
« Et quand vous vous demandez si l’art occidental, son histoire, son poids de bienséance pourrait être ce qui a détruit notre rapport à la nature, vous ne seriez pas loin de dire une vérité pour le moment inaudible, je le crains. » Anne Cauquelin, in « Le paysage, une contre-nature : entretien avec Anne Cauquelin » dans lequel elle parle avec Nathalie Desmet « de la confusion qui persiste autour du terme de nature et du rapport entre paysage et nature. Ce malentendu ancré dans nos habitudes de pensée a conduit le paysage à représenter la nature elle-même, par une sorte d’application « bourgeoise » du principe perspectif. Le malentendu se poursuit aujourd’hui par la perpétuation d’un système où le paysage est un signe élitiste, une « valeur » culturelle sure. Ce qui mène à la disparition du paysage, c’est la fermeture de ce système, son achèvement. » Nathalie Desmet, in Esse, n°88, automne 2016, Paysage. [photo prise en feuilletant cette revue dans la bibliothèque des Archives de la critique d’art, à Rennes].
On redécouvre dans cette revue l’expérience étonnante Landscape Painting (2015) de Julius Von Bismarck, dans l’article intitulé « Nature, temps et anthropocène : Julius von Bismarck et la peinture du paysage ». « Par une adoption critique du point de vue sur l’anthropocène et la notion d’andscape (une version inclusive, adaptable et multiple du paysage, landscape) de Martin Prominski, architecte et théoricien du paysage, cet article entreprend une analyse détaillée de l’œuvre Landscape Painting, de Julius von Bismarck. Les photographies de grand format qui composent cette série toujours en développement donnent à voir des paysages naturels familiers, qui, en y regardant de plus près, ne sont pas exactement ce à quoi l’on s’attendait. Les extraits photographiés, tirés d’une scène supposément « naturelle », ont d’abord été peints en blanc, au vaporisateur, puis repeints de mémoire par de nombreux participants originaires des lieux, qui ont employé de la peinture acrylique reprenant les couleurs originales. La surface visible consiste donc en un matériau synthétique plutôt que naturel ou organique. Les notions d’artificiel et de naturel, de trouvé et de fabriqué deviennent ainsi non pertinentes. Les conséquences de cette œuvre sur l’appréhension du temps rejoignent les vues du philosophe Timothy Morton sur des phénomènes tels que les « hyperobjets » ». Natalie Koerner et Henriette Steiner

in http://marlboroughchelsea.com/chelsea/exhibitions/julius-von-bismarck-landscape-painting
Nous avions reçu Julius, à l’invitation d’Anne Zeitz à l’OdNM, en janvier 2012 >http://www.arpla.fr/odnm/?page_id=12742