as ta part \u00e0 la production m\u00eame de certaines toiles, qui, m\u00eame dans la d\u00e9b\u00e2cle, gardent leur calme. <span style=\"color: #ff00ff;\">\u00abEh bien! mon travail \u00e0 moi<\/span>, j\u2019y risque ma vie et ma raison y a sombr\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9&#8230;\u00bb\u2028\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">MODIFICATION DE L&rsquo;INTENSIT\u00c9 DU TRAVAIL.<\/span>\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Parall\u00e8lement au cours de la maladie<\/span> (stade pr\u00e9liminaire, 1888; premi\u00e8re pouss\u00e9e aigu\u00eb, d\u00e9cembre 1888, puis crises nombreuses, avec des intervalles jusqu\u2019au suicide, juillet 1890), on peut observer une modification de l\u2019intensit\u00e9 du travail: accroissement durant le stade pr\u00e9liminaire relativement \u00e0 la production normale de l\u2019artiste; perte de cette v\u00e9h\u00e9mence apr\u00e8s la pouss\u00e9e aigu\u00eb, quoique ses facult\u00e9s lui permettent encore une \u00e9volution artistique. <span style=\"color: #ff00ff;\">Nous allons de nouveau suivre<\/span> dans ses lettres ce que Van Gogh rapporte l\u00e0-dessus. En mars et avril 1888, \u00e0 Arles, il est \u00abdans une rage de travail [&#8230;]\u00bb. \u00abT\u2019\u00e9crire \u00e0 t\u00eate repos\u00e9e pr\u00e9sente des difficult\u00e9s s\u00e9rieuses.\u00bb Au m\u00eame moment, tandis qu\u2019il se f\u00e9licite de l\u2019\u00e9tat toujours plus satisfaisant de sa sant\u00e9, il dit: \u00abJe suis maintenant bien en train.\u00bb \u00abJ\u2019ai une fi\u00e8vre de travail continuelle.\u00bb C\u2019est l\u00e0 un vrai surmenage, au moins dans les premiers temps. \u00abJ\u2019ai eu une semaine de travail serr\u00e9 et raide, dans les bl\u00e9s en plein soleil.\u00bb En juin: \u00abN\u2019est-ce pas l\u2019\u00e9motion, <span style=\"color: #00ccff;\">la sinc\u00e9rit\u00e9 du sentiment de la nature<\/span>, qui nous m\u00e8ne? Et si les \u00e9motions sont quelquefois si fortes qu\u2019on travaille sans sentir qu\u2019on travaille, lorsque quelquefois les touches viennent avec une suite et des rapports entre eux (sic), comme les mots dans un discours ou dans une lettre [&#8230;]. J\u2019ai moins le besoin de compagnie que celui d\u2019un travail effr\u00e9n\u00e9&#8230; Alors seulement, je ressens la vie, lorsque je pousse raide le travail [&#8230;]. Je ne compte que sur mon exaltation dans de certains moments, et je me laisse aller \u00e0 des extravagances, alors.\u00bb <span style=\"color: #00ccff;\">Certains paysages \u00abfaits encore plus vite que jamais, sont les meilleurs dans ce que je fais<\/span> [&#8230;]. Mais quand je reviens d\u2019une s\u00e9ance comme \u00e7a, je t\u2019assure que j\u2019ai le cerveau si fatigu\u00e9, que si ce travail-l\u00e0 se renouvelle souvent, comme cela a \u00e9t\u00e9 lors de cette moisson, <span style=\"color: #00ccff;\">je deviens absolument abstrait<\/span> et incapable d\u2019un tas de choses ordinaires [&#8230;]. Travail [&#8230;] o\u00f9 l\u2019on a l\u2019esprit tendu extr\u00eamement, comme un acteur sur la sc\u00e8ne dans un r\u00f4le difficile, o\u00f9 l\u2019on doit penser \u00e0 mille choses \u00e0 la fois dans une seule demi-heure\u00bb. A la fin de juillet: \u00abPlus je deviens dissip\u00e9, malade, cruche cass\u00e9e, plus moi aussi je deviens artiste.\u00bb En ao\u00fbt, \u00e0 propos d\u2019un portrait: \u00abEh bien! voil\u00e0 mon fort, faire un bonhomme rudement, dans une s\u00e9ance.\u00bb Maintenant, il commence \u00e0 remarquer avec \u00e9tonnement l\u2019abondance de ses id\u00e9es: \u00abj\u2019ai un tas d\u2019id\u00e9es pour de nouvelles toiles\u00bb; \u00abj\u2019ai un tas d\u2019id\u00e9es pour mon travail\u00bb; \u00ables id\u00e9es pour mon travail me viennent en abondance\u00bb. \u00abSeulement, je suis tellement plein de projets [&#8230;]. <span style=\"color: #00ccff;\">Les motifs seront innombrables<\/span>.\u00bb Les id\u00e9es pour le travail me viennent en abondance [&#8230;], <span style=\"color: #00ccff;\">je marche comme<\/span> <span style=\"color: #00ccff;\">une locomotive \u00e0 peindre<\/span>.\u00bb Et ses discours s\u2019\u00e9chauffent encore: \u00abCela veut dire des s\u00e9ances de douze heures, de six heures et selon, et puis de sommeils de douze heures aussi d\u2019un seul trait.\u00bb \u00abMaintenant que je commence \u00e0 produire [&#8230;].\u00bb Les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, il les appelle \u00ab<span style=\"color: #00ccff;\">ann\u00e9es d\u2019improduction<\/span>\u00bb. \u00abJe commence \u00e0 me sentir tout autre chose que ce que j\u2019\u00e9tais en venant ici, je ne doute plus, je n\u2019h\u00e9site plus pour attaquer une chose et cela pourrait encore cro\u00eetre [&#8230;]. Je ne saurais te le dire assez, je suis ravi, ravi de ce que je vois! Et cela vous donne des aspirations d\u2019automne, un enthousiasme qui fait que le temps passe sans qu\u2019on le sente.\u00bb \u00abAujourd\u2019hui encore, \u00e0 partir de sept heures du matin jusqu\u2019\u00e0 six heures du soir, j\u2019ai travaill\u00e9 sans bouger que pour manger un morceau \u00e0 deux pas de distance. Voil\u00e0 pourquoi le travail va vite [&#8230;]. J\u2019ai une lucidit\u00e9 ou un aveuglement d\u2019amoureux pour le travail actuellement, puisque cet entourage de couleurs est pour moi tout nouveau et m\u2019exalte extraordinairement. De fatigue pas question [&#8230;], je n\u2019y peux rien, mais je me sens en lucidit\u00e9 terrible par moment, lorsque la nature est si belle de ces jours-ci (sic) et alors je ne me sens plus et le tableau me vient comme dans un r\u00eave.\u00bb \u00abIl s\u2019agira de nouveau de faire un effort \u00e0 corps perdu. Je suis tellement dans le travail que je ne peux m\u2019arr\u00eater du coup. Et sans cesse, il parle d\u2019\u00ababattre\u00bb des tableaux. Il dit un jour qu\u2019il est \u00abencore \u00e9reint\u00e9\u00bb de l\u2019effort fourni.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Apr\u00e8s l\u2019explosion de d\u00e9cembre 1888<\/span>, son travail sera souvent menac\u00e9 et pour de longues p\u00e9riodes; il ne retrouve plus la puissance souveraine de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, c\u2019est seulement par \u00e9claires que la fougue et la lucidit\u00e9 qu\u2019il avait connues reparaissent.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">En janvier 1889<\/span>, il est d\u00e9prim\u00e9: \u00abJe ne pourrai pas atteindre ces sommets o\u00f9 la maladie m\u2019a imparfaitement entra\u00een\u00e9.\u00bb \u00abQue sera la suite? Je verrai au fur et \u00e0 mesure que je reprendrai mes forces si ma position est tenable [&#8230;]. \u2028Je ne l\u00e2che pas le travail.\u00bb Puis un mieux se fait sentir: \u00abMon lot de tableaux avance et je me suis remis au travail avec ce nerf-l\u00e0 en m\u00e9tal\u00bb (23 janvier). \u00abJe travaille d\u2019arrache-pied du matin au soir [&#8230;] (\u00e0 moins que mon travail me soit encore une hallucination)\u00bb (28 janvier). \u00abLe travail me distrait ou plut\u00f4t me tient r\u00e9gl\u00e9, alors je ne m\u2019en prive pas.\u00bb Mais en mars, il s\u2019\u00e9crie: \u00abVoil\u00e0 trois mois que je ne travaille pas.\u00bb \u00abLe travail me manques, dit-il, plut\u00f4t qu\u2019il ne me fatigue.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Apr\u00e8s son transfert \u00e0 l\u2019asile de Saint-R\u00e9my<\/span>, il \u00e9crit en mai 1889: \u00abL\u2019id\u00e9e du devoir de travailler me revient beaucoup et je crois que toutes mes facult\u00e9s pour le travail me reviendront assez vite. Seulement, le travail m\u2019absorbe souvent tellement que je crois que je resterai toujours abstrait et gaucher pour me d\u00e9brouiller pour le reste de la vie aussi.\u00bb Et ceci: \u00abLa volont\u00e9 pour retravailler, seule s\u2019affermit un tantinet.\u00bb. \u00abPour ce qui est du travail, cela m\u2019occupe et me distrait \u2014ce dont j\u2019ai grand besoin\u2014 bien loin de m\u2019\u00e9reinter\u00bb (19 juin).\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">En septembre<\/span>, son activit\u00e9 reprend de plus belle: \u00abJe travaille d\u2019arrache-pied dans ma chambre, ce qui me fait du bien et chasse, \u00e0 ce que je m\u2019imagine, mes id\u00e9es anormales [&#8230;], Je travaille du matin jusqu\u2019au soir [&#8230;]. Je laboure comme un vrai poss\u00e9d\u00e9, j\u2019ai une fureur sourde de travail plus que jamais [&#8230;]. Je lutte de toute mon \u00e9nergie pour ma\u00eetriser mon travail, me disant que si je gagne, cela sera le meilleur paratonnerre pour la maladie.\u00bb \u00abMon pinceau va entre mes doigts comme ferait un archer sur le violon.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Nous lisons encore en avril 1890<\/span>: \u00abQue te dire de ces deux mois pass\u00e9s? Cela ne va pas bien du tout, je suis triste et emb\u00eat\u00e9\u00bb; puis rena\u00eet un nouvel \u00e9lan: \u00abJ\u2019ai recouvr\u00e9, une fois que je suis sorti un peu dans le parc, toute ma clart\u00e9 pour le travail; j\u2019ai des id\u00e9es en t\u00eate plus que jamais je ne pourrais ex\u00e9cuter, mais sans que cela m\u2019offusque. <span style=\"color: #00ccff;\">Les coups de brosse vont comme une machine<\/span>.\u00bb \u00abJe travaille avec tant d\u2019entrain que de faire ma malle me para\u00eet plus difficile que faire les tableaux.\u00bb \u00abJe te dis, pour le travail, je me sens la t\u00eate sereine absolument et les coups de brosse me viennent et se suivent tr\u00e8s logiquement.\u00bb\u2028Suivent les deux mois \u00e0 Auvers-sur-Oise d\u2019o\u00f9 il \u00e9crit: \u00abJe me sens bien plus s\u00fbr de mon pinceau qu\u2019avant d\u2019aller \u00e0 Arles.\u00bb \u00abRevenu ici, je me suis remis au travail, le pinceau pourtant me tombant presque des mains et, sachant bien ce que je voulais, j\u2019ai encore, depuis, peint trois grandes toiles.\u00bb<span style=\"color: #ff00ff;\"> \u2028\u2028CHANGEMENT DANS LA MANI\u00c8RE DONT L\u2019ARTISTE LUI-M\u00caME INTERPR\u00c8TE SON \u0152UVRE<\/span>\u2028. <span style=\"color: #ff00ff;\">Si nous refaisons<\/span> maintenant ce parcours dans le temps, en nous attachant davantage <em>au contenu de l\u2019\u0153uvre, aux intentions et \u00e0 la signification qui lui pr\u00eate son auteur<\/em>, nous aurons aussi l\u2019impression d\u2019un changement, moins tranch\u00e9 cependant. <span style=\"color: #ff00ff;\">\u2028Le jugement que Van Gogh porte sur sa peinture<\/span>, m\u00eame au cours de sa maladie, reste tr\u00e8s critique, tr\u00e8s objectif. D\u2019Arles, il annonce d\u2019abord que ce qu\u2019il peint maintenant est \u00abmeilleur\u00bb que ce qu\u2019il a fait \u00e0 Paris. <span style=\"color: #ff00ff;\">En juin<\/span>, il constate (ramenant le changement qu\u2019il observe \u00e0 l\u2019influence du paysage m\u00e9ridional): \u00abLa vue change, on voit avec un \u0153il plus japonais, on sent autrement la couleur. Aussi ai-je la conviction que justement par un long s\u00e9jour ici, je d\u00e9gagerai ma personnalit\u00e9 [&#8230;]. Je ne suis ici que depuis quelques mois, mais, dites-moi, est-ce qu\u2019\u00e0 Paris j\u2019aurais dessin\u00e9 en une heure le dessin des bateaux? [&#8230;]. Or ceci s&rsquo;est fait sans mesurer, en laissant aller la plume.\u00bb Il \u00e9crit en ao\u00fbt: \u00ab<span style=\"color: #00ccff;\">Il y a seulement que je trouve que ce que j\u2019ai appris \u00e0 Paris s\u2019en va et que je reviens \u00e0 mes id\u00e9es qui m\u2019\u00e9taient venues \u00e0 la campagne, avant de conna\u00eetre les impressionnistes<\/span> [&#8230;]. Car au lieu de chercher \u00e0 rendre exactement ce que j\u2019ai devant les yeux, je me sers de la couleur plus arbitrairement pour m\u2019exprimer fortement [&#8230;]. J\u2019exag\u00e8re le blond de la chevelure, j\u2019arrive aux tons orang\u00e9s, aux chromes, au citron p\u00e2le. Derri\u00e8re la t\u00eate, au lieu de peindre le mur banal du mesquin appartement, je peins l\u2019infini, je fais un fond simple, du bleu le plus riche, le plus intense que je puisse confectionner, et par cette simple combinaison, la t\u00eate blonde \u00e9clair\u00e9e sur ce fond bleu riche obtient un effet myst\u00e9rieux, comme l\u2019\u00e9toile dans l\u2019azur profond.\u00bb \u00abJe commence de plus en plus \u00e0 chercher une technique simple, qui peut-\u00eatre n\u2019est pas impressionniste. Je voudrais peindre de fa\u00e7on qu\u2019\u00e0 la rigueur tout le monde qui a des yeux puisse y voir clair.\u00bb \u00abVoil\u00e0 ce que j\u2019appellerais <span style=\"color: #00ccff;\">simplicit\u00e9 de technique<\/span>. Et je ois dire que de ces jours-ci je m\u2019efforce \u00e0 trouver un travail de la brosse sans pointill\u00e9 ou autre chose, rien que la touche vari\u00e9e.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Il revient d\u00e9sormais souvent sur un certain symbolisme des couleurs<\/span>: \u00abExprimer l\u2019amour de deux amoureux par un mariage de deux compl\u00e9mentaires, leur m\u00e9lange et leurs oppositions, les vibrations myst\u00e9rieuses des tons rapproch\u00e9. Exprimer la pens\u00e9e d\u2019un front par le rayonnement d\u2019un ton clair sur un fond sombre. Exprimer l\u2019esp\u00e9rance par quelque \u00e9toile. L\u2019ardeur d\u2019un \u00eatre par un rayonnement de soleil couchant.\u00bb \u00abTrois nuits durant, j\u2019ai veill\u00e9 \u00e0 peindre [<span style=\"color: #00ccff;\">la salle du caf\u00e9<\/span>&#8230;]. <span style=\"color: #00ccff;\">Le tableau est l\u2019un des plus laids que j\u2019ai faits<\/span> [&#8230;]. J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 exprimer avec le rouge et le vert les terribles passions humaines.\u00bb \u00abDans mon tableau de <em>caf\u00e9 de nuit<\/em>, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 exprimer que le caf\u00e9 est un endroit o\u00f9 l\u2019on peut se ruiner, devenir fou, commettre des crimes. Enfin j\u2019ai cherch\u00e9 par des contrastes de rose tendre, de rouge sang et lie de vin, de <span style=\"color: #00ccff;\">doux verts Louis XV et V\u00e9ron\u00e8se<\/span>, contrastant avec les verts jaunes et les verts bleu dur, tout cela dans une atmosph\u00e8re de fournaise infernale, de <span style=\"color: #00ccff;\">soufre p\u00e2le<\/span>, \u00e0 exprimer comme la puissance des t\u00e9n\u00e8bres d\u2019un assommoir.\u00bb \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">D\u00e8s longtemps<\/span>, <span style=\"color: #ff00ff;\">toute r\u00e9alisation \u00e9tait pour Van Gogh un probl\u00e8me intime, vital<\/span>. <span style=\"color: #00ccff;\">Action humanitaire, religion, art, se ramenaient pour lui \u00e0 un seul courant de pens\u00e9e et de sentiment. Il d\u00e9plore que l\u2019art soit \u00ababstrait\u00bb, que l\u2019artiste ne soit plus \u00abdans la vie\u00bb<\/span>. \u00abPourquoi suis-je si peu artiste que je regrette toujours que le tableau, la statue ne vivent pas?\u00bb dit-il en ao\u00fbt 1888, et, le 1er septembre: \u00abEt si, frustr\u00e9 de cette puissance physiquement, on cherche \u00e0 cr\u00e9er des pens\u00e9es au lieu d\u2019enfants, on est par l\u00e0 bien dans l\u2019humanit\u00e9 pourtant. <span style=\"color: #00ccff;\">Et dans un tableau, je voudrais dire quelque chose de consolant comme une musique. Je voudrais peindre des hommes et des femmes avec ce que je ne sais quoi d\u2019\u00e9ternel dont autrefois le nimbe \u00e9tait le symbole, et que nous cherchions par le rayonnement m\u00eame, par la vibration de nos colorations.\u00bb<\/span> Peu apr\u00e8s, il \u00abgratte pour la deuxi\u00e8me fois une \u00e9tude d\u2019un Christ avec l\u2019ange dans le jardin des oliviers\u00bb. Il parle de son \u00abbesoin terrible de \u2014dirai-je le mot?\u2014 de religion. Alors je vais la nuit dehors pour peindre les \u00e9toiles, et je r\u00eave toujours un tableau comme cela, avec un groupe de figures vivantes des copains\u00bb. <span style=\"color: #00ccff;\">Cet espoir de parvenir \u00e0 peindre le ciel \u00e9toil\u00e9 persiste en lui<\/span>.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Il faut signaler encore<\/span> un \u00e9l\u00e9ment ext\u00e9rieur et vraiment tangible de cette \u00e9volution. Au printemps 1888, il dit qu\u2019il \u00aba plus de chance de r\u00e9ussir les choses un peu plus larges que de se retenir en faisant trop petit\u00bb. C\u2019est pourquoi il va \u00abagrandir le format des toiles\u00bb. Plus loin, il observe plus d\u2019une fois (mais de tels propos se sont d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment sous sa plume) qu\u2019<span style=\"color: #00ccff;\">il attache plus d\u2019importance aux figures qu\u2019au paysage<\/span>: <span style=\"color: #00ccff;\">\u00abLe changement que je vais essayer de faire dans mes tableaux sera de faire davantage de figures. C\u2019est en somme la seule chose qui m\u2019\u00e9motionne jusqu\u2019au fond dans la peinture et qui me fait sentir l\u2019infini davantage que le reste.<\/span>\u00bb \u00abJe me sens toujours de la confiance en faisant des portraits, sachant que ce travail-l\u00e0 est bien plus s\u00e9rieux \u2014c\u2019est peut-\u00eatre pas le mot\u2014 mais est plut\u00f4t celui qui me permet de cultiver ce que j\u2019ai de mieux et de plus s\u00e9rieux.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Malgr\u00e9 cette recrudescence<\/span> et cette exaltation de son activit\u00e9 artistique, Van Gogh n\u2019est jamais satisfait de ce qu\u2019il fait: \u00abJe suis actuellement m\u00e9content de moi et m\u00e9content de ce que je fais\u00bb \u00e9crit-il en mai 1888. Il songe avec enthousiasme \u00e0 cet art \u00e0 venir, \u00e0 cette germination o\u00f9 il est conscient d\u2019avoir sa part. Mais quant \u00e0 sa propre personne, il soupire: \u00abCe peintre de l\u2019avenir, je ne puis me le figurer vivant dans de petits restaurants, travaillant avec plusieurs fausses dents, et allant dans les bordels de zouaves comme moi.\u00bb Ses tableaux, il ne les estime jamais assez bons, il ne vit que dans l\u2019id\u00e9e de faire mieux et ne trouve rien \u00e0 redire aux critiques qui reprocheront \u00e0 sa peinture de n\u2019\u00eatre pas \u00abfinie\u00bb.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Parmi tout ce que Van Gogh nous dit l\u00e0<\/span> sur ses intentions, sur ce qu\u2019il veut exprimer dans son art alors qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 malade, nous cherchons s\u2019il y a quelque chose de neuf. Nous ne pouvons r\u00e9pondre qu\u2019en comparant ces lettres avec toutes celles d\u2019autrefois. D\u00e9j\u00e0, il \u00e9mettait des doutes, <span style=\"color: #00ccff;\">il se demandait si l\u2019impressionnisme \u00e9tait vraiment le dernier mot<\/span>, il attribuait aux couleurs le pouvoir d\u2019exprimer la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ou d\u2019autres \u00e9tats d\u2019\u00e2me,<span style=\"color: #00ccff;\"> il mettait les figures au-dessus du paysage<\/span>. Mais tout cela \u00e9tait dit sur un autre ton, plus inoffensif, plus d\u00e9tach\u00e9, moins charg\u00e9 de sens. Il serait\u00a0 tout \u00e0 fait faux de pr\u00e9tendre discerner de fa\u00e7on imm\u00e9diate, des signes de schizophr\u00e9nie dans les paroles de Van Gogh sur son art. Tout ce qu\u2019on peut dire, c\u2019est qu\u2019une diff\u00e9rence si profonde se marque entre 1888 et les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes qu\u2019elle doit frapper tout lecteur attentif et non pr\u00e9venu. C\u2019est un fait \u00e9galement que cette opposition appara\u00eet tout \u00e0 coup et qu\u2019elle co\u00efncide avec le d\u00e9but d\u2019un processus psychotique reconnaissable \u00e0 de tout autres sympt\u00f4mes. De l\u00e0 il n\u2019y a pas loin \u00e0 conclure que la maladie est un facteur parmi d\u2019autres, qui explique ce nouveau ton. Ce qui n\u2019a pas chang\u00e9, dans les lettres, qu\u2019elles soient \u00e9crites avant ou pendant la mauvaise p\u00e9riode (et un quart seulement date de la maladie), <span style=\"color: #00ccff;\">c\u2019est le s\u00e9rieux de l\u2019artiste.<\/span> Elles attestent une conception du monde, une pr\u00e9sence morale, une pens\u00e9e hautement responsable, une sinc\u00e9rit\u00e9 absolue, une foi profonde et na\u00efve, une charit\u00e9 infinie, une humanit\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse, un in\u00e9branlable amor fati. Elles sont un des legs les plus \u00e9mouvants d\u2019un pass\u00e9 tout r\u00e9cent. <span style=\"color: #00ccff;\">Ici, la morale existe ind\u00e9pendamment de la psychose, et m\u00eame c\u2019est dans la psychose qu\u2019elle fait ses preuves<\/span>. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Nous avons vu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent<\/span> des fragments remontant au premier stade du processus pathologique. Voyons ce qui suivit. Nous ne trouvons pas de changement d\u00e9cisif, seulement plus de v\u00e9h\u00e9mence dans l\u2019expression. Seul est vraiment nouvelle l\u2019importance accord\u00e9e aux copies, d\u2019apr\u00e8s Millet, Delacroix, Rembrandt. \u00abUn tas de gens ne copient pas, un tas d\u2019autres copient. Moi, je m\u2019y suis mis par hasard et je trouve que cela apprend et surtout, parfois, console.\u00bb Mais ces copies n\u2019en sont pas de v\u00e9ritables, pas plus que les traductions de H\u00f6lderlin d\u2019apr\u00e8s le grec; ce sont des cr\u00e9ations originales dont le th\u00e8me n\u2019est, dans les deux cas, qu\u2019un pr\u00e9texte; l\u2019artiste replace son mod\u00e8le dans une lumi\u00e8re toute autre. On peut rassembler encore quelques r\u00e9f\u00e9rences sur certaines \u0153uvres. En janvier 1889, et parlant des tournesols peints l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent, Van Gogh \u00e9crit: \u00abOr, pour \u00eatre chauff\u00e9 suffisamment pour fondre ces ors-l\u00e0, et ces tons de fleurs \u2014le premier venu ne le peut pas\u2014, il faut l\u2019\u00e9nergie et l\u2019attention d\u2019un individu tout entier\u00bb; et, en mars: \u00abPour atteindre la haute note jaune que j\u2019ai atteinte cet \u00e9t\u00e9, il m\u2019a fallu monter le coup un peu.\u00bb Son d\u00e9sir de la peinture religieuse subsiste, bien qu\u2019il y ait renonc\u00e9 par modestie: \u00abAussi, dois-je te le dire \u2014et tu le vois dans la Berceuse, quelque manqu\u00e9 que soit cet essai et faible\u2014 euss\u00e9-je eu les forces pour continuer, j\u2019aurais fait des portraits de saints et de saintes femmes d\u2019apr\u00e8s nature et qui auraient paru d\u2019un autre si\u00e8cle, et ce seraient des bourgeois d\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, et pourtant ils auraient eu des rapports avec des chr\u00e9tiens fort primitifs. Les \u00e9motions sont cependant trop fortes, j\u2019y resterais; mais plus tard, plus tard, je ne dis pas que je ne reviendrai pas \u00e0 la charge (septembre?). Peu avant, il expliquait: \u00abCe que je r\u00eave dans mes meilleurs moments, ce ne sont pas tant des effets de couleur \u00e9clatante, qu\u2019encore une fois les demi-tons.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Son appr\u00e9ciation de ses \u0153uvres reste jusqu\u2019au bout tr\u00e8s critique, elle n\u2019est jamais d\u00e9lirante<\/span>, pas plus dans les jugements favorables que dans les autres: \u00abQuelque intensit\u00e9 que mon sentiment puisse avoir, ou ma puissance d\u2019exprimer acqu\u00e9rir \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 les passions mat\u00e9rielles sont \u00e9teintes davantage, jamais sur un pass\u00e9 tant vermoulu et \u00e9branl\u00e9 pourrai-je b\u00e2tir un \u00e9difice pr\u00e9dominant\u00bb, \u00e9crit-il en mars 1889 et, en mai: \u00abOr moi, comme peintre, je ne signifierai jamais rien d\u2019important, je le sens absolument.\u00bb Et en septembre: \u00abJe ne ferai jamais ce que j\u2019aurais pu et d\u00fb vouloir et poursuivre. Mais je ne peux vivre, ayant si souvent le vertige, que dans une situation de quatri\u00e8me, cinqui\u00e8me rang.\u00bb \u00abMais ce que j\u2019ai fait, ce n\u2019est que ces dix ans-l\u00e0 d\u2019\u00e9tudes malheureuses et mal venues. A pr\u00e9sent pourrait venir une meilleure p\u00e9riode, mais il faudra fortifier la figure et il faut que je rafra\u00eechisse ma m\u00e9moire par l\u2019\u00e9tude bien serr\u00e9e de Delacroix et de Millet.\u00bb\u2028\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">LES \u0152UVRES. Voyons maintenant<\/span> <span style=\"color: #ff00ff;\">jusqu\u2019\u00e0 quel point le changement psychique correspond \u00e0 une \u00e9volution de la peinture<\/span>: comparons aux toiles, dans leur ordre chronologique, ce que nous avons not\u00e9 du processus de la maladie, si caract\u00e9ristiquement corr\u00e9latif \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 du travail et \u00e0 ce que le peintre nous livre de ses intentions; malheureusement, nous sommes arr\u00eat\u00e9s d\u2019abord par des difficult\u00e9s mat\u00e9rielles: je ne connais pas de recueil qui contienne tous les tableaux dans leur ordre d\u2019ex\u00e9cution, et, du reste, il faudrait, pour bien juger, examiner les originaux. Quand ces deux conditions se r\u00e9aliseraient, il me manquerait encore certaines connaissances en mati\u00e8re de peinture. Sous toutes r\u00e9serves, je hasarderai cependant quelques remarques. [Elles reposent en grande partie sur des notes prises en 1912 \u00e0 l\u2019exposition de Cologne, devant les cent huit toiles qui y \u00e9taient r\u00e9unies, sans que j\u2019eusse song\u00e9 alors \u00e0 rien syst\u00e9matiser en vue d\u2019un essai de ce genre. Les dates du catalogue de Cologne \u00e9tant donn\u00e9es par ann\u00e9es et non par mois, la suite exacte des \u0153uvres est donc presque impossible \u00e0 r\u00e9tablir.] La question ne pourrait \u00eatre vraiment r\u00e9solue que du point de vue de la critique d\u2019art.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Essayons d\u2019abord une observation<\/span> <span style=\"color: #ff00ff;\">sur le r\u00f4le de l\u2019art dans toute l\u2019existence de Van Gogh<\/span>, r\u00f4le d\u00e9terminant, aussi bien avant que pendant la maladie. Chez cet homme, <span style=\"color: #00ccff;\">la personnalit\u00e9, l\u2019activit\u00e9, la morale, la vie et l\u2019\u0153uvre forment, \u00e0 un degr\u00e9 exceptionnel, un seul tout<\/span>. Consid\u00e9rer seulement ses toiles, ou quelques-unes d\u2019entre elles d\u00e9tach\u00e9es du reste, ne saurait permettre d\u2019en saisir la signification, m\u00eame purement artistique. Ce sont des cr\u00e9ations dont la racine tient encore \u00e0 l\u2019ensemble de la personne intellectuelle ou spirituelle de leur auteur; isol\u00e9es, elles ne s\u2019expliquent pas. Il en irait autrement si nous ne poss\u00e9dions ses lettres et toutes ses id\u00e9es sur la vie, si nous n\u2019avions que quelques toiles, quelques pages d\u00e9tach\u00e9es et non tout ce d\u00e9veloppement \u00e9tendu de bout en bout. <span style=\"color: #00ccff;\">Les \u0153uvres n\u2019en disent pas aussi long \u00e0 elles seules que replac\u00e9es dans leur contexte<\/span>. Cette conception a des adversaires qui, partant d\u2019un pr\u00e9jug\u00e9 esth\u00e9tique, veulent qu\u2019une \u0153uvre d\u2019art soit un tout achev\u00e9 et se suffise \u00e0 elle-m\u00eame. Mais chez Van Gogh, il n\u2019y a pas une seule toile qui ait sa raison d\u2019\u00eatre en soi; en tout cas, elle ne pourrait appara\u00eetre telle qu\u2019\u00e0 l\u2019amateur qui la consid\u00e9rerait sous un angle purement artistique et d\u00e9coratif et qui se m\u00e9prendrait sur sa v\u00e9ritable signification. <span style=\"color: #ff00ff;\">La cr\u00e9ation artistique<\/span>, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale,<span style=\"color: #00ccff;\"> oscille entre deux p\u00f4les<\/span>: d\u2019une part, des \u0153uvres intimement li\u00e9es au cosmos, ne suscitant aucune question relative \u00e0 la vie et \u00e0 la production de leur auteur, des \u0153uvres dont la beaut\u00e9 sereine peut \u00eatre \u00e9prouv\u00e9e, si l\u2019on peut dire, hors du temps; d\u2019autre part, il y a partout, <span style=\"color: #00ccff;\">dans l\u2019art occidental, des ouvrages qui nous font l\u2019effet d\u2019exprimer l\u2019existence, d\u2019\u00eatre des solutions partielles, des pas sur un chemin, \u2014ce qui ne les emp\u00eache \u00e9videmment pas d\u2019\u00eatre au surplus achev\u00e9es et parfaites de forme. Chez Van Gogh, c\u2019est cette seconde \u00e9ventualit\u00e9 qui se trouve r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<\/span> <span style=\"color: #00ccff;\">Ses \u0153uvres en elles-m\u00eames seraient certes parmi les plus nobles de ce dernier demi-si\u00e8cle; son existence prise comme un tout, qui, encore une fois, ne s\u2019expliquerait pas sans l\u2019\u0153uvre et qui s\u2019exprime avant tout par l\u00e0, est d\u2019une grandeur rare.<\/span> Un absolu, une haute ambition, un r\u00e9alisme p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de sentiment religieux, une sinc\u00e9rit\u00e9 totale, s\u2019y font jour. Et c\u2019est d\u2019elle, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00e9lan religieux, moral et artistique, que jaillissent les \u0153uvres. Vers 1877, quand Vincent essaie en vain d\u2019apprendre les langues anciennes pour faire ses \u00e9tudes de th\u00e9ologie, il dit \u00e0 son professeur: \u00abCe que je veux, c\u2019est r\u00e9concilier de pauvres gens avec leur sort ici-bas\u00bb. Il s\u2019exprime de la sorte \u00e0 bien plus d\u2019une reprise au cours des ann\u00e9es. <span style=\"color: #00ccff;\">Il veut que son art soit consolateur.<\/span>\u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Tentons maintenant,<\/span> avec nos moyens insuffisants, de d\u00e9celer les changements dans l\u2019\u0153uvre. Toutes les toiles de l\u2019ann\u00e9e 1888 rendent un son nouveau. Ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 para\u00eet, \u00e0 la comparaison, plus d\u00e9nu\u00e9 de port\u00e9e. Aux peintures sombres avaient succ\u00e9d\u00e9, d\u00e8s 1885, les tons plus clairs, puis une palette r\u00e9solument lumineuse depuis 1886. De 1888 datent les toiles dont l\u2019\u00e9clat encore accru peut \u00eatre envisag\u00e9 comme une mani\u00e8re. Elles ont cela de particulier qu\u2019elles \u00e9branlent le spectateur jusqu\u2019en sa vision du monde, comme ne le faisaient pas celles de 1887 ou les plus anciennes. Cette impression est sans doute tr\u00e8s subjective, mais beaucoup l\u2019\u00e9prouvent. Au fond, Vincent aurait voulu peindre le Christ, les saints, les anges; il y renon\u00e7ait parce que cela l\u2019\u00e9mouvait trop et il choisissait avec simplicit\u00e9 les objets les plus terre \u00e0 terre. Mais cet \u00e9lan religieux se pressent dans sa peinture, m\u00eame sans que l\u2019on connaisse rien des aspirations contenues dans ses lettres \u2014comme cela m\u2019est advenu lorsque je vis des Van Gogh pour la premi\u00e8re fois, alors que j\u2019ignorais tout de lui.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Partout, on sent une recherche passionn\u00e9e<\/span>. On va, pouss\u00e9 d\u2019un tableau \u00e0 un autre, attir\u00e9 dans le tourbillon de ces perp\u00e9tuelles victoires. <span style=\"color: #00ccff;\">Ce sont moins des \u0153uvres que des \u00e9tudes<\/span>, <span style=\"color: #00ccff;\">moins des ensembles achev\u00e9s que des analyses ou des synth\u00e8ses isol\u00e9es.<\/span> Mais comme, malgr\u00e9 sa tendance \u00e0 la r\u00e9flexion, l\u2019artiste a presque sur toutes choses une prise imm\u00e9diate et concr\u00e8te, dans chaque morceau o\u00f9 il recherche, d\u2019une part une perfection technique, il atteint d\u00e9j\u00e0, d\u2019autre part, \u00e0 une pl\u00e9nitude; et cette pl\u00e9nitude peut bien, pour un moment, faire oublier la tourmente au spectateur \u00e9bloui. Devant mainte image, on ne pourra se d\u00e9fendre de l\u2019impression d\u2019un inach\u00e8vement, d\u2019une demi-r\u00e9ussite, d\u2019une \u00e9bauche \u00e0 laquelle a succ\u00e9d\u00e9 bien vit un autre travail. Chaque \u0153uvre demeure un cheminement.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Si l\u2019on cherche \u00e0 isoler<\/span> par la pens\u00e9e un \u00e9l\u00e9ment du m\u00e9tier de Van Gogh, il ne faut cependant jamais oublier que, quel qu\u2019il soit, un \u00e9l\u00e9ment appartient \u00e0 un tout. Une assertion peut toujours \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e absurde si on la d\u00e9tache de son contexte et lui donne une valeur absolue. <span style=\"color: #00ccff;\">Ce qui frappe dans la mani\u00e8re de Van Gogh, c\u2019est une technique dont il fait, \u00e0 partir du d\u00e9but de 1888, un usage de plus en plus fr\u00e9quent et qui, \u00e0 la fin, pr\u00e9vaut: celle de la d\u00e9composition de la surface peinte en touches de formes r\u00e9guli\u00e8rement g\u00e9om\u00e9triques, mais d\u2019une immense diversit\u00e9.<\/span> Ce ne sont pas seulement des lignes et des arcs de cercles, mais des figures tordues, des spirales rappelant des six ou des trois, des coins, des angles. Ces formes se r\u00e9p\u00e8tent et se modifient presque insensiblement sur de vastes surfaces. Les touches produisent des effets vari\u00e9s du fait qu\u2019elles ne sont pas seulement parall\u00e8les, mais dispos\u00e9es en rayons ou en arcs. A eux seuls, ces coups de brosses donnent \u00e0 la peinture un \u00e9trange mouvement. Le sol, dans les paysages, semble vivre; partout, il se soul\u00e8ve ou s\u2019abaisse comme le feraient des vagues; les arbres sont des flammes, tout se meurt et se tord, le ciel palpite. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Les couleurs flambent<\/span>. Vincent parvient, en juxtaposant et entrem\u00ealant les teintes de fa\u00e7on surprenante, \u00e0 des effets d\u2019une intensit\u00e9 crue, que l\u2019on penserait \u00e0 peine possibles. Il ne rend pas les couleurs, il ne conna\u00eet pas d\u2019atmosph\u00e8re et ses plans n\u2019ont qu\u2019une perspective toute lin\u00e9aire, mais le monde sensible est rendu pr\u00e9sent. La lumi\u00e8re qui lui convient, c\u2019est la grande clart\u00e9 de midi. Le miracle, c\u2019est que la r\u00e9alit\u00e9 imm\u00e9diatement rendue fait une impression prodigieuse. Il y a en lui un besoin de r\u00e9alisme qui le fait reculer devant les sujets mythiques ou la peinture d\u2019id\u00e9es, m\u00eame si elle l\u2019attire, et lui fait reproduire ce qui l\u2019entoure. Pour lui, cela va de soi, et toute sa peine s\u2019applique \u00e0 bien saisir la r\u00e9alit\u00e9 \u2014il vit toujours avec la nature, il est sans cesse en qu\u00eate de mod\u00e8les\u2014; ce qu\u2019il veut trouver, c\u2019est la bonne technique. Comme on le voit dans ses lettres, il ne poursuit pas du tout le particulier ou le sensationnel, mais il veut rendre ce qui est tout naturel, n\u00e9cessaire, clair, et il juge presque tous ses tableaux rat\u00e9s sous quelque rapport. En \u00e9crivant que les demi-teintes seraient au fond son id\u00e9al, il montre combien est relative l\u2019importance de ce qui a pass\u00e9 souvent pour le plus extraordinaire. <span style=\"color: #ff00ff;\">\u2028Dans quelques uns de ses derniers tableaux<\/span>, les couleurs m\u2019ont paru de plus en plus violentes, criardes, en comparaison des nuances plus vivantes et claires des temps pr\u00e9c\u00e9dents. Quoiqu\u2019il n\u2019ait jamais attribu\u00e9 beaucoup de gravit\u00e9 aux fautes de perspectives et aux ratures, elles augmentent pourtant vers la fin. Chemin\u00e9es et parois de travers, t\u00eates d\u00e9form\u00e9es semblent plut\u00f4t r\u00e9sulter d\u2019un hasard que d\u2019une intention. L\u2019excitation para\u00eet rel\u00e2cher le contr\u00f4le de la discipline int\u00e9rieure. Le proc\u00e9d\u00e9 des hachures droites ou courbes est plus grossier, la facture moins soign\u00e9e. Un champ de c\u00e9r\u00e9ales, des maisons \u00e0 Auvers-sur-Oise en sont les exemples que j\u2019ai retenus. On pourrait croire que Van Gogh va parvenir \u00e0 l\u2018\u00ab\u00e9tat final\u00bb\u2014stade qui est pour H\u00f6lderlin celui des po\u00e8mes d\u2019avant 1805 \u2014et que c\u2019est au cours de cette phase qu\u2019il s\u2019\u00f4ta la vie. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">R\u00e9sumons notre point de vue<\/span> en ce qui concerne les relation de l\u2019\u0153uvre et de la psychose: le seuil d\u2019un d\u00e9veloppement est marqu\u00e9 au d\u00e9but de 1888 et correspond au commencement de la maladie. Les \u0153uvres qui ont eu la plus grande r\u00e9percussion sur nos contemporains sont celles des ann\u00e9es 1888-90. Dans ce laps de temps, la production est plus abondante que durant toutes les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Il se produit chez l\u2019artiste <span style=\"color: #00ccff;\">une v\u00e9h\u00e9mente exaltation qui reste toutefois disciplin\u00e9e<\/span>. Les toutes derni\u00e8res \u0153uvres des ultimes semaines font en partie un effet chaotique. Ici, semble-t-il, se marque un nouveau, un second seuil. Les couleurs sont plus brutales; elles ne sont plus vivantes et comme le reflet d\u2019une tension int\u00e9rieure, mais elles prennent quelque chose de b\u00e2cl\u00e9 et de barbouill\u00e9 qui donne une impression de d\u00e9vastation et de chaos. La finesse de la sensibilit\u00e9 semble sur le point de se d\u00e9truire et plus encore la ma\u00eetrise de soi. La tension, l\u2019excitation, sensibles dans les \u0153uvres des deux derni\u00e8res ann\u00e9es, donnent \u00e0 penser que des probl\u00e8mes vitaux, universels, ont cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019ext\u00e9rioriser. Cet art \u00e9mane d\u2019une conception de la vie et du monde, non que l\u2019artiste veuille consciemment l\u2019imposer, ni qu\u2019il soit possible m\u00eame de se la repr\u00e9senter, ou de la formuler exactement apr\u00e8s coup; mais le mouvement exprime la lutte, l\u2019\u00e9tonnement, l\u2019amour. L\u2019art n\u2019est qu\u2019un truchement, m\u00eame s\u2019il est riche de moyens cr\u00e9ateurs. Ici, on remonte \u00e0 la source originelle et premi\u00e8re, on n\u2019est plus devant une facture voulue. Ce qui devient perceptible, ce n\u2019est pas la connaissance acquise, mais l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par une personnalit\u00e9 qui se d\u00e9fait. <span style=\"color: #00ccff;\">Comme chez H\u00f6lderlin, il semble que la corde de l\u2019instrument, puissamment frapp\u00e9e, exhale sa note \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 elle se rompt<\/span>. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Il est un type d\u2019homme<\/span> diam\u00e9tralement oppos\u00e9 \u00e0 celui-ci et dont G\u0153the est le repr\u00e9sentant accompli. L\u00e0, la personnalit\u00e9 ne se d\u00e9ploie pas tout enti\u00e8re dans l\u2019\u0153uvre, elle se tient par derri\u00e8re. Pour G\u0153the, qui, apparemment, peut tout, les po\u00e8mes d\u2019H\u00f6lderlin, la peinture de Van Gogh, la position philosophique de Kierkegaard appartiennent \u00e0 un domaine \u00e9tranger. Chez ceux-ci, l<span style=\"color: #00ccff;\">e cr\u00e9ateur se consume dans son \u0153uvre<\/span>. Ce qui le consume, ce n\u2019est ni la production, ni l\u2019effort, ni le surmenage; ce sont plut\u00f4t les exp\u00e9riences, les mouvements intimes dont il cr\u00e9e l\u2019expression \u2014peut-\u00eatre par une simple modification fonctionnelle, une d\u00e9ch\u00e9ance psychique\u2014 qui constituent un processus menant \u00e0 la destruction. La schizophr\u00e9nie n\u2019est pas en elle-m\u00eame cr\u00e9atrice, car il n\u2019y a que peu de schizophr\u00e8nes de cette sorte. La personnalit\u00e9, les dons pr\u00e9existent \u00e0 la maladie, mais ils n\u2019ont pas alors la m\u00eame port\u00e9e. <span style=\"color: #00ccff;\">Chez ces \u00eatres, la schizophr\u00e9nie est une condition pr\u00e9alable, une cause possible, pour que s\u2019ouvrent ces profondeurs<\/span>.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">On peut objecter<\/span> \u2014comme pour H\u00f6lderlin\u2014 que l\u2019\u00e9volution artistique de Van Gogh, d\u2019une ampleur exceptionnelle, s\u2019explique suffisamment sans la psychose, par une finalit\u00e9 spirituelle qu\u2019il poss\u00e9dait en lui d\u00e8s l\u2019origine, surtout si l\u2019on pense que pour la premi\u00e8re fois, en ce printemps de 1888, Vincent d\u00e9couvrait la couleur et la lumi\u00e8re d\u2019un paysage m\u00e9ridional. Ceci est certainement un point important, mais je serais fort surpris, je l\u2019avoue, si c\u2019\u00e9tait \u00abpar hasard\u00bb que la psychose faisait son apparition juste au moment o\u00f9 un style nouveau se r\u00e9v\u00e8le en une \u00e9closion si incroyablement rapide! Il y a lieu, en un sens comme en l\u2019autre, de se garder d\u2019exag\u00e9ration. <span style=\"color: #00ccff;\">Rien ne peut \u00eatre cr\u00e9\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la schizophr\u00e9nie<\/span>, \u00e0 moins que le sujet n\u2019ait d\u2019abord acquis une ma\u00eetrise compl\u00e8te et s\u00e9rieuse de son art. Van Gogh la poss\u00e9dait par dix ans de labeur artistique et apr\u00e8s s\u2019\u00eatre efforc\u00e9 toute sa vie d\u2019enrichir ses possibilit\u00e9s int\u00e9rieures. <span style=\"color: #00ccff;\">La folie ne lui apportera rien d\u2019absolument nouveau, mais elle confirmera des forces d\u00e9j\u00e0 existantes.<\/span> Par elle, quelque chose est r\u00e9alis\u00e9 de cette finalit\u00e9 originelle, qui n\u2019aurait pu l\u2019\u00eatre sans cela. Mais si l\u2019on suppose une \u00e9troite et essentielle corr\u00e9lation entre l\u2019\u00e9volution du style et le d\u00e9veloppement de la psychose \u2014pr\u00e9tendre le contraire, en pr\u00e9sence de certains faits, serait nier l\u2019\u00e9vidence\u2014, on voudrait pouvoir v\u00e9rifier la co\u00efncidence des deux \u00abcourbes\u00bb dans le temps, encore plus exactement que les remarques faites jusqu\u2019ici ne l\u2019ont permis.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Il est tr\u00e8s regrettable<\/span> qu\u2019une exacte chronologie des \u0153uvres, par mois, n\u2019existe pas et ne puisse probablement jamais \u00eatre \u00e9tablie. Les donn\u00e9es sur les dates des tableaux se rapportent aux ann\u00e9es et restent parfois flottantes entre deux ann\u00e9es. Le classement fait par les publications actuelles me para\u00eet \u00e9tabli un peu \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, sans raisons suffisantes. Celui qui conna\u00eet la biographie et la correspondance peut dater beaucoup d\u2019\u0153uvres d\u2019apr\u00e8s leur sujet, leur site attestant le s\u00e9jour du peintre en tel ou tel lieu, Provence ou Brabant, ou parce qu\u2019il y fait des allusions pr\u00e9cises dans ses lettres. M\u00eame dans le classement de ces derni\u00e8res, il subsiste des doutes, bien qu\u2019il soit en moyenne beaucoup plus pr\u00e9cis que celui des toiles ou des dessins.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Partons de quelques points fixes<\/span>: les \u00e9tudes flamandes de 1885 et 1886, les natures mortes de la p\u00e9riode parisienne de 1887, les tableaux d\u2019Arles, puis sp\u00e9cialement des Saintes-Maries (\u00e9t\u00e9 1888), le jardin de l\u2019hospice d\u2019ali\u00e9n\u00e9s et autres peintures de 1889, enfin celles d\u2019Auvers-sur-Oise (mai-juillet 1890); on voit d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre l\u2019\u00e9volution du style, en un cours que l\u2019on voudrait compl\u00e9ter en imagination par une courbe o\u00f9 viennent se ranger d\u2019elles-m\u00eames, en un point d\u00e9termin\u00e9, presque toutes les \u0153uvres. Je me risque \u00e0 classer selon cette hypoth\u00e8se la production des \u00abp\u00e9riodes\u00bb respectivement de la fa\u00e7on suivante, en la caract\u00e9risant:\u20281. Jusqu\u2019\u00e0 1886. Etudes int\u00e9ressantes du genre naturaliste, puis impressionniste; peinture et dessin fondus, pas de trace de touches en forme de traits. 2. Le d\u00e9veloppement du coloris se poursuit. Natures mortes et fleurs de premier ordre. Tout est encore assez tranquille, compar\u00e9 \u00e0 ce qui suivra. 3. Seconde moiti\u00e9 de 1887 jusqu\u2019au commencement de l\u2019\u00e9t\u00e9 1888. Suite du m\u00eame d\u00e9veloppement. Les plus beaux bouquets. Lente apparition de la schizophr\u00e9nie qui n\u2019est pas encore perceptible dans les \u0153uvres. C\u2019est l\u2019\u00e9poque de la \u00abtransition\u00bb. On voit se d\u00e9velopper le proc\u00e9d\u00e9 de la touche dissolvant le \u00abconcept\u00bb, sp\u00e9cialement dans les paysages qui, \u00e0 part cela, seraient paisibles (par exemple, le dessin et l\u2019aquarelle \u00e0 la voiture bleue, pr\u00e8s d\u2019Arles). <span style=\"color: #00ccff;\">Ce proc\u00e9d\u00e9 qui confine \u00e0 l\u2019abstraction va en augmentant et permet parfois une sorte de rencontre entre l\u2019image et l\u2019essence m\u00eame des objets particuliers. Il y a une abondance infinie, non pas dans la repr\u00e9sentation pour ainsi dire botanique de certaines fleurs, mais dans l\u2019id\u00e9e de toutes les esp\u00e8ces possibles, sugg\u00e9r\u00e9es par le gonflement, le mouvement d\u2019une prairie, d\u2019un jardin. On ne se demande pas ce que l\u2019on est cens\u00e9 voir exactement, mais on a malgr\u00e9 tout l\u2019impression de plonger le regard au sein de la r\u00e9alit\u00e9. <\/span>4. \u00c9t\u00e9 1888. La tension d\u00e9j\u00e0 existante est maintenant sensible partout. Mais sa puissance int\u00e9rieure s\u2019exprime avec une s\u00fbret\u00e9 accomplie. Une conscience large, limpide y domine, gr\u00e2ce \u00e0 une discipline formelle parfaite, la violence passionn\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience visuelle. Ce sommet est atteint dans un \u00e9lan vertigineux. Parmi les dessins, citons en exemple la rue des Saintes-Maries, le caf\u00e9 d\u2019Arles. 5. De la fin de 1888 \u00e0 1889. Pas d\u00e9cisif du processus morbide, avec une premi\u00e8re et violente crise aigu\u00eb en d\u00e9cembre 1888. Augmentation du dynamisme du trait par lui-m\u00eame. La tension est encore domin\u00e9e, r\u00e9fr\u00e9n\u00e9e, mais la capacit\u00e9 de synth\u00e8se n\u2019est plus aussi libre ni aussi vivante. La peinture devient plus r\u00e9guli\u00e8re, pr\u00e9sente \u00e0 un plus haut degr\u00e9 une \u00abmani\u00e8re\u00bb, au bon sens du terme (je pense <span style=\"color: #00ccff;\">aux nombreux cypr\u00e8s<\/span>, anim\u00e9s d\u2019un mouvement extraordinairement puissant). L\u2019objet particulier, la notion de d\u00e9tail disparaissent de plus en plus devant l\u2019emportement des lignes elles-m\u00eames. 6. En 1889, premiers signes, augmentant en 1890, d\u2019un appauvrissement et d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 accompagn\u00e9s d\u2019une grande agitation. Des impulsions violentes et \u00e9l\u00e9mentaires, qui ne sont plus riches de valeur cr\u00e9atrice, n\u2019ont plus qu\u2019un effet de monotonie. La terre, les montagnes ne sont plus faites que d\u2019une masse envahissante, d\u2019un magma. Tout d\u00e9tail caract\u00e9ristique dispara\u00eet, une montagne pourrait aussi bien \u00eatre une fourmili\u00e8re, tant le peintre cherche peu les contours d\u00e9termin\u00e9s. On voit des quantit\u00e9s de traits, sans vie diff\u00e9renci\u00e9e, un chaos de lignes sans autre caract\u00e8re que celui de l\u2019agitation. Nagu\u00e8re, on trouvait dans tout mouvement une armature, une construction, qui, peu \u00e0 peu, dispara\u00eet. Les dessins paraissent plus pauvres, les d\u00e9tails sont choisis au petit bonheur. Souvent, l\u2019emportement se manifeste presque par un barbouillage sans forme. C\u2019est une \u00e9nergie sans objet, un d\u00e9sespoir et une terreur sans expression. Il n\u2019y a plus de renouvellement intellectuel.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Il va de soi<\/span> que cette courbe n\u2019est pas r\u00e9guli\u00e8re. Les \u0153uvres les plus faibles ne sont pas toutes de 1890, et m\u00eame cette ann\u00e9e-l\u00e0, il s\u2019en trouve d\u2019un haut m\u00e9rite. Mais j\u2019estime relativement pr\u00e9cise la place dans le temps que l\u2019on peut assigner dans le classement \u00e0 tel tableau ou dessin d\u00e9termin\u00e9, sans \u00eatre pourtant en mesure de prouver mon dire. Il me manque pour cela, non seulement les originaux, mais une collection compl\u00e8te de reproductions. Il est douloureux de pressentir plus qu\u2019on ne\u00a0\u00a0\u00a0 peut avancer \u2014et je sens que mes observations en sont tr\u00e8s appauvries, parce que je manque des connaissances artistiques indispensables\u2014, et il est douloureux aussi de ne pouvoir conduire aussi loin qu\u2019on le voudrait une enqu\u00eate, dont l\u2019importance vous para\u00eet essentielle, faute de mat\u00e9riel suffisant.\u2028\u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">VAN GOGH ET LA MALADIE. Il nous reste \u00e0 constater une chose \u00e9tonnante<\/span>, <span style=\"color: #00ccff;\"><em>c\u2019est l\u2019attitude de Van Gogh devant sa maladie: il la domine souverainement<\/em><\/span>.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">On ne peut parler d\u2019autocritique<\/span> au cours des crises \u2014br\u00e8ves d\u2019ailleurs\u2014 o\u00f9 Vincent sombre dans la confusion ou dans le d\u00e9lire hallucinatoire. Mais les intervalles lucides, qui tiennent une grande place, il les consacre \u00e0 un travail intime et continu pour comprendre son \u00e9tat et sa destin\u00e9e. Nous lisons en f\u00e9vrier 1890: \u00abDans tous les cas, chercher \u00e0 rester vrai est peut-\u00eatre un rem\u00e8de pour combattre la maladie qui continue \u00e0 m\u2019inqui\u00e9ter toujours.\u00bb Cet effort de mise au point, de sinc\u00e9rit\u00e9, pour arriver \u00e0 une vue de sa situation toujours plus r\u00e9aliste, plus d\u00e9pouill\u00e9e d\u2019illusions, l\u2019anime d\u00e8s le d\u00e9but. C\u2019est aussi un trait essentiel de sa conception de l\u2019art. \u00abCe sont l\u00e0 des choses consolantes: voir la vie moderne claire, malgr\u00e9 ses in\u00e9vitables tristesses.\u00bb Une parole comme celle-ci ne proc\u00e8de pas d\u2019une s\u00e8cheresse, d\u2019un vide int\u00e9rieur. Nous savons que tout chez lui \u00e9tait \u00e9lan religieux et que l\u2019art ne lui importait que dans la mesure o\u00f9 il lui faisait \u00abpressentir l\u2019infini\u00bb. Mais l\u00e0 aussi il recule devant tout ce qui pourrait \u00eatre une repr\u00e9sentation mat\u00e9rielle du surnaturel. Il s\u2019\u00e9tonne \u2014fait exceptionnel chez un schizophr\u00e8ne\u2014 des \u00e9l\u00e9ments de superstition religieuse qui ont travers\u00e9 ses crises, il les \u00e9carte et ne veut pas se laisser influencer par eux. C\u2019est pourquoi il a mis dans sa simplicit\u00e9, dans son amour de la sinc\u00e9rit\u00e9, dans sa mani\u00e8re de peindre les humbles objet quotidiens, cette force concentr\u00e9e, cette informulable pens\u00e9e\u00bb, \u2014qu\u2019on veuille la nommer religieuse ou philosophique.\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Voyons encore comment il juge les choses<\/span>. Apr\u00e8s la crise de janvier 1889, il se h\u00e2te d\u2019informer les siens, avec le plus de mod\u00e9ration possible, pour leur \u00e9viter trop d\u2019inqui\u00e9tude. Il ne peut pas savoir exactement ce qui lui est arriv\u00e9, il cherche \u00e0 se repr\u00e9senter de son mieux les causes de son accident et tente des pronostics. Dans les deux domaines, il varie beaucoup, cela va sans dire. <span style=\"color: #ff00ff;\">\u2028Au d\u00e9but de janvier<\/span>: \u00abJ\u2019esp\u00e8re que je n\u2019ai eu qu\u2019une simple toquade d\u2019artiste, et puis beaucoup de fi\u00e8vre \u00e0 la suite d\u2019une perte de sang tr\u00e8s consid\u00e9rable.\u00bb \u00abProvisoirement, moi, je ne suis pas encore fou\u00bb, dit-il, et \u00abje conserve tout bon espoir\u00bb. Le 28 janvier: \u00abJe savais bien qu\u2019on pouvait se casser bras et jambes, auparavant, et qu\u2019alors apr\u00e8s cela pouvait se remettre, mais j\u2019ignorais qu\u2019on pouvait se casser la t\u00eate c\u00e9r\u00e9bralement et qu\u2019apr\u00e8s, cela se remettait aussi [&#8230;]. Et vrai, notre folie artistique \u00e0 nous autres tous, je ne dis pas que surtout moi je n\u2019en sois pas atteint jusqu\u2019\u00e0 la moelle.\u00bb Il r\u00e9p\u00e8te que sa gu\u00e9rison, son retour au travail l\u2019ont \u00ab\u00e9pat\u00e9, n\u2019y ayant plus compt\u00e9 [&#8230;]. Je terminerai en te disant que certes, il y a encore des signes de la surexcitation pr\u00e9c\u00e9dente dans mes paroles, mais que cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant puisque dans ce bon pays tarasconnais tout le monde est un peu toqu\u00e9\u00bb. Il fait des r\u00e9flexions: \u00abUne fois qu\u2019on est malade pour de vrai, on sait bien que l\u2019on ne peut pas attraper deux fois la maladie; c\u2019est la m\u00eame chose que la jeunesse ou la vieillesse, la sant\u00e9 ou la maladie [&#8230;]. Tout le monde souffrant ici, soit de fi\u00e8vre, soit d\u2019hallucination ou folie, on s\u2019entend comme des gens d\u2019une m\u00eame famille.\u00bb Il continue \u00e0 esp\u00e9rer que la crise ne se reproduira pas: \u00abPour autant que j\u2019en puisse juger, je ne suis pas fou proprement dit.\u00bb Peu apr\u00e8s: \u00abEnfin, il faut en prendre son parti, mon brave, des maladies de notre temps. Ce n\u2019est en somme que comme de juste qu\u2019ayant v\u00e9cu des ann\u00e9es en sant\u00e9 relativement bonne, t\u00f4t ou tard nous en ayons notre part. Pour moi, tu sens assez que je n\u2019aurais pas pr\u00e9cis\u00e9ment choisi la folie s\u2019il y avait \u00e0 choisir, mais une fois qu\u2019on a une affaire comme \u00e7a, on ne peut plus l\u2019attraper [&#8230;]. C\u2019est une maladie comme une autre [&#8230;]. Je sens tout \u00e0 fait que j\u2019\u00e9tais dans un \u00e9tat malsain moralement et physiquement.\u00bb \u00abJe sens profond\u00e9ment que cela m\u2019a travaill\u00e9 depuis tr\u00e8s longtemps et que d\u2019autres, apercevant des sympt\u00f4mes de d\u00e9rangement, ont naturellement eu des appr\u00e9hensions mieux fond\u00e9es que l\u2019assurance que moi je croyais avoir de penser normalement, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas.\u00bb Il parle avec bon sens de ses r\u00e9solutions pour l\u2019avenir et de son traitement: \u00abSi un jour, cela prenait une tournure plus grave, il faudrait suivre ce que diraient les m\u00e9decins, et je ne m\u2019y oppose pas [&#8230;]. Alors, \u00e0 plus forte raison, je serais d\u2019avis que, pour ce qui me concerne, j\u2019attende avec autant de patience que je puis collectionner, esp\u00e9rant qu\u2019apr\u00e8s, cela se rass\u00e9r\u00e9nera.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">En mars 1889<\/span>, lorsqu\u2019on le remet \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, \u00e0 la suite d\u2019une p\u00e9tition des habitants d\u2019Arles, effray\u00e9s probablement \u00e0 tort, Vincent se conduit avec sagesse, ne veut fair aucun esclandre; il explique \u00e0 son fr\u00e8re qu\u2019il n\u2019est pr\u00e9sentement pas malade, mais qu\u2019il ne faut pas qu\u2019on se m\u00eale de cette affaire. \u00abSi je ne retenais pas mon indignation, je serais imm\u00e9diatement jug\u00e9 fou dangereux.\u00bb Il n\u2019est, du reste, pas tout \u00e0 fait s\u00fbr de lui: \u00abJe crains moi-m\u00eame un peu que, si je suis dehors en libert\u00e9, je ne serais pas toujours ma\u00eetre de moi si j\u2019\u00e9tais provoqu\u00e9 ou insult\u00e9.\u00bb Pour le moment, il n\u2019\u00e9crira pas \u00e0 Gauguin qui l\u2019a quitt\u00e9 comme s\u2019il prenait la fuite: \u00abJ\u2019\u00e9vite encore de lui \u00e9crire jusqu\u2019\u00e0 ce que je sois tout \u00e0 fait normal.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">En mai 1889<\/span>, Vincent quitte Arles pour l\u2019hospice de Saint-R\u00e9my. L\u00e0, pour la premi\u00e8re fois, il voit des ali\u00e9n\u00e9s, ce qui lui fait un effet \u00e9trange. \u00abJe crois avoir bien fait d\u2019aller ici\u00bb, \u00e9crit-il; \u00abd\u2019abord, en voyant la r\u00e9alit\u00e9 de la vie des fous ou toqu\u00e9s divers dans cette m\u00e9nagerie, je perds la crainte vague, la peur de la chose. Et peu \u00e0 peu, [je] puis arriver \u00e0 consid\u00e9rer la folie en tant qu\u2019\u00e9tant une maladie comme une autre\u00bb. J\u2019observe chez d\u2019autres, qu\u2019eux aussi ont entendu dans leurs crises des sons et des voix \u00e9tranges comme moi, que devant eux aussi les choses paraissaient changeantes. Et cela m\u2019adoucit l\u2019horreur que d\u2019abord je gardais de la crise que j\u2019ai eue [&#8230;]. Une fois qu\u2019on sait que c\u2019est dans la maladie, on prend \u00e7a comme autre chose.\u00bb Il revient parfois sur des r\u00e9flexions de ce genre \u00e0 propos de quelque malade. Il d\u00e9crit avec une sorte de tendresse la vie de l\u2019\u00e9tablissement et l\u2019aide mutuelle que se pr\u00eatent ses compagnons. <span style=\"color: #ff00ff;\">Cependant<\/span>, il a conscience du changement qui est survenu en lui: \u00abEn dedans de moi, il doit y avoir eu quelque \u00e9motion trop forte qui m\u2019a foutu cela [&#8230;], il y a effectivement je ne sais quoi de d\u00e9rang\u00e9 dans ma cervelle.\u00bb Mais la confiance revient: \u00abAvec tant de pr\u00e9cautions que maintenant je prends, je retomberai difficilement et j\u2019esp\u00e8re que les attaques ne reprendront plus.\u00bb A la suite d\u2019une nouvelle crise, plus violente, il est d\u2019abord d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9: \u00abJe ne vois plus de possibilit\u00e9 d\u2019avoir courage ou bel espoir.\u00bb \u00abJ\u2019exag\u00e8re peut-\u00eatre dans le chagrin que j\u2019ai d\u2019\u00eatre encore foutu en bas par la maladie, \u2014mais j\u2019ai comme peur.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">Il trouve, en septembre<\/span>, pour parler de sa maladie, des expressions \u00e9mouvantes: \u00abJe me sens, dans les crises, l\u00e2che devant l\u2019angoisse et la souffrance, \u2014plus l\u00e2che que de juste, et c\u2019est peut-\u00eatre cette l\u00e2chet\u00e9 morale m\u00eame qui, alors qu\u2019auparavant je n\u2019avais aucun d\u00e9sir de gu\u00e9rir, \u00e0 pr\u00e9sent me fait manger comme deux, travailler fort, me m\u00e9nager dans mes rapports avec les autres malades, de peur de retomber; enfin je cherche \u00e0 gu\u00e9rir \u00e0 pr\u00e9sent comme un qui aurait voulu se suicider, trouvant l\u2019eau trop froide, cherche \u00e0 rattraper le bord [&#8230;]. Cependant, je sais bien que la gu\u00e9rison vient, si on est brave, d\u2019en dedans, par la grande r\u00e9signation, \u00e0 la souffrance et \u00e0 la mort, par l\u2019abandon de sa volont\u00e9 propre et de son amour-propre. Mais cela ne me vaut pas, j\u2019aime \u00e0 peindre, \u00e0 voir des gens et des choses, et tout ce qui fait notre vie, <span style=\"color: #00ccff;\">factice si on veut<\/span>.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">A propos de sa folie<\/span>, il \u00e9crit encore en octobre: \u00abJe crois bien que M. Peyron [directeur de la maison de sant\u00e9] a raison, lorsqu\u2019il dit que je ne suis pas fou proprement dit, car ma pens\u00e9e est absolument normale et claire entre-temps et m\u00eame davantage, qu\u2019auparavant. Mais dans les crises, c\u2019est pourtant terrible et alors je perds connaissance de tout. Mais cela me pousse au travail et au s\u00e9rieux <span style=\"color: #00ccff;\">comme un charbonnier<\/span>, toujours en danger, se d\u00e9p\u00eache dans ce qu\u2019il fait.\u00bb\u2028 <span style=\"color: #ff00ff;\">L\u2019hiver suivant<\/span>, il s\u2019attache au projet de retourner vers le nord, aux environs de Paris, dans l\u2019espoir que son mal d\u00e9cro\u00eetra: \u00abFaut seulement pas oublier qu\u2019une cruche cass\u00e9e est une cruche cass\u00e9e.\u00bb Ce projet prend lentement corps, et au d\u00e9but suscite encore des scrupules: \u00abC\u2019est que les crises lorsqu\u2019elles se pr\u00e9sentent, ne sont gu\u00e8re dr\u00f4les et risquer d\u2019avoir une attaque comme cela avec toi ou d\u2019autres, c\u2019est grave.\u00bb Il faut bien qu\u2019on se dise qu\u2019il aura de temps en temps des crises: \u00abMais alors, on peut pour ce temps-l\u00e0 aller dans une maison de sant\u00e9 ou m\u00eame \u00e0 la prison communale o\u00f9 d\u2019habitude il y a un cabanon.\u00bb <span style=\"color: #00ccff;\">\u00abLa chose principale est de conna\u00eetre le m\u00e9decin, pour qu\u2019on ne tombe pas en cas de crise dans les mains de la police, pour \u00eatre transport\u00e9 de force dans un asile.\u00bb<\/span> \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">De mai 1889 \u00e0 l\u2019hiver suivant<\/span>, son point de vue sur les asiles s\u2019est beaucoup modifi\u00e9. Au temps d\u2019Arles, il redoutait de se retrouver seul dans son atelier. A l\u2019h\u00f4pital, il se sent \u00e0 l\u2019abri, mais il veut travailler. Si l\u2019on se contente de l\u2019interner sans lui laisser la possibilit\u00e9 de peindre, il pr\u00e9f\u00e8re s\u2019enr\u00f4ler \u00e0 la l\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, et c\u2019est l\u00e0 le plan qu\u2019il examine tr\u00e8s s\u00e9rieusement. D\u2019Arles, il \u00e9crit en mai: \u00abL\u00e0 o\u00f9 je dois suivre une r\u00e8gle comme ici \u00e0 l\u2019hospice, je me sens tranquille.\u00bb De Saint-R\u00e9my: \u00abJe me sens avec mon travail plus heureux ici que je ne pourrais l\u2019\u00eatre dehors. En restant assez longtemps ici, j\u2019aurai pris une conduite r\u00e9gl\u00e9e et il en r\u00e9sultera \u00e0 la longue plus d\u2019ordre dans la vie et moins d\u2019impressionnabilit\u00e9. Et ce serait autant de gagn\u00e9. D\u2019ailleurs, je n\u2019aurais pas le courage de recommencer dehors.\u00bb Avec le temps, il change d\u2019opinion: \u00abMais encore quelques mois et je serai \u00e0 tel point avachi et h\u00e9b\u00e9t\u00e9 qu\u2019un changement fera probablement beaucoup de bien.\u00bb \u00abLe s\u00e9jour ici est bien fatiguant par sa monotonie et parce que la soci\u00e9t\u00e9 de tous ces malheureux qui ne font absolument rien \u00e9nerve.\u00bb Vincent esp\u00e8re aussi qu\u2019un changement peut amener une am\u00e9lioration de son \u00e9tat: \u00abJe suis presque persuad\u00e9 que, dans le nord, je gu\u00e9rirai vite, au moins pour assez longtemps, tout en appr\u00e9hendant une rechute dans quelques ann\u00e9es, mais pas tout de suite.\u00bb \u00abQuoique je ne me sens pas capable de porter un jugement sur la fa\u00e7on qu\u2019ils ont ici de traiter les malades, il suffit que je me sens ce qui me reste de raison et de puissance de travailler absolument en danger. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Enfin, en mai 1890<\/span>, a lieu l\u2019installation \u00e0 Auvers. L\u2019espoir est grand tout d\u2019abord: \u00abJe crois toujours que c\u2019est une maladie du midi que j\u2019ai attrap\u00e9e et que le retour ici suffira pour dissiper tout cela.\u00bb Mais cet optimisme ne dure pas longtemps: \u00abJe cherche, moi, \u00e0 faire aussi bien que je peux, mais ne te cache pas que je n\u2019ose gu\u00e8re y compter d\u2019avoir toujours la sant\u00e9 n\u00e9cessaire. Et si mon mal revenait, tu m\u2019excuserais, j\u2019aime encore beaucoup l\u2019art et la vie [&#8230;], je d\u00e9clare ignorer, mais absolument, absolument, quelle tournure cela puisse encore prendre.\u00bb Peu apr\u00e8s: \u00abMoi, je ne peux dans ce moment que dire qu\u2019il nous faut du repos \u00e0 tous. Je me sens \u2014rat\u00e9\u2014. Voil\u00e0 pour mon compte. Je sens que c\u2019est l\u00e0 le sort que j\u2019accepte et qui ne changera plus [&#8230;]. Et la perspective s\u2019assombrit, je ne vois pas l\u2019avenir heureux du tout.\u00bb C\u2019est peu de temps plus tard que Vincent Van Gogh se donna la mort. \u2028<span style=\"color: #ff00ff;\">Il n\u2019y a aucun doute<\/span> sur le fait que Van Gogh souffrit d\u2019une maladie mentale. On se demandera seulement de quel genre fut cette affection. Quel diagnostic peut-on \u00e9mettre? En ce qui concerne l\u2019\u00e9pilepsie, diagnostiqu\u00e9e par les m\u00e9decins traitants, je n\u2019en vois aucun sympt\u00f4me: ni les crises \u00e9pileptiformes, ni l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9 caract\u00e9ristique de cette maladie. On ne peut conjecturer qu\u2019un processus schizophr\u00e9nique ou une paralysie g\u00e9n\u00e9rale. Celle-ci peut bien entrer en consid\u00e9ration, car le genre de vie de Van Gogh rendait fort nombreuses les occasions d\u2019infection syphilitique. On ne peut trouver la paralysie g\u00e9n\u00e9rale que par des sympt\u00f4mes somatiques dont nous ne poss\u00e9dons aucune mention. La seule chose qui pourrait la sugg\u00e9rer serait ce caract\u00e8re chaotique que l\u2019on per\u00e7oit dans certaines toiles de la derni\u00e8re p\u00e9riode et ce que dit le peintre de sa main qui n\u2019est \u00abpas s\u00fbre\u00bb. Cependant, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une paralysie, en pr\u00e9sence des violentes crises de psychose qui se r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent pendant deux ans, le maintien du sens critique et de l\u2019auto-discipline du malade est tr\u00e8s invraisemblable; dans le cas d\u2019une schizophr\u00e9nie, il serait inusit\u00e9, mais admissible. Il me semble donc plus probable qu\u2019il s\u2019agit de shizophr\u00e9nie. Le psychiatre, par acquis de conscience, doit encore faire observer qu\u2019il subsiste un l\u00e9ger doute, qui n\u2019existait pas \u00e0 propos de Strindberg et de H\u00f6lderlin. Le suicide de Van Gogh nous prive de la suite d\u2019une \u00e9volution qui nous aurait renseign\u00e9s \u00e0 coup s\u00fbr, m\u00eame \u00e0 d\u00e9faut de rapports m\u00e9dicaux contemporains.\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>in Karl Jaspers, Strindberg et Van Gogh, Swedenborg \u2013 H\u00f6lderlin. Traduit de l\u2019allemand par H\u00e9l\u00e8ne Naef pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de \u00abLa folie par excellence\u00bb par Maurice Blanchot, collection Arguments, \u00e9dition de 1970, 244 pages. L\u2019\u00e9tude, elle, para\u00eet en 1922. R\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 1949, avec une nouvelle introduction par Karl Jaspers: \u00abLa philosophie n\u2019a pas un champ d\u2019\u00e9tude qui &hellip; <a href=\"http:\/\/lantb.net\/figure\/?p=2004\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Karl Jaspers. 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